Campagne sucrière : les exportations françaises se dissolvent

La campagne sucrière 2019-2020 a achevé son septième mois fin avril. Avec 400 000 t de disponible à l’exportation vers les pays tiers, la production française a atteint un plancher dans un contexte de prix bas.

La fin des quotas d’exportation de sucre en Europe est intervenue depuis la campagne 2017/2018 (la campagne sucrière commence en Europe le 1er octobre pour s’achever le 30 septembre). En rompant avec la politique de quotas à l’exportation, les opérateurs français ont espéré un retour en force sur le marché international. Plus dure a été la chute.

Depuis la campagne 2017/2018, une baisse continue

La campagne sucrière 2017/2018 a démarré sur les chapeaux de roues avec une production européenne à 21,3 Mt, dont 6,5 Mt pour la France. Une production importante qui n’a eu de cesse de décroître depuis lors. Les conditions climatiques peu favorables à la betterave de ces dernières années et la baisse des surfaces ont pesé.

Une campagne 2019/2020 dans la même tendance

La campagne sucrière actuelle reste marquée par la baisse des surfaces cultivées et des rendements plus faibles. Ils ont atteint 11,3 t/hectare. Ainsi, la production européenne s’élève à 17,4 Mt, dont 5,2 Mt pour la France. Au final, en deux ans la production sucrière européenne a perdu 18,3% de son volume. La baisse des surfaces a joué un rôle tout comme les conditions climatiques de l’été 2019 peu propices à la teneur en sucre. Enfin, sur le marché international le Brésil et l’Inde, les deux principaux producteurs de sucre dans le monde, ont pesé. Autant d’éléments qui ont un effet sur les trafics à l’export.

La France exportera 2,5 Mt sur la campagne 2019/2020

“La campagne sucrière actuelle offre à la France une capacité d’exportation estimée aux environs de 2,5 Mt”, indique Marc Zribi, chef de l’unité grains et sucre de la direction « Marchés, études et prospective » de FranceAgriMer. La majorité des flux, soit 2,1 Mt, est dirigée vers l’Union européenne. Les 400 000 t restantes partent pour des pays tiers comme l’Israël, l’Égypte, la Norvège et la Suisse. Le niveau des expéditions françaises s’avère faible. En un an, le disponible exportable vers les pays tiers a perdu presque 30% de son volume.

La France : championne européenne de l’exportation

Malgré la baisse des surfaces cultivées et les cours du sucre bas, la France s’affiche en haut du tableau des pays producteurs et exportateurs de sucre en Europe. Elle est suivie par l’Allemagne qui a produit, sur la campagne actuelle, 4,3 Mt. La Pologne vient en troisième position avec une production de 2,1 Mt. Une tendance que le responsable de FranceAgriMer observe avec attention. En effet, sur les cinq premiers mois de la campagne, la Pologne a exporté 73 000 t.

Pologne: hausse de 82% des exportations

Sur les deux dernières campagnes, la Pologne voit ses exportations frôler le million de tonnes. En 2018/2019, elle a exporté 764 752 t. Un volume en baisse de 14% par rapport à la campagne précédente mais en augmentation de 82% sur les cinq dernières campagnes. « Il faudra garder un œil attentif sur la position de la Pologne dans les prochaines années ». En Europe, ses principales exportations se font principalement avec ses voisins Allemagne, Roumanie et Hongrie. Sur l’Union européenne, la Pologne a vu ses expéditions augmenter en 2018/2019 de 4,9% à 342 879 t. Sur les pays tiers, la Pologne a un peu baissé ses volumes en 2018/2019. Elle exporte une grande partie de son volume, environ 27%, vers Israël. Un marché sur lequel la France est déjà implantée. L’Afrique de l’ouest pèse environ 3% des exportations polonaises. Elles se dirigent surtout vers le Ghana, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso.

La Belgique: exportatrice de productions française et allemande

La Belgique entre aussi comme un grand exportateur européen de sucre. Pour le chef de l’unité de FranceAgriMer, il faut nuancer le score de 380 000 t exportées par la Belgique sur la campagne 2018/2019. La production nationale n’est pas en adéquation avec ce chiffre. La performance exportatrice de la Belgique sur le sucre doit tenir à un détournement de trafic depuis la France et l’Allemagne.

