Corridors et logistique

Céréales : la campagne 2026/2027 sera logistique

Le Conseil spécialisé grandes céréales de FranceAgriMer du 16 septembre a dressé le bilan du début de campagne. Les crises géopolitiques et les conséquences sur le transport impactent la logistique des flux.

Les crises géopolitiques impactent la logistique des produits agricoles. Depuis le conflit entre la Russie et l’Ukraine, d’une part, et celui entre les États-Unis et l’Iran, le transport maritime souffre. Les flux de vracs liquides sont plus lourdement touchés par la situation dans le détroit d’Ormuz. Cependant, la guerre en mer Noire, depuis février 2022, a des effets directs pour les trafics de céréales.

Des routes terrestres alternatives

Lors de son conseil spécialisé grandes cultures du 16 septembre, FranceAgriMer note les conséquences de ces perturbations maritimes pour les flux céréaliers. Globalement, le trafic maritime enregistre une baisse de ses volumes. Les exportations céréalières depuis la Russie et l’Ukraine par la mer Noire chutent aussi. Ainsi, en un an, les volumes transitant par le détroit du Bosphore, reliant la mer Noire et la Méditerranée, accusent une baisse de 41%. La raison tient aux attaques survenues au cours des derniers mois contre les navires. Les assureurs augmentent les surprimes risques de guerre et les armateurs rechignent à rejoindre ces ports de chargement. Dans ces conditions, tant l’Ukraine que la Russie cherchent des routes terrestres alternatives. Du côté ukrainien, les exportateurs acheminent soit par voie ferroviaire vers la Pologne ou la Lituanie soit par voie fluviale par les ports du Danube. Et FranceAgriMer souligne que l’usage de ces routes alternatives représente entre 45$ à 50$/t. La Russie dispose de solutions plus larges. Pour pallier l’absence des ports de mer Noire, elle exporte une partie de ses céréales par ceux de la Baltique ou d’Extrême orient.

Le Maghreb se tourne vers l’Argentine

Cette situation perturbe les marchés. Alors, les importateurs revoient leur stratégie. Certains ont annulé les appels d’offres. Ainsi, la Jordanie annule quatre appels d’offres aux motifs de prix élevés et des risques maritimes. L’Arabie Saoudite annule un contrat de 535 000 t en raison de la situation en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz. D’autres pays cherchent de nouvelles origines. À titre d’exemple, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie se tournent vers l’Argentine pour son maïs. Des pays qui compensent l’absence de disponibilités en Ukraine. Si l’Argentine gagne des marchés, l’Australie se place aussi.

Un disponible à l’export de 13,5 Mt pour la France

Cette situation constitue une opportunité pour les céréales françaises. En effet, les taux de fret enregistrent depuis le début de la campagne un niveau élevé. Globalement, la demande en minerai augmente et la disponibilité de cale pressurise les taux. Cependant, cette situation doit s’analyser en regard de la production française. La récolte 2026 perd du volume. Ainsi, les prévisions de production de blé tendre s’élèvent à 31,6 Mt, soit 5% de moins qu’en 2025. Un contexte qui table sur un disponible à l’exportation de 13,5 Mt, soit 12% de moins que la campagne précédente. Du côté des orges, la production recule 9% à 10,8 Mt. Les exportations s’inscrivent dans la même tendance. Elles devraient perdre 17% à 5,3 Mt. Quant au maïs, la situation est plus inquiétante. La production a perdu 42% à 8,09 Mt. Les exportations sont attendues en recul de 57% à 2,5 Mt. Ainsi, la capacité de la production française à exporter reste moindre dans un marché qui cherche à compenser les perturbations logistiques.

Des changements de destination pour le blé français

Lors de la campagne 2025/2026, le Maroc et l’Afrique sub-saharienne ont pesé 78% des flux français de blé tendre. L’Algérie et la Chine, qui pesaient 36% en moyenne sur les cinq dernières années, n’ont représenté que 1% pour la Chine et aucun volume vers l’Algérie. Il en est de même pour les orges. La Chine entre à hauteur de 71% sur les cinq dernières campagnes. Elle constitue 29% lors de la dernière campagne. À l’inverse, L’Arabie Saoudite voit sa part augmenter à 29% en 2025/2026 contre 2% sur la moyenne quinquennale. Ces changements de destination offrent de nouveaux débouchés aux céréales françaises. Cependant, elles se retrouvent en concurrence avec d’autres origines. Ainsi, la production des pays comme la Roumanie ou encore la Bulgarie peuvent venir concurrencer la production française. Néanmoins, ces deux pays ne disposent que de ports en mer Noire où les perturbations logistiques augmentent le prix du blé rendu à destination. Alors, la campagne céréalière de cette année pourrait se jouer sur des paramètres logistiques en plus de la qualité des produits.