Prospectives

Vracs secs : d’Ormuz à El Niño, le marché reste en alerte

Le blocage du détroit d’Ormuz se répercute jusque dans les vracs secs. Les analystes s’accordent à voir des taux de fret élevé en raison de l’allongement des routes.

Le blocage du détroit d’Ormuz et les conflits entre les États-Unis et l’Iran ont des effets sans précédent pour les hydrocarbures. Les vracs secs ne sont pas épargnés. Filipe Gouveia, senior analyste de Bimco, revient sur la situation de ce marché.

1% de la flotte bloqué dans le golfe Persique

« Le conflit en Iran et les perturbations de franchissement du détroit d’Ormuz augmentent les incertitudes pour le commerce international et le marché des vracs secs. Environ 4% du tonnage mondial du vrac sec empruntent cette voie maritime. Aujourd’hui, 1% de la flotte de vraquier est prisonnière dans le golfe Persique. » Les conditions actuelles ne permettent pas de prévoir l’issue de ce blocage.

Une fragilisation de l’équilibre entre l’offre et la demande

L’analyste du Bimco ont donc tenté de se projeter dans le futur. Ils abordent la question au travers de deux scénarios : le premier prend en compte la fermeture sur le long terme du détroit d’Ormuz quand le second table sur la réouverture prochaine de cette voie maritime. Pour l’analyste du Bimco, le maintien du blocage du détroit d’Ormuz entraînera « une fragilisation de l’équilibre entre l’offre et la demande en 2026. Cependant, cette baisse interviendra face à des niveaux de référence sont élevés. » Dans l’hypothèse d’un retour à un trafic normal, les conditions de marché resteront favorables. « L’équilibre entre l’offre et la demande se renforcera en 2026 mais se réduira en 2027.

Peu de changements du côté de l’offre

En prenant le point de vue de l’offre, les deux scénarios divergent peu. Ainsi, dans la situation d’une fermeture prolongée du détroit, l’offre de navires augmente de 1% en 2026 et entre 3% et 4% en 2027. L’autre scénario prévoit une hausse de la capacité de 1% en 2026. Des chiffres qui sont liés à la livraison de nombreux Panamax et Supramax et un niveau de démolition faible.

Une demande plus active avec la réouverture du détroit d’Ormuz

La différence entre les scénarios est plus marquée sous l’angle de la demande. Alors, si la situation reste en l’état, la demande va croître de 1% en 2026 et entre 0,5% et 1,5% en 2027. La réouverture du détroit laisse prévoir une hausse de 2,5% de la demande en 2026 et de 1,5% en 2027. Elle sera dopée par une demande en céréales et en petits vracs. En effet, explique l’analyste du Bimco, cette voie maritime voit transiter chaque année 6% des trafics mondiaux de céréales et 9% des petits vracs.

Le charbon tire son épingle du jeu

Pour Dan Harvey, analyste chez Veson Nautical, le transport de charbon pourrait tirer profit de la situation. La pénurie et la hausse des prix sur les marchés du pétrole et du gaz entraîneront probablement un repli vers le charbon. En effet, les pays cherchent à augmenter leur consommation de charbon pour réduire la pression sur les prix de l’énergie. « Cet effet devrait être particulièrement marqué tant que le détroit restera fermé. Cela dit, les deux derniers mois ont mis en évidence les risques d’un monde dépendant du détroit d’Ormuz pour son approvisionnement énergétique. » La tendance au repli vers le charbon pourrait donc s’avérer plus durable, apportant un soutien durable aux marchés du vrac sec.

Canal de Suez : attention à la surcapacité

L’autre facteur à prendre en compte concerne le canal de Suez, continue Filipe Gouveia. Les navires réalisent toujours le détour par le sud de l’Afrique. Une résolution du conflit et la fin des attaques contre les navires lors du franchissement du détroit de Bab el Mandeb changera aussi la donne. Un retour par le canal de Suez signifie une baisse de 2% de la demande en tonne-miles. Pour les armements, l’effet sera immédiat avec une offre plus importante sur le marché, voire une surcapacité.

El Nño : un effet probable pour les vracs secs

Enfin, Filipe Gouveia alerte sur le phénomène d’El Niño. La corrélation entre ce phénomène et le marché des vracs n’est pas assuré mais, souligne l’analyste, la sécheresse du Panama a provoqué, en 2024, une baisse du nombre de transit par le canal de Panama. El Nño peut aussi avoir un effet sur les récoltes de céréales, notamment dans l’hémisphère sud. Une baisse de production au Brésil et en Argentine peut redessiner les flux de céréales.