Le mal africain est de construire des ports sans s’attacher à la performance
Une étude publiée par Primeaxis met en évidence la nécessité de revoir les investissements de la logistique portuaire en Afrique. Les consultants proposent de travailler sur plusieurs points pour permettre aux ports africains d’améliorer leur performance.
« Parce que dans la logistique, les gagnantes ne sont pas les régions qui investissent le plus dans les ports mais celles qui assurent une fluidité des mouvements. » C’est par ces mots, que Primeaxis, consultants nigérian, conclu son étude sur les ports africains. Le cabinet de consultants appelle à des investissements plus ciblés.
Ne pas sombrer dans la congestion structurelle
L’Afrique doit maintenant agir pour que ses infrastructures portuaires participent à l’efficacité du commerce. Elle doit éviter de voir ses ports « sombrer dans la congestion structurelle. » La compétitivité de la logistique portuaire ne se mesure plus au nombre de ports. Elle se fait sur la vitesse, les coûts, la fiabilité et la prédictivité, soulignent les consultants. Le mal africain est là : les infrastructures croissent plus vite que la performance.
Coller au réalisme économique de la logistique maritime
En effet, en Afrique les infrastructures portuaires augmentent sans cesse. Elles s’adaptent aux nouvelles réalités du monde maritimes avec des navires de plus en plus importants. D’autre part, entre le développement des échanges régionaux et des échanges internationaux, les pays africains développent leurs ports. Cette course vers le réalisme économique se matérialise, en Afrique de l’Ouest, avec la construction du port de Lekki et de l’extension de celui de Tema. Ils se convertissent pour recevoir les navires les plus grands. Dans l’est du continent, Dar es Salaam approfondi ses souilles. Dans le sud, Durban investit des millions pour lutter contre la congestion.
La faiblesse tient au système derrière les ports
Cependant, note Primeaxis, ces investissements ne sont que la cautérisation d’une jambe de bois. En effet, la performance des ports africains reste loin derrière les standards, selon les consultants. « La faiblesse des ports africains ne tient pas à ses quais mais au système terrestre. » Les KPI (Key Performance Indicators) déployés dans le classement de la Banque mondiale dévoilent les failles africaines. Ainsi, dans certains ports, les conteneurs peuvent attendre entre 7 jours et 15 jours pour sortir du terminal. Dans un port aux standards internationaux, ce temps est ramené entre un et trois jours.
Un surcoût qui peut tripler
Parmi les autres indicateurs interviennent le temps d’attente devant les ports. « Chaque heure passée à attendre signifie un coût supplémentaire pour une ligne régulière. » Enfin, le commerce africain est principalement centré sur les importations. Or, cela peut avoir pour conséquence de créer une congestion dans les terminaux, une augmentation de stockage et l’inefficacité au repositionnement des boîtes vides. Dans ce contexte, acheminer des marchandises vers l’Afrique est entre 1,5 et 3 dois plus chers que vers les autres continents.
Des premières réalisations encourageantes
Et pourtant, des ports africains ont déjà réalisé de nombreux efforts. La mise en place de la digitalisation à Mombasa permet de réduire le temps d’attente des navires. Des réformes à Dar es Salaam réduit le temps de « clearance » des conteneurs. Au Nigéria, à Lagos et Apapa, des réformes et l’amélioration de la gestion du terminal réduisent le temps de passage des conteneurs. Cependant, ces améliorations ne résolvent pas tous les maux. « Le mal des ports africains n’est pas la capacité mais la coordination. »
L’absence de digitalisation
Pour y remédier, les consultants misent sur la connectivité avec l’hinterland et les corridors. Des systèmes de transports routiers et ferroviaires faibles entraînent une accumulation des boîtes dans les terminaux. De plus, la bureaucratie est trop atomisée. Les différentes agences chargées du contrôle sont trop nombreuses pour une efficacité logistique. Encore, l’absence de la digitalisation dans les communautés portuaires amène à traiter la congestion de manière réactive. « Elle doit se faire par de la prédictivité. »
Investir dans les corridors ferroviaires et routiers
Face à ces points d’achoppement, Primeaxis propose plusieurs points à travailler. Les ports doivent se doter d’un guichet unique de contrôle pour accélérer les procédures. Ensuite, les investissements doivent se concentrer sur les corridors routiers et ferroviaires. Encore, la nécessité de créer un système standardisé de données comme celui proposé par la Banque africaine de développement. Enfin, une coordination entre les autorités publiques et le privé doit réduire les « frictions ».

