Corridors et logistique

Hydrocarbures : l’African Energy Chamber appelle à investir dans les capacités africaines

L’African Energy Chamber a tenu son forum les 22 et 23 avril à Paris. Pour le président, N.J Ayuk, le continent recèle de nombreuses réserves. Les besoins en investissements sont nombreux. Or, la crise du Moyen-Orient place les capacités africaines au-devant de la scène.

Les réserves pétrolières et gazières africaines ne sont plus à démontrer. En effet, selon le rapport annuel de l’African Energy Chamber (AEC), l’Afrique produit 300 Md m3 de GNL par an. Cela représente 8,5% de la production mondiale. Par ailleurs, elle produit 11,4 M de barils par jour (b/j). Une position qui permet au continent de se placer sur les marchés internationaux.

Une production pour l’accès à l’électricité

« Les prochaines années annoncent une ère favorable à la production africaine », a commencé par déclarer le président de l’African Energy Chamber, N.J Ayuk, lors du forum à Paris. Avant de se projeter sur les marchés internationaux, il souligne l’importance de la production pour lutter contre la pauvreté du continent. La production énergétique africaine doit être perçue avant tout pour l’accès à l’électricité. Les chiffres de la Banque mondiale l’attestent. En Afrique, 17% de la population a accès à l’électricité. Et pourtant, « l’Afrique a des réserves dans son sol. Nous avons besoin d’investissements pour développer notre production. »

La bureaucratie retarde les projets

Cependant, le lien entre production et livraison de ces capacités est retardé par la bureaucratie et les procès engagés par des organisations non gouvernementales écologiques, continue N.J Ayuk. De plus, des pays européens demandent à l’Afrique de réduire sa production dans le cadre de la transition énergétique. « Cela suffit ! Nous devons faire cesser l’extraterritorialité prônée par ces pays. » Et le président de l’African Energy Chamber rappelle que 53% des projets de production en Afrique sont à l’arrêt. « Il faut trouver des investisseurs pour relancer la production. »

Entre 11 000 et 12 000 Md$ d’investissements

Un appel entendu lors du forum de Paris. Néanmoins, la crise au Moyen-Orient amène une frilosité de la part des investisseurs. Ainsi, la production gazière africaine reste atone ces dernières années. De plus, souligne le secrétaire général du Gaz Exporting Countries Forum (GECF), Philip Mshelbila, l’Afrique manque d’infrastructures. En effet, dans son rapport annuel, l’AEC dispose d’importantes ressources. Le Mozambique, le delta du Niger, le Sénégal et de la Mauritanie développent leur production. Mais, les projets souffrent d’un manque d’infrastructures comme les usines de gazéification pour l’exportation ainsi que des gazoducs pour relier les pays producteurs et les consommateurs. Alors, Philip Mshelbila estime le montant des investissements nécessaires entre 11 000 et 12 000 Md$.

Refine, baby, refine

Ces besoins en investissements concernent aussi le raffinage. Anibor Kragha, secrétaire exécutif de l’Association africaine des raffineurs et distributeurs, a repris le slogan de Donald Trump. « Après drill, baby, drill, nous devons passer au Refine, baby, refine. » En effet, l’Afrique souffre d’un déficit de capacités de raffinage. Les principaux sites se situent en Afrique du Nord, notamment en Algérie, Lybie et Égypte. La construction d’une raffinerie au Nigéria, par le groupe Dangote, pose les bases d’un développement dans la sous-région. Inaugurée en mai 2023, elle ne produit qu’à 50% de sa capacité, rappelle le président de l’AEC en janvier. Elle pèse dans l’économie des hydrocarbures puisqu’elle exporte une partie de sa production vers les pays voisins.

Le besoin d’approvisionner en produits locaux des raffineries

Pour trouver des investissements, les pays africains doivent apporter des preuves d’un marché local ou régional. Et, les besoins sont de grande ampleur. « Les miniers, l’agriculture, la pétrochimie ont besoin de produits raffinés pour leur production. Nous devons dons parler d’une voix unifiée pour susciter l’intérêt des financeurs étrangers », continue Anibor Kragha. Un vœu pieux. L’exemple de la raffinerie de Dangote au Nigéria montre les soucis d’interconnexion du continent. Ainsi, la production actuelle se réalise avec 20% de pétrole brut nigérian. Le solde est acheminé depuis d’autres sources alors que le Nigéria dispose de réserves importantes d’hydrocarbures. Dans ce contexte, le secrétaire exécutif de l’Arda appelle à repenser les hubs maritimes du continent.

