Le port d’Owendo : la pièce maîtresse d’un écosystème logistique au Gabon

Intervenu lors des webinaires de la logistique, organisés par Gabon Logistics, Armand Hounto, expert en gestion portuaire au Cabinet International Trade Partners de Montréal, nous livre ses réflexions sur la position du port d’Owendo.

Armand Hounto, consultant port, conteneurs, shipping
Armand Hounto, consultant au cabinet International Trade Partners

Le Gabon a vécu pendant de nombreuses années sur la rente pétrolière. Les variations importantes sur le prix du baril ont conduit le gouvernement à s’interroger sur l’avenir de son économie. Il a initié le plan « Gabon émergent » en 2012 « pour permettre au pays de passer d’une économie de rente liée au pétrole à une économie diversifiée d’ici 2025 », a expliqué Armand Hounto.

Les corridors oubliés

La diversification de l’économie gabonaise doit se faire par des investissements massifs dans les infrastructures. Or, selon le consultant d’ITP, « jusqu’ici les investissements se sont concentrés sur les mégastructures portuaires, au détriment des corridors ». Il a souligné qu’un port « excelle par sa connectivité et la profondeur de son hinterland qui lui permettent de pénétrer le plus loin possible dans les terres pour desservir l’arrière-pays ».

Deux infrastructures portuaires et une zone économique spéciale

En 2017, a rappelé Armand Hounto, le port d’Owendo s’est modernisé. Le New Owendo International Port (NOIP), en réalité une extension du port existant, abrite deux nouveaux terminaux qui sont gérés par GSEZ (Gabon Special Economic Zone). Il s’agit de GSEZ– Mineral Terminal et GSEZ-General Cargo. Pour rappel, GSEZ est une co-entreprise entre Olam International, le gouvernement du Gabon et Africa Finance Corporation. Créée à l’occasion de la mise en place de la Zone économique spéciale de Nkok, GSEZ opère désormais également dans la logistique portuaire et la gestion de diverses infrastructures de transport comme l’aéroport de Libreville.

Croissance au premier semestre

La réussite a déjà porté ses fruits. Au premier semestre de cette année, l’activité portuaire du port d’Owendo a augmenté de 39,5% à 2,6 Mt (par rapport à la même période en 2019). Une progression tirée par le manganèse. Les minerais ont vu leur trafic croître de 85% sur cette période à 2,1 Mt. Les trafics des marchandises générales, constituées principalement de bois traités et de divers produits, accusent une baisse de 30% à 521 007 t. (source : Gabon Port Management, GSEZ-Cargo, GSEZ-MT). Le trafic de conteneurs est exclu de ces chiffres. Owendo Container Terminal (OCT) est géré par Bolloré.

Réaliser un réseau multimodal performant

Pour faire d’un port une réussite en termes d’efficacité logistique, il est important de réaliser, à côté des infrastructures portuaires, un réseau multimodal performant. Au cours de la conférence qu’il a donnée, Armand Hounto défini de nombreuses clés pour que les investissements portuaires deviennent un succès. Parmi les clés énoncées, il suggère d’avoir une « politique publique claire centrée sur les ports et corridors dont découleront les moyens d’action ». Aussi, il s’agit pour le gouvernement de « financer les corridors de transport ».

Intégrer les projets industriels

D’autres éléments participent à la réussite d’un port. Il propose d’envisager les investissements dans le port avec une vision intégrée des projets industriels, miniers et agricoles du pays. Ensuite, Armand Hounto suggère de concevoir et cartographier un réseau logistique performant. Ce réseau permettra d’engager un report modal grâce à des infrastructures de transport massifié comme le rail.

Le cabotage: élément de développement

Le transport maritime à courte distance doit aussi entrer dans le schéma à développer. Il propose de créer les conditions pour que le transport de marchandises entre Port Gentil et Libreville soit opérationnel en toute saison. Il propose aussi de développer et de réglementer le cabotage le long de la côte vers Sao Tomé, Lomé et la Guinée équatoriale. Ces différents éléments doivent s’accompagner de la mise en place d’une plateforme digitale contextualisée avec des compétences locales en informatique.

Revoir le cadre juridique

En investissant au port d’Owendo, le gouvernement gabonais et ses partenaires se sont dotés d’un outil capable de rivaliser avec les ports voisins. Il reste cependant plusieurs ajustements à opérer pour sortir le port d’Owendo de la moyenne basse dans laquelle elle se situe vis-à-vis des ports de la sous-région. Armand Hounto n’oublie pas de préciser que cet outil doit s’appuyer sur un cadre juridique efficace et adapté. Pour cela, il suggère de réformer la législation portuaire pour « l’adapter aux défis et aux réalités de notre temps ». Plusieurs pistes sont proposées :
• Repenser les conventions d’exploitation des terminaux;
• Mieux définir les champs d’intervention et les responsabilités de chaque partie;
• Réglementer et développer le cabotage;
• Revoir la gouvernance portuaire pour qu’elle reflète l’écosystème industrialo-portuaire;
• Bonifier l’ordonnance du 11 août 2011 portant développement des activités portuaires au Gabon.

Une nouvelle approche des zones économiques

En plus de ces différents éléments juridiques, le gouvernement doit considérer une approche plus pragmatique des zones économiques spéciales, au-delà des seules facilités fiscales. Cette nouvelle approche permettra de créer les conditions adéquates pour attirer les acteurs de la supply chain dans une vision de long terme. Enfin, « en temps opportun, il serait bon de remplacer le plan Gabon émergent par une politique publique d’industrialisation qui, appuyée sur la performance logistique, permettra la transformation structurelle de l’économie gabonaise. »