MSC : un héritage sur fond de perturbations du monde de la conteneurisation
Le 13 avril, le groupe MSC annonce la cession de l’entreprise des mains de son propriétaire Gianluigi Aponte à ses deux enfants. Un héritage qui intervient dans un climat particulier pour le groupe, entre la reprise de Sinokor et l’affaire des ports du Panama.
C’est un peu la fin d’une époque. Gianluigi Aponte, fondateur de Mediterranean Shipping Company passe la main. Dans un communiqué du 13 avril, le groupe annonce la cession de l’entreprise à son fils, Diego et sa fille, Alexa. Le premier est président du groupe quand la seconde est directrice financière.
Alexa et Diego Aponte ont démontré leur capacité de gestion
« Les deux enfants, de nationalité italienne mais élevés en Suisse et résidents dans le pays, ont démontré leur capacité de gestion et leur vision. Ils ont réalisé de nombreux succès dans leurs rôles respectifs. Ce changement s’inscrit dans la continuité du groupe », indique un communiqué de l’armement. Le fondateur conserve malgré tout un poste de président du groupe.
Une compagnie avec plus de 1 000 navires
Les modalités de cet héritage sont intervenues au cours du dernier trimestre 2025. L’annonce coïncide avec le nouveau cap franchi par le groupe. En effet, le 13 avril, MSC affiche une flotte de 1000 navires. Il conserve sa place de premier armement mondial. Pour le fondateur du groupe, il s’agit aussi d’assurer la continuité des opérations. Dans un commentaire à cette annonce, il souligne que MSC continue de se concentrer sur le transport maritime.
Une prie de participation dans Sinokor
Ce changement à la tête du groupe intervient dans un moment particulier. En effet, le monde de la conteneurisation est confronté aux perturbations du golfe Persique. Le déroutement des navires par le cap de Bonne-Espérance est maintenu. Pour les armateurs, cet allongement des routes a impliqué des coûts opérationnels plus élevés mais aussi une hausse des taux de fret. Bon an mal an, ils affichent des résultats positifs pour la plupart d’entre eux. Ensuite, MSC a pris une participation de 50% dans l’armement coréen Sinokor, comme l’écrit notre confrère de Mer et Marine. Ainsi, après avoir mis un pied dans les ferries avec GNV, le roulier, MSC se diversifie vers le transport de pétrole.
La crise de Panama
De plus, pour certains observateurs, cet héritage intervient alors que le groupe est « englué » dans l’affaire des ports du Panama. Pour mémoire, en mars 2025, le consortium formé par Blackrock et MSC annonce son intention de reprendre les 43 ports de la filiale manutention du groupe CK Hutchison, dont ceux du Panama, à savoir Cristobal et Balboa. Alors que les négociations traînent, le gouvernement panaméen décide en janvier d’annuler les concessions des deux ports attribués à CK Hutchison. Il les attribue à Mærsk et MSC. Or, si Mærsk prend position dans le port de Balboa, MSC tempère sans entrer dans celui de Cristobal.
Changer d’interlocuteur dans l’affaire des ports du Panama
Or, dans cette affaire, MSC se retrouve entre le marteau et l’enclume à devoir gérer les intentions de Pékin, de conserver des intérêts en Amérique centrale, et ceux de Washington de reprendre pied dans la région. Alors, le passage de témoin entre le père et ses enfants serait aussi une façon de changer d’interlocuteur pour les négociations de ce dossier. Parce que derrière cette reprise des ports de Hutchison, il y a la position de premier opérateur portuaire mondial à la clé.
Des accords avec CMA CGM ?
Pour d’autres, l’arrivée de la « deuxième génération » à la tête de l’armement italo-suisse peut amener des accords avec CMA CGM. Les enfants Saadé et Aponte se connaissent bien et semblent s’apprécier. Sans aller jusqu’à un rapprochement capitalistique entre les deux compagnies maritimes, des accords sur certaines lignes ne sont pas à exclure. Et certains imaginent déjà l’arrivée de l’armement italo-suisse dans les îles des Caraïbes françaises pour ouvrir une position dominante tout en la régulant.