Les projets gaziers et pétroliers doivent intégrer la logistique

L’enjeu logistique de l’Afrique s’étend au-delà des terminaux portuaires. Il concerne aussi la qualité des interfaces entre production, stockage et oléoducs. En exportant une grande partie de sa production pétrolière l’Afrique a réussi à se placer sur les marchés internationaux. La réussite dépend aussi de la performance portuaire. Les temps d’attente, le tirant d’eau, la disponibilité des postes et la fiabilité des opérations influencent directement les coûts d’exportation. Du côté du GNL, les exportations créent une opportunité de montée en gamme. Les hubs capables d’absorber des exportations de GNL peuvent capter davantage de valeur que de simples points de passage. Le cas du projet Greater Tortue Ahmeyim, entre le Sénégal et la Mauritanie, illustre cette évolution. Les installations de liquéfaction flottante, les opérations de chargement montrent qu’un projet gazier est aussi un projet logistique et portuaire à part entière.

L’Afrique peut jouer un rôle avec la crise du Moyen-Orient

Ces propos interviennent alors que le monde subit les effets de la crise du Moyen-Orient. Le blocus imposé par les États-Unis et les menaces des Gardiens de la révolution iranienne limitent les approvisionnements en hydrocarbures. L’Afrique peut alors intervenir en secours des économies occidentales. « Les opérateurs africains ont voulu profiter de la situation en imposant des taux de fret 100 à 1000 fois plus élevés. Les européens et les asiatiques n’ont pas accepté de tels prix. Néanmoins, les réserves permettent au continent de se placer sur le devant de la scène », nous a confié un trader en hydrocarbures.

« Il faut saisir l’opportunité »

De son côté, le président de l’AEC souhaite que la filière saisisse l’opportunité. « Il faut tout mettre en œuvre pour réactiver les projets pétroliers et gaziers africains. Nous sommes une solution », a indiqué N.J Ayuk. Pour l’Afrique, cela crée une fenêtre d’opportunité à court et moyen terme. Les exportateurs de brut en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord peuvent bénéficier d’un regain d’attention des raffineurs et négociants qui veulent sécuriser leurs approvisionnements hors Golfe. Côté gaz, les grands projets africains prennent une importance accrue, notamment là où le GNL peut partir directement vers l’Europe ou l’Asie sans passer par Ormuz.

Les limites à transformer l’opportunité en réalité

Mais, la crise ne résout pas les fragilités africaines. Le principal obstacle reste l’insuffisance d’infrastructures régionales. Outre les pipelines, les terminaux, les capacités de stockage, les connexions intérieures restent trop faibles dans plusieurs zones. De plus, certaines infrastructures logistiques africaines subissent déjà des congestions. Cela limite la capacité du continent à transformer le choc géopolitique en avantage commercial durable. Alors, à plus long terme, l’avenir des exportations africaines dépendra moins de la seule hausse des prix que de la capacité du continent à monter en gamme logistique. Les ports capables d’offrir rapidité, sécurité, profondeur nautique et intégration multimodale deviendront des hubs stratégiques pour le pétrole et le gaz.

Le défi logistique africain de livrer durablement

La crise au Moyen-Orient pose un risque pour l’avenir. Dans l’hypothèse où elle durera plus de six mois, la demande en produits énergétiques se modifiera. Les énergies renouvelables peuvent prendre de l’importance. Certes, le GNL peut s’imposer mais d’autres sources comme l’éolien ou des sources alternatives comme la biomasse peuvent modifier la demande. Pour l’Afrique, le défi est surtout logistique. Les producteurs doivent démontrer leur capacité à livrer plus vite et avec moins de risque géopolitique que leurs concurrents du Golfe. Par conséquent, la crise du détroit d’Ormuz rend la filière africaine des hydrocarbures plus visible. Cette opportunité ne se convertira en parts de marché durables que si les États et les opérateurs investissent dans les ports, les terminaux et les corridors d’exportation.