Nantes Saint-Nazaire : sous le spreader, la relance en 2020

Le Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire a connu une fin d’année 2019 difficile avec les mouvements sociaux. Si le trafic reste supérieur à 30 Mt, il accuse un repli. L’année 2020 s’ouvre sur la construction du plan stratégique pour les cinq prochaines années.

Faire le bilan 2019 d’un port en France reste un exercice difficile auquel seul celui de Nantes Saint-Nazaire a osé se lancer. Les autres Grands ports maritimes ont reculé aux calendes grecques la présentation de leur bilan. Le port ligérien ne cache pas sa déception et affiche un trafic global en retrait de 5,5% à 30,7 Mt. « Nous restons au-dessus de la barre des 30 Mt pour la seconde année consécutive », a malgré tout rappelé Olivier Trétout, président du directoire du GPM Nantes Saint-Nazaire. Une diminution du trafic qui s’explique par plusieurs éléments. Les mouvements sociaux contre la réforme des retraites ont fortement impacté le trafic, toute catégorie confondue. Une cause que la direction du port n’a pu que subir, ce mouvement ayant une ampleur nationale. Des mouvements qui ont entraîné quelque 120 annulations d’escale. Plus localement, la baisse du trafic de charbon a pesé sur le bilan global. Avec 300 000 t, contre plus de 1 Mt dans les années de la précédente décennie, les variations des flux de charbon sont l’expression de la transition énergétique. Enfin, l’arrêt technique de la raffinerie de Donges a réduit les importations de pétrole brut mais a aussi eu un effet positif avec une hausse des importations des produits raffinés. Autre courant à avoir souffert en 2019, les trafics liés à l’agro-alimentaire ont souffert. Les céréales régressent de de 28% à 700 000 t. La qualité variable des céréales en 2018 a retardé les exportations de produit au cours de la première moitié de l’année. De plus, sur le premier semestre 2019, les pays de la mer Noire ont gagné des parts dans les marchés traditionnels français que sont notamment le Maghreb. À l’inverse, les importations de produits pour l’alimentation animale a été plutôt dynamique. Les céréales françaises de moins bonne qualité ont été dédiées à cette destination avec le besoin d’importer plus de soja pour donner des protéines. Des flux qui ont permis au port de gagner 5% à 2 Mt sur ces flux.
Du côté des voitures, le terminal roulier est resté stable en 2019 à 0,6 Mt, soit un trafic d’environ 107 000 unités. C’est grâce aux flux en provenance de la nouvelle usine de PSA à Kénitra au Maroc et au développement de la ligne Milk Run entre le GPM de Nantes Saint-Nazaire et le port de Mobile aux États-Unis que ce courant garde sa stabilité. Du côté des conteneurs, le trafic global s’établit à 180 000 EVP, en baisse de 3,9%. Si les importations affichent une hausse de 2%, les exportations reculent de 10% notamment avec la réorganisation des lignes sur le sud de l’Europe et du transfert vers Le Havre de flux céréaliers en conteneurs vers l’Asie. Si les différents courants ont connu des sorts divers, le gaz naturel liquéfié demeure une valeur sûre et de refuge. Avec 8,6 Mt réalisées au cours des douze mois de 2019, le GPM de Nantes Saint-Nazaire voit son trafic import progressé de 41%. Le GNL en provenance de Yamal en Sibérie mais aussi celui provenant du Nigéria et des États-Unis ont confirmé la place du port ligérien dans le marché européen du GNL.

Mouvements sociaux : la facture salée pour les entreprises

Parmi les causes des baisses de trafic, la direction du GPM ne se cache pas. Elle attribue aux mouvements sociaux une grande perte de trafics en raison des opérations « Ports Morts ». Olivier Trétout, président du directoire, donne l’exemple d’un navire vraquier resté à quai pendant presque un mois. « À 10 000 $/j, la facture a été élevée ». La présidente du conseil de surveillance, Christelle Morançais, aussi présidente de la Région, s’est montrée plus virulente contre les deux mois passés. « Nous n’avons pas de soucis sur la liberté du droit de grève mais il faut aussi respecter le droit à la libre circulation des personnes et des biens. Des personnels du port et des entreprises ont été traumatisés pendant ces évènements par l’attitude de certains. Nous demandons qu’un accord social soit négocié pour éviter de tels débordements à l’avenir ». Un plan qu’elle imagine sous la forme d’un accord social entre tous pour éviter des blocages complets du port avec un service minimum. Et la présidente du conseil de surveillance n’hésite pas à négocier localement cet accord.
Avant de revenir à une situation plus calme socialement, la direction du port conjointement les collectivités locales ont tenu à écouter les clients. Des réunions qui ont permis de faire le point avec les clients sur leurs difficultés après les mouvements sociaux. « Nous réfléchissons à un plan de relance qui nous soit propre », a rappelé Olivier Trétout. Parmi les pistes évoquées, des mesures incitatives en terme d’escale pour les nouvelles lignes qui ouvriront à Nantes Saint-Nazaire. De plus, la centrale thermique de Cordemais est sur la sellette. L’arrêt de cette centrale dans les prochaines années pourrait toucher l’emploi portuaire. « Nous avons proposé pour ce site de nouveaux trafics. Nous espérons avoir de nouvelles implantations industrielles qui générera un potentiel d’emplois pour la place nantaise ». Un sujet qui sera évoqué dans le cadre du Plan stratégique actuellement en réflexion. « Il ne s’agit pas de développer les tonnes dans ce Plan mais plutôt de travailler sur la valeur ajoutée que de nouveaux trafics peuvent apporter. Nous avons du potentiel dans certains secteurs comme les conteneurs avec, notamment, des segments comme les boîtes sous température dirigée ».
L’année 2019 a aussi été celle de la réorganisation de l’organigramme du port. Pour s’adapter aux demandes des clients, le port a été réorganisé en « Business Unit » réparties par activité et par site : site amont, site de Saint-Nazaire, énergies, terminal à conteneurs, terminal multivrac, terminal roulier et la gestion du domaine. Les institutions du port ont aussi été modifiées. Le conseil de surveillance est désormais présidé par Christelle Morançais, présidente de la Région des Pays de Loire. Un inédit dans les ports français que de donner la présidence de cet organe à une présidente d’une collectivité. « Elle s’assimile davantage aux modèles de certains ports nord européens performants, qui intègrent les collectivités locales dans leur actionnariat et leur gouvernance, comme Rotterdam, Anvers, Brême ou Hambourg », précise le GPM. Le conseil de développement est présidé par Philippe Brillan, directeur de la raffinerie de total de Donges, avec Pascal Vialard, directeur de Montoir Bulk Terminal, comme vice-président. Avec le renouvellement des instances, le GPM se lance dans la réflexion sur son plan stratégique. Des premières réunions se sont tenues avec les élus, les salariés du port et les clients. « Nous voulons construire une vision partagée de l’avenir du port et d’un plan d’action à cinq puis dix ans », explique le président du directoire.

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