Céréales: la campagne se termine sur une baisse des exportations

Les flux céréaliers au départ de la France vers les pays tiers restent en retrait après 11 mois de campagne. Le mois de mai restera, à date, le plus faible mois des exportations de blé tendre jamais enregistré depuis 20 ans.

Avec une récolte en net retrait en juillet 2020, il paraissait difficile que la campagne céréalière 2020/2021 puisse égaler les chiffres records enregistrés en 2019/2020. Après 11 mois de campagne, à savoir au 31 mai (la campagne céréalière s’étend du 1er juillet au 30 juin), les exportations de blé tendre français vers les pays tiers affichent une baisse de 42% à 7,1 Mt. À pareille époque en 2020, les chiffres atteignaient 12,3 Mt.

285 000 t en mai

Sur le seul mois de mai, les exportations françaises de blé tendre ont atteint 285 000 t. Selon France AgriMer, ce mois de mai représente la plus faible exportation de blé tendre depuis le début du siècle. Il faut remonter à 2002 pour retrouver des chiffres aussi bas.

L’Algérie revient sur le devant de la scène

La principale destination de ce blé tendre demeure l’Algérie avec 1,7 Mt cumulée depuis le début de la campagne. Sur le seul mois de mai, l’Algérie a représenté la majeure partie des exportations avec 212 000 t, soit presque les trois quarts des flux exports français. Cette campagne a la particularité d’avoir vu la Chine acheter plus de blé tendre français. Avec 1,7 Mt, les flux vers l’Empire du milieu ont progressé de 21% sur 11 mois de campagne. Comparativement à la campagne précédente, 2019/2020, les flux de blé tendre vers la Chine ont été multiplié par 13.

L’absence remarquée du Maroc

Autre élément marquant de cette campagne, le Maroc est resté absent des achats de blé tendre. Avec l’Algérie, le Maroc est une destination traditionnelle des blés français. Des 1,7 Mt achetées en 2019/2020, le Maroc est passé au néant. Enfin, Cuba voit ses approvisionnements sur le marché français de blé tendre multiplier par deux passant de 177 600 t à 378 345 T.

Baisse des flux vers l’Union européenne

Les flux de blé tendre sur les pays de l’Union européenne s’inscrivent dans la même tendance avec une baisse de 20% à 5,8 Mt. Cette baisse face à la campagne précédente ne doit pas cacher un certain optimisme de fin de campagne avec une demande de blé des pays du nord de l’UE. D’un mois à l’autre, France AgriMer a prévu une amélioration des flux sur l’intracommunautaire.

La Chine principal acheteur des orges françaises

Les exportations d’orges françaises vers les pays tiers demeurent à un niveau bas comparativement à la précédente campagne. Avec 3,1 Mt exportées, les orges affichent une baisse de 13% par rapport à 2019/2020. Néanmoins, comparativement à la campagne 2018/2019, les exportations d’orge affichent une progression de 40%. La Chine avale 90% des flux d’orge avec 2,8 Mt. Des flux qui augmentent de campagne en campagne. En effet, les exportations d’orge vers la Chine ont été multiplié par deux sur cette campagne comparativement à la précédente et par 5 comparativement à la pénultième.

Le conflit sino-australien

La présence française sur le marché chinois pour les orges trouve son origine dans le conflit commercial entre la Chine et l’Australie. Pékin a imposé une taxe sur les importations d’orges australiennes en début d’année. Une réponse de la Chine aux positions politiques australiennes. Ainsi, les acheteurs chinois se sont tournés vers d’autres origines. Une aubaine pour le marché français, notamment. L’affaire a été portée devant l’OMC. La Chine a accepté de régler ce différend conformément aux règles de l’organisation internationale. Pour parvenir à répondre à la demande, la Chine s’est aussi tournée vers le marché ukrainien.

Taxation des exportations de blé russe

La campagne actuelle se termine sur une gamme mineure. La Russie a imposé une taxe à l’exportation de ses blés pour contenir les prix du marché domestique. Moscou ne veut pas voir les prix des produits de base explosé dans un marché mondial tendu. La Russie a déjà exporté 32 Mt, soit 1 Mt de plus que l’an passé à fin mai. La taxe a été fixée à 29,4$/t jusqu’au 15 juin. Elle est ensuite révisée toutes les semaines en fonction de l’évolution du marché.

Le Maroc voit sa production progresser

Sur les prochains mois, le marché français regarde avec attention l’évolution de la production marocaine de céréales. Acheteur traditionnel de blé français, le Maroc prévoit une hausse de 160% de la production de blé tendre cette année à 6,6 Mt. Les orges devraient être multipliées par 4 à 2,5 Mt. Des récoltes qui auront des effets sur les exportations françaises.

L’Inde : un premier exportable disponible de 2 Mt

Enfin, l’Inde annonce une récolte en hausse de ses céréales. Une production qui permettra à l’Inde de disposer d’un potentiel exportable plus important. L’Inde pourrait mettre sur le marché international un volume d’environ 2 Mt. Pour les responsables de FranceAgriMer, les capacités d’exportation de l’Inde ne devraient pas venir faire concurrence avec les blés européens. Le disponible à l’export de l’Inde devrait principalement alimenter les marchés de proximité comme le Pakistan, le Bengladesh ou encore le Népal. D’autant plus que la crise sanitaire locales met à mal les opérations logistiques du pays, soulignent les responsables de France AgriMer.

Des récoltes retardées

Alors que la campagne 2020/2021 se termine, les responsables ont déjà les yeux tournés vers la récolte 2021. Selon toute vraisemblance, la récolte devrait avoir quelques jours de retard en raison des pluies du mois de mai. « Néanmoins, nous nous retrouvons dans le même calendrier de récolte qu’il y a dix ans », précise Benoît Piétrement, président du Conseil spécialisé grandes cultures de France AgriMer.

Des surfaces cultivées en hausse en 2021

Les surfaces de blé tendre sont en nette hausse en 2021, par rapport à l’année passée. Elles augmentent de 3,4%. Celles de blé dur sont aussi à la hausse. Enfin, les surfaces d’orges de printemps reculent. Pris sur une moyenne de cinq ans, ces surfaces cultivables restent malgré tout stable. Selon les conditions météorologiques des semaines à venir, la productivité par hectare devrait être meilleure que la précédente campagne, sans toutefois atteindre les niveaux de la récolte 2019.