Céréales : après une campagne record, une récolte calamiteuse

La campagne céréalière française s’est achevée en juillet 2020 sur des chiffres records pour l’exportation. La récolte 2020 se révèle plus difficile. Les exportations devront compter sur les clients traditionnels du marché français annonce Agritel.

Le 26 août, Agritel a présenté les premières estimations de la récolte de blé tendre 2020 en France. Pour la société de conseil, la récolte 2020 s’établirait à 29,2 Mt, soit en baisse de 26% par rapport à l’année précédente. « C’est la troisième plus petite récolte de ces 25 dernières années, après 2003 et 2016. Un bien maigre bilan qui s’explique par des conditions climatiques extrêmes et successives. Les conditions de semis ont été extrêmement difficiles voire impossible sur une partie des surfaces initialement prévues à cause des pluies automnales excédentaires sur une large partie de l’Hexagone», explique Michel Portier, directeur général d’Agritel.

Europe: une baisse de 12,1% de la production de blé

La situation française s’étend à l’ensemble du territoire européen. Les estimations réalisées par Agritel prévoient une récolte européenne de 136,1 Mt, en baisse de 12,1%. Un chiffre au plus bas sur les huit dernières années. Au Royaume-Uni et en Allemagne, la récolte a souffert d’une forte chute des surfaces emblavées. En Roumanie et en Bulgarie, la sécheresse printanière a eu raison de la production. Pour Michel Portier, il faut aller en Espagne et dans les pays Baltes pour trouver des chiffres en hausse par rapport à l’année passée.

Vive concurrence avec les pays de Mer noire

Ces chiffres peuvent laisser présager des situations sur le marché international tendu pour les principaux pays exportateurs comme la France. Les céréales originaires des pays de Mer noire pourraient venir prendre des parts de marché aux exportateurs français. En Russie, la récolte s’annonce à un niveau record, alors que les moissons de Sibérie et de l’Oural sont toujours en cours. Moscou annonce une récolte de 80,5 Mt.
En Ukraine, les conditions météorologiques ont pesé sur la production. La production est prévue aux environs de 26,2 Mt, soit une baisse de 10,2%. « Malgré cette baisse de production, le disponible à l’export du pays devrait néanmoins rester supérieur à 17 Mt », indique Michel Portier.
Enfin, le Kazakhstan réalise sa deuxième contre-performance de la décennie avec une production inférieure à 13 Mt.
Dans l’hémisphère sud, la production devrait combler les déficits réalisés au nord. « Après deux années catastrophiques, la production de blé de l’Australie devrait s’approcher de ses records à 31 Mt soit 15,8 Mt de plus que l’année précédente » ajoute l’expert.

Plus de maïs pour l’alimentation animale

Toute la question pour les acteurs de la logistique portuaire céréalière se pose sur les marchés que la France pourra maintenir, voire gagner. Selon le directeur d’Agritel, les huit principaux exportateurs disposeraient d’une production proche de l’an passé. Il faut regarder sur les stocks disponibles pour voir une baisse importante. De plus, les volumes de maïs sont attendus en forte hausse. Ainsi, l’alimentation animale aurait moins recours au blé que les années précédentes.

Compter sur les marchés traditionnels

Les données collectées ces dernières semaines prévoient une baisse des échanges mondiaux d’environ 4 Mt. « En effet, suite à la crise de la covid-19, des doutes subsistent sur une reprise totale de la consommation chez les principaux pays importateurs.

Dans ce contexte de moindre utilisation, un rebond du stock des grands exportateurs est donc à attendre de l’ordre de + 4,7 Mt à 68,4 Mt », continue Michel Portier. La France devra compter sur ses marchés traditionnels comme l’Algérie et le Maroc. Elle espère aussi contractualiser avec la Chine un volume d’environ 1,1 Mt.

Le blé français reste malgré tout à un prix élevé sur le marché international. Il est handicapé par une parité €/$ forte qui pénalise sa compétitivité. « Les céréaliers français vont de nouveau être éprouvés, d’autant plus que les cours ne réagissent pas à la hauteur du phénomène. Cette conjoncture vient accentuer des problèmes malheureusement structurels en termes de compétitivité » conclu Michel Portier.

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