Le SOS de l’OIT

Une déclaration de la Commission tripartite de l’Organisation internationale du travail a publié une déclaration pour sensibiliser les gouvernements aux conditions de travail des équipages. Une demande relayée au niveau européen par l’Espo et la Feport.

Après l’hashtag « balance ton port », il faudrait en créer un nouveau pour les équipages des navires. #Saveourseafarers, ou #SOS, pourrait convenir pour demander aux gouvernements et à toutes les autorités de prendre en considération le sort des marins. Le 16 avril, la Commission tripartite de la Convention de travail maritime de l’Organisation internationale a publié une déclaration pour expliquer la situation des membres d’équipage. « La pandémie mondiale de coronavirus (Covid-19) crée des conditions extrêmement difficiles pour l’industrie du transport maritime et les gens de mer. Dans de nombreux pays, la vie quotidienne est soumise à de sévères restrictions, mais les sociétés ont encore besoin de denrées alimentaires, de médicaments et de biens de consommation courante, et les usines ont besoin de matières premières et de logistique pour expédier leurs produits. Cela montre bien qu’il est nécessaire de disposer de chaînes d’approvisionnement internationales solides et met en évidence l’importance cruciale du commerce maritime pour l’économie mondiale, le transport maritime acheminant 90 pour cent des marchandises qui circulent. »
Dans ce contexte, les gens de mer sont confrontés à des difficultés pour procéder à leur descente à terre. « Les difficultés grandissantes associées aux restrictions des déplacements imposées de manière croissante par la plupart des pays et le quasi-effondrement des services de transport aérien régulier empêchent les changements réguliers d’équipages et les rapatriements en général », notent les membres de la Commission. Certains marins sont confinés à bord de leur navire depuis plus de dix mois désormais et ne peuvent rejoindre leur famille. Les employeurs sont obligés d’imposer un gel temporaire des rotations d’équipage en raison du confinement et de l’arrêt des liaisons aériennes.

De leur côté, les marins continuent d’assurer leurs obligations et maintiennent les acheminements des matières premières et autres produits alimentaires vers les lieux de consommation. Les membres de la commission demandent aux gouvernements de prendre en compte cette situation dans leur déclaration : « Les gouvernements doivent urgemment mettre en place des processus et des procédures pour faire en sorte que les gens de mer soient non seulement reconnus comme travailleurs clés, mais qu’ils bénéficient également d’une dérogation aux restrictions générales en matière de déplacements de manière à rendre possibles les changements d’équipages. Si des solutions ne sont pas rapidement trouvées, les gouvernements porteront la responsabilité de la mise en danger de la chaîne d’approvisionnement, ainsi que de la sécurité et du bien-être des gens de mer partout dans le monde. À terme, une telle situation viendra menacer l’approvisionnement en produits essentiels, médicaments inclus, dont la population a désespérément besoin. »
Une situation que les deux organisations patronales des ports, l’Espo pour les autorités portuaires et la Feport pour les manutentionnaires, ont aussi relayé au niveau européen lors d’une déclaration commune le 17 avril. « Les ports européens ont permis le fonctionnement normalement de leurs établissements par une mobilisation de tous les acteurs et un engagement des travailleurs du transport tant en mer qu’à terre », notent les deux organisations européennes. Elles demandent aux États membres de permettre des changements d’équipage dans les ports de l’Union européenne. « Cela est essentiel pour le bon fonctionnement de la chaîne logistique », assurent l’Espo et la Feport. L’adoption par la Commission européenne du concept de « Green Lane », qui permet aux ouvriers du transport de franchir les frontières, doit être appliquée aux marins. Elles en appellent aux armements de se mettre en liaison avec les États membres pour assurer les rotations en prévoyant des vols vers les pays membres de l’Union mais aussi les pays tiers. L’Espo et la Feport s’opposent à la Commission quand celle-ci propose aux États membres de désigner des ports pour permettre les rotations d’équipage. « Aujourd’hui tous les ports européens réalisent leur possible pour rester opérationnel et jouer leur rôle crucial dans la chaîne logistique. Ils continuent d’être les moteurs de la croissance pour les régions concernées. Désigner des ports pour les changements d’équipage aura un impact négatif sur les approvisionnements et sur la bonne marche des affaires dans les ports. Il faut résoudre rapidement cette question sans aller vers une liste restrictive de ports. L’application du concept de Green Lane aux marins est la solution la plus efficace », soulignent la Feport et l’Espo.