Maritime : le reformatage de l’offre dans le contexte post-Covid

La logistique dans l’ère du post-covid alimente les analystes. Jérôme de Ricqlès, expert maritime auprès de Upply, revient sur le sujet. Il dresse trois scenarios allant d’un retour « presque » à la normale jusqu’au scenario catastrophe. Nous reprenons ci-dessous les analyses de cet expert reconnu dans le monde du transport maritime.

La crise sanitaire qui a touché la planète en ce début d’année n’aurait que difficilement pu être imaginée par des scénaristes de film catastrophe. Elle a bien eu lieu. Les impacts sur l’économie mondiale ont été nombreux. Les différentes filières sont touchées à des degrés divers.

La logistique est apparue comme une ressource indispensable. Elle a permis au cours des mois de confinement à approvisionner les marchés de consommation. Le transport maritime a été touché. « L’épidémie de coronavirus, en raison de son impact sur le volume des échanges mondiaux, frappe de plein fouet le transport maritime de ligne régulière et bouscule les supply chains », écrit Jérôme de Ricqlès dans son analyse sur l’avenir des lignes maritimes régulières.

Jérôme de Ricqlès, expert maritime de Upply. ©Upply

Nous vous proposons ci-dessous un résumé des trois scénarios. L’analyse plus complète est disponible sur le site de Upply. Pour l’expert de Upply, « quelle que soit l’hypothèse, nous prévoyons une décroissance globale des échanges conteneurisés planétaires pour 2020 et au-delà, à des degrés variables géographiquement ».

Scénario 1 : “Business as usual”, avec quelques ajustements…

Dans cette hypothèse, la reprise se fait essentiellement sur les mêmes bases qu’avant la crise. Dans un tel scénario, les compagnies accentueront les politiques déjà mises en œuvre pour contrer ce déséquilibre. Elles pourraient étrangler l’offre à l’extrême en rallongeant encore plus les transit times Asie-Europe, avec passage via Le Cap, tout en continuant leurs programmes de “blank sailings ».

Mathématiquement, avec une reprise significative durant l’été et un bon second semestre, il est encore possible de sauver l’année a minima avec ce scénario dans lequel le yield management des compagnies prévaut. Pour les chargeurs, ce scénario n’est pas une bonne nouvelle. La demande doit s’adapter et continuer à payer à minima les prix actuels pour un service dégradé et des transit time plus longs, malgré un prix du fuel historiquement bas.

Le scénario 2 : Rupture douce, sur fond de nearshoring

Ce deuxième scénario a pour postulat de base un réveil européen, suite aux fragilités mise en lumière par la crise, même si elles existaient déjà avant de façon latente. On voit alors se mettre en place un certain interventionnisme des États dans les échanges commerciaux stratégiques, car l’Europe a pris conscience que son indépendance est vitale pour l’approvisionnement de produits essentiels. Dans cette hypothèse, le phénomène de nearshoring au profit du Maghreb et de l’Europe de l’Est, déjà amorcé, s’accélère. À cela s’ajoute la prise de conscience de l’importance des productions occidentales et africaines pour satisfaire les besoins du marché chinois. Tout cela aboutit à un certain rééquilibrage des échanges intercontinentaux, avec la valorisation des productions occidentales et africaines à l’exportation. La Chine finie d’être l’”usine du monde”.
Pour les chargeurs, il s’agirait d’une mutation profonde. Ce scénario ne produirait ses effets qu’à partir de 2021-2022. La perte de volumes maritimes conteneurisés annuels pourrait atteindre -10% à -20% en 2020 à l’échelle planétaire, et davantage encore durant les deux années suivantes.

Scénario 3 : Une déglobalisation accélérée

Notre dernier scénario s’appuie sur l’hypothèse d’un repli atlantiste incluant l’Europe, face à un ennemi chinois déclaré. On assiste alors à une “déglobalisation” accélérée, renforcée par une conscience environnementale extrême partant des plus jeunes générations. L’effet sera bien évidemment dramatique pour le transport maritime. Ce scénario “catastrophe” conduirait à des pertes de volumes maritimes conteneurisés planétaires de l’ordre de -30% à -50%.

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