Céréales : la logistique participe à la bonne campagne d’exportation des céréales françaises

La campagne céréalière 2019/2020 se déroule dans un contexte particulier avec la crise sanitaire. Les blés français tiennent la corde grâce à une logistique sans failles.

Le dernier conseil spécialisé Grandes cultures de FranceAgriMer s’est tenu le 15 avril. L’occasion pour les professionnels français de la filière de dresser un premier bilan après plusieurs semaines de confinement. « Nous vivons un moment extraordinaire. La crise que nous traversons a déjà produit des impacts sur l’économie en général et sur notre filière en particulier. Il n’en demeure pas moins que nous avons encore de nombreuses incertitudes sur la fin du confinement et sur les modalités de sa réalisation », a commencé par rappeler le président de ce conseil, Benoît Piètrement. Des conditions exceptionnelles et des défis que la filière agricole française a su relever. « Nous pouvons être fiers de ce qui est fait. Tout a fonctionné et nous avons évité la pénurie alimentaire dans notre pays. » Une fierté que le conseil doit aussi aux opérations logistiques.

Export de blé de l’UE: 25,2 Mt

Depuis le début de la crise, les céréales françaises ont su trouver le chemin de leurs débouchés sur le territoire national mais aussi à l’export. Dans ce contexte de crise sanitaire, les marchés céréaliers mondiaux ont connu des tensions. En Europe, les exportations de blé tendre ont dépassé les prévisions. Avec 25,2 Mt exportées depuis l’Union européenne, le blé tendre frôle des records alors que la campagne céréalière en est à sa 40è semaine.

En France, les cours de blé ont été tirés dans tous les sens. Les premières semaines du mois de mars ont enregistré une baisse des cours qui s’est inversée dès les mesures de confinement mises en place. Le marché domestique a vu sa demande augmenter pour les meuniers et les fabricants d’alimentation animale. Dans le même temps, la France a enregistré un flux record des exportations de blé tendre vers les pays tiers et l’Union européenne avec 1,63 Mt. En cumul à fin mars, la France a exporté 9,3 Mt vers les pays tiers. L’Algérie, première destination du blé français, a vu ses trafics avec la France se réduire de 7%, d’une campagne à l’autre, à 3,8 Mt. En Afrique du nord, le Maroc a pour sa part augmenter de 145% ses importations de produits français pour dépasser le million de tonnes de blé tendre importé.

Belle performance sur l’Afrique de l’ouest

Les blés français ont néanmoins réalisé une très bonne performance sur les expéditions vers l’Afrique de l’ouest qui a plus que doublé ses importations de blé français à 2,05 Mt. La Côte d’Ivoire voit ses importations françaises de blé tendre augmenter de 84% à 343 402 t. Le Sénégal est sur la même tendance avec une hausse de 251% à 211 942 t. Avec une progression de 169%, le Cameroun a importé 193 975 t de blé tendre depuis la France. Le Mali, la Mauritanie et l’Angola affichent tous des taux de progression importants de blé avec la France. En Asie, la Chine a multiplié par huit ses approvisionnements depuis l’Hexagone à 1,01 Mt.
Une réussite que la filière doit à la logistique. La crise du Covid 19 n’a pas épargné le monde de la logistique qui a su malgré tout resté opérationnel pour les exportations. Un impact lié à la réduction des heures d’ouverture des écluses fluviales. « Les opérateurs ont su s’adapter pour éviter des perturbations trop importantes », notent les responsables de FranceAgriMer. Le fluvial qui reste sous une grande vigilance et notamment sur le Rhin en raison d’une crainte de basses eaux liées aux conditions climatiques actuelles. Du côté ferroviaire, les difficultés des premiers jours de confinement se sont vite résorbées. Actuellement, la bonne coopération entre Fret SNCF et les opérateurs permet de retrouver un niveau satisfaisant. Jean-François Loiseau, président d’Intercéréales, a rappelé que son organisation a signé avec Fret SNCF un accord pour prioriser et remettre le transport ferroviaire à son juste niveau. « Nous pouvons aujourd’hui affirmer que ce mode fonctionne à 80% de sa capacité ». Avec la réduction du nombre de trains passagers, il y aurait pu avoir une ouverture de nouveaux sillons pour les trains de fret. « Nous n’avons pas eu de lignes nouvelles, nous a confié Jean-François Loiseau. Néanmoins, nous avons pu obtenir un plus grand nombre de trains de fret qui circulent ».

