OMI : à Londres, des négociations sous haute tension sur le cap du net carbone dans le transport maritime
Réunis cette semaine à Londres pour le MEPC 84, les États membres de l’Organisation maritime internationale reprennent les discussions sur le Net-Zero Framework, futur cadre mondial de décarbonation du transport maritime. Nous reprenons, ci-dessous l’article de Caroline Britz de Mer et Marine.
Le climat s’annonce tendu au siège de l’Organisation maritime internationale (OMI), à Londres, où les États membres ont repris cette semaine les discussions sur le futur cadre mondial de décarbonation du transport maritime. Réuni du 27 avril au 1er mai pour sa 84e session, le comité de protection du milieu marin (MEPC 84) doit traiter plusieurs dossiers majeurs : réduction des émissions de gaz à effet de serre, efficacité énergétique des navires, gestion des eaux de ballast, biofouling, pollution plastique marine et bruit sous-marin rayonné.
Le retour du Net-Zero Framework
Mais c’est bien la question climatique qui concentre l’essentiel de l’attention. Reporté l’an dernier faute de consensus, le dossier du Net-Zero Framework (objectif de zéro émission en 2050) revient sur la table avec l’ambition affichée de rapprocher les positions.
Dominguez appelle à un sursaut multilatéral
En ouvrant les travaux, le secrétaire général de l’OMI, Arsenio Dominguez, a exhorté les délégations à « trouver des convergences » afin d’obtenir des avancées significatives sur ce futur cadre réglementaire mondial. « Écoutons-nous les uns les autres. Il n’y a pas besoin de se disputer », a-t-il lancé, en référence aux discussions particulièrement heurtées de l’automne dernier. « Il n’y a aucune raison de répéter ce qui s’est passé en octobre ». Arsenio Dominguez estime que les mois écoulés ont permis des progrès techniques, notamment sur les lignes directrices encadrant l’élément central du dispositif : l’intensité carbone des carburants marins, ou GFI (Greenhouse Gas Fuel Intensity).
Un cadre mondial pour orienter la transition
Pour mémoire, le Net-Zero Framework doit constituer l’ossature réglementaire de la transition énergétique du transport maritime international. Le mécanisme reposerait sur deux piliers : une réduction progressive de l’intensité carbone des carburants utilisés par les navires et un volet économique destiné à inciter les armateurs à investir dans des solutions plus propres. Le débat reste toutefois vif sur cette composante économique. Plusieurs États contestent le principe d’un prélèvement mondial sur les émissions ou redoutent la création d’un fonds international géré par l’OMI. Les discussions portent aussi sur la notion de « transition juste et équitable », particulièrement sensible pour les pays en développement.
Les États-Unis en opposition frontale
Le principal changement depuis les précédentes sessions réside dans la posture américaine. L’administration Trump s’oppose désormais ouvertement à toute forme de tarification carbone mondiale dans le shipping. Washington préfère une approche fondée sur les incitations, tout en estimant que l’OMI mise trop fortement sur des carburants alternatifs encore insuffisamment matures. Cette ligne pourrait renforcer les positions déjà critiques de plusieurs pays producteurs d’hydrocarbures, notamment l’Arabie saoudite. Le regard se porte aussi sur les grands États de pavillon comme le Liberia et le Panama, dont le soutien sera déterminant pour bâtir un compromis crédible.
Des résultats déjà visibles, selon l’OMI
Arsenio Dominguez a également cherché à rappeler que les règles déjà adoptées produisent des effets mesurables. Selon les données de consommation de carburant transmises à cette session, l’intensité carbone du transport maritime international aurait diminué de plus de 38 % par rapport à 2008. Le comité doit par ailleurs poursuivre la révision des mesures de court terme, dont l’indicateur d’intensité carbone des navires (CII), et examiner plusieurs technologies émergentes : captage de carbone à bord, assistance vélique à la propulsion, ou encore suivi des émissions de méthane et de protoxyde d’azote.
Dégager une trajectoire politique
Si peu d’observateurs anticipent un accord complet à l’issue de cette session, l’enjeu est de dégager une trajectoire politique claire pour finaliser le cadre d’ici la fin de l’année. Pour les armateurs, énergéticiens et chantiers navals, la visibilité réglementaire devient urgente : sans cap mondial lisible, les décisions d’investissement dans les carburants de demain resteront plus hésitantes.