La France est au plancher

« Il paraît peu probable que la France voit ses disponibilité à l’exportation baisser au-dessous du plancher actuel à 400 000 t vers les pays tiers », analyse Marc Zribi. Sur la campagne actuelle, l’Union européenne table sur l’exportation de 1 Mt de sucre vers les pays tiers. Un chiffre en baisse par rapport à la campagne 2017/2018 où l’Europe a exporté 3,4 Mt. La France a réalisé 1,3 Mt de sucre sur la campagne qui a démarré en 2017. En 2020, le volume exportable est divisé par trois avec 400 000 t.

La situation de l’industrie du sucre accuse le coup. Lors de son assemblée générale du mois de janvier, le groupe Sénalia a annoncé la fermeture d’ici 2022 de son site de Robust à Rouen. Un coup dur pour la filière qui disposait d’un outil intéressant pour les exportations. La décision de la destination future de ce terminal n’est pas encore arrêtée à ce jour. À cela devrait s’ajouter la fermeture de quatre usines, dont deux pour Saint Louis et deux pour Cristal Union.
De plus, un cours du sucre en baisse, et l’arbitrage des agriculteurs entre la betterave et les céréales se fera peut-être en défaveur de la production sucrière. « Les surfaces disponibles devraient encore perdre 5 à 6%, annonce Marc Zribi. Il n’en demeure pas moins que la betterave représente un intérêt agronomique pour les sols qu’il ne faut pas négliger ».

Face à l’Europe, le Brésil et l’Inde

Si la France se place en haut du classement européen, elle est relativement faible par rapport aux deux puissances sucrières que sont le Brésil et l’Inde. Les deux pays se partagent une grande majorité du marché mondial et influencent dans un sens ou l’autre les cours du marché. Aujourd’hui, le cours du sucre est tombé à un niveau très bas. « Nous constatons une baisse du cours du sucre dans les différentes instances sur les 18 derniers mois », continue Marc Zribi. À tel point que la livre de sucre s’évalue aux environs de 10 à 11 centimes la livre, soit en dessous du prix de production du Brésil.

Arbitrer entre l’éthanol et le sucre

Au Brésil, le taux de change entre le Real et le dollar en baisse, et le sucre brésilien peut remporter des marchés importants. Le géant sucrier mondial doit procéder à des arbitrages. Les deux dernières campagnes ont favorisé la transformation de la production de la canne vers l’éthanol. En destinant la production vers l’énergie, les producteurs brésiliens font le choix d’une production plus rentable. En effet, 65% de la production sucrière brésilienne entre pour la composition d’éthanol. Le Brésil dispose d’un parc automobile adapté à cette essence.

La baisse du Real et donc la compétitivité de la production sur le marché mondial pourrait faire évoluer cet arbitrage. Il est probable que la production brésilienne de canne augmente en faveur du sucre pour atteindre 45%, voire 50%. « Au final, le Brésil pourrait envoyer entre 8 et 10 Mt de sucre sur le marché international dès la campagne 2020/2021 ».

Inde : levée de boucliers contre le subventionnement de la logistique

En Inde, la situation est différente. En Inde l’augmentation du nombre de surfaces cultivées et des moussons favorables ont permis au pays d’afficher une production de 30 Mt en 2020. L’arrivée sur le marché de cette production a entraîné une baisse importante des cours du sucre.
New-Dehli a décidé de disposer d’un stock de trois mois de consommation. Avec une consommation annuelle de 26 Mt par an, l’Inde dispose d’environ 5 à 6 Mt disponible pour l’exportation. « Des volumes qui évoluent d’une année sur l’autre selon les conditions climatiques du pays », nuance Marc Zribi.
Ce disponible à l’exportation a été, en plus, tronqué par une politique de subventionnement des coûts logistiques du sucre depuis le lieu de production au port d’expédition au travers d’aide à l’exportation. Une aide qui a permis au sucre indien d’avoir un prix FOB intéressant face à ses concurrents que sont le Brésil et les autres producteurs. Plusieurs pays à l’image du Brésil, de la Thaïlande et de l’Australie ont porté plainte devant l’OMC. Elle est actuellement en cours.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

porta. ut dapibus eleifend mi, vulputate, tristique massa id