Routier: le coût du retour à vide

Quant au fret routier, il a été impacté par une demande plus forte et un nombre moins important de chauffeurs en raison du confinement et de la mise en quarantaine de certains. « Il a fallu aussi apporter du respect et de la sécurité à ces opérateurs, s’est alarmé Jean-François Loiseau. La fermeture des restaurants d’autoroute et des sanitaires au début de la crise a été difficile pour les routiers. Les opérateurs de silos ont décidé de mettre à disposition des chauffeurs des espaces pour qu’ils se restaurent. Cette situation n’aurait jamais dû se produire. » De plus, avec la priorisation des trafics routiers, bon nombre de camions reviennent à vide, ce qui a un coût supplémentaire sur le fret terrestre. Un surcoût estimé aux environs de 10 à 30% selon les origines et les destinations. La reprise de l’activité économique des chantiers et des carrières pourrait résoudre ce surcoût, même si cette question n’est pas encore à l’ordre du jour.
Si la filière des exportations des blés français a enregistré une croissance vers les pays tiers, les flux vers l’Union européenne sont revus à la baisse. La demande des industriels de l’alimentation animale dans le nord de l’Europe et du secteur industriel pèse sur ces courants.

Les restrictions en Mer noire

Les dernières semaines de la campagne céréalière doivent être regardées avec une grande attention. Les prix du blé français restent largement compétitifs. Les concurrents sur les grands appels d’offre, que sont les pays de la Mer Noire, sont dans une situation plus délicate. En Roumanie, le gouvernement a décrété les exportations de grains jusqu’à la fin du mois de mai. Un impact qui pourrait être réduit mais qui pourrait bénéficier aux produits français. L’Union douanière Eurasie, qui regroupe la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie et le Kirghizistan, et l’Ukraine ont procéder de même. Les pays souhaitent protéger leur marché domestique. « Une décision qui aura peu d’impact puisqu’ils correspondent aux objectifs de fin de campagne », commente FranceAgriMer.

Les craintes du marché de l’alimentation animale

La crise sanitaire a aussi généré des impacts sur le monde de la fabrication d’aliments pour bétail. Avec le confinement, un grand nombre de personnes n’utilisent plus leur automobile. Or, la production d’éthanol se réalisant avec une base de maïs, sa mise à l’arrêt aux États-Unis, a entraîné l’arrêt de productions de drêches, qui sont utilisés en grande partie par l’alimentation animale. Avec l’absence de ces drêches, les fabricants se sont tournés vers les tourteaux de soja en remplacement. Marc Zribi, chef de l’unité grains et sucre de la direction « marchés, études et prospective » de FranceAgriMer, nous a indiqué que des craintes ont surgi chez les producteurs de l’ouest français pour leur approvisionnement en tourteaux de soja depuis l’Amérique du sud, notamment le Brésil et l’Argentine. Dans ces pays, le confinement, le retrait de chauffeurs, dockers et salariés des usines et des ports, et surtout à Santos, ont fait planer un doute sur les approvisionnements des usines de l’ouest français. « Les négociations et accords trouvés depuis trois semaines entre gouvernements du Brésil et d’Argentine, les autorités locales, les salariés de la logistique et les professionnels des grandes cultures de ces pays ont permis au Brésil et à l’Argentine de reprendre leurs exportations à un rythme normal, levant ainsi les craintes sur les approvisionnements des fabricants d’aliments du bétail de l’Ouest de la France », déclare Marc Zribi.

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