Brest : les trafics du port ont reculé de 3% en 2020

Avec 2,5 Mt, le port de Brest affiche un recul de 3% en 2020. Face à ce repli de trafic, le port du Finistère a décidé de continuer ses investissements pour l’avenir.

Sa situation à la pointe occidentale du pays ne l’a pas épargné des effets de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques. Le port de Brest affiche en 2020 un recul de son trafic global de 3% à 2,55 Mt.

Baisse des conventionnelles

Deux types de flux accusent une diminution de volumes. En premier lieu, les marchandises conventionnelles enregistrent une baisse de 10% à 342 000 t. Plusieurs raisons expliquent ce repli. Il s’agit d’abord de la fin des expéditions de grumes d’épicéas en raison de la baisse de la demande chinoise et de la concurrence des produits allemands et autrichiens. Ensuite, les exportations de poudre de lait ont aussi subi une baisse importante. Enfin, les plants de pomme de terre, exportés par navires conventionnels frigorifiques ont subi les effets de la pandémie. La crise sanitaire a entraîné la fermeture de marchés pour ces produits.

Conteneurs: une baisse de 13%

Ces diminutions n’ont pu être compensées par des hausses intervenues dans cette filière. En effet, les plants de pomme de terre sont désormais expédiés par conteneurs. Quant aux viandes congelées, elles ont su résister à la pandémie. Leur trafic reste stable. Au final, le trafic conteneurisé accuse malgré tout un repli de 13% à 36 261 EVP.

Des réussites sur certains flux

« Nous n’avons pas pu rattraper ce que nous avons perdu au premier semestre. Nous perdons des volumes sur les trafics conteneurs comme les autres ports européens », indique Mériadec Le Mouillour, directeur général de la CCI Métropolitaine de Bretagne ouest, en charge de la gestion du port de Brest. Pour le directeur général, le recul des marchandises diverses ne doit pas faire oublier les réussites de 2020.

Hausse des matières premières agricoles

En effet, il apparaît une progression des trafics de matières premières agricoles. Elles ont augmenté de 3% à 774 000 t. Une hausse qui s’explique par la bonne tenue des importations de tourteaux de colza destinés à l’alimentation animale. Ces flux ont enregistré une hausse de 30% à 77 000 t, note la CCIMBO. De plus, les sorties de ferrailles ont été en essor avec une hausse de 11% à 196 000 t.

Progression des ferrailles

Ces performances de certains flux n’ont pu compenser des pertes sur d’autres courants. Ainsi, avec 559 000 t, les trafics de vracs solides non alimentaires ont subi une diminution. « Ces tonnages se composent principalement de sables et de matériaux de construction pour le BTP et notamment sur les trafics de ciment, explique Mériadec Le Mouillour. Le recul a été compensé par les expéditions de ferrailles. »

Reprise des déchargements de gaz

Quant aux vracs liquides, ils ont fait les frais de la crise sanitaire. Les deux confinements ont réduit la consommation d’hydrocarbures. Au final, le port du Finistère accuse une baisse de 6% des hydrocarbures. La fin des opérations de maintenance sur le bras de déchargement pour le gaz a permis de retrouver un niveau de trafic équivalent à 2019.

Polder: la première partie opérationnelle

Les résultats mitigés du port de Brest ne l’empêchent pas de continuer à investir. Depuis plusieurs années le port créé un espace supplémentaire, appelé le Polder. La première partie est désormais opérationnelle. « Le quai de cette partie n’est pas encore entièrement terminé. Nous pouvons malgré tout réaliser des opérations sur ce terminal par l’intermédiaire du quai à côté du QR4 », explique Mériadec Le Mouillour.

Des travaux prévus d’être achevés en 2023

La seconde partie des travaux est actuellement en cours. Les travaux sur les quais seront achevés en 2023. « La totalité de cet espace supplémentaire sera achevée en 2023 avec le dragage de la souille ». Avant même la fin des travaux, cet espace permet d’initier des trafics comme ceux liés aux énergies marines renouvelables. « Cette infrastructure nous offre un potentiel important. Nous constatons une dynamique nationale sur les EMR. Le Polder est un facteur positif pour inscrire le port de Brest dans cet élan ».

Une zone de 40 hectares pour l’avenir

La construction de ce Polder a été parfois critiqué. Entre les partisans de cette construction et les opposants, le directeur général préfère se projeter dans l’avenir. « Nous anticipons sur l’avenir. Le défaut d’infrastructures nous condamne sur un terme plus ou moins long. Même si l’espace de 40 hectares que nous allons créer ne porte pas ses fruits dans l’immédiat, nous avons une offre pour de nouveaux trafics », continue Mériadec Le Mouillour.

Répondre aux ports francs britanniques

Autre sujet qui occupe la direction du port de Brest, l’implantation outre-Manche de ports francs. En implantant ce type de ports face à celui de Brest, la direction de la société en charge de la gestion du port du Finistère réfléchit à une réponse. Elle souhaite que des zones stratégiques soient créées dans le port. « Et pourquoi pas sur le Polder ? », s’interroge le directeur général.

Roscoff: baisse de 73% du fret

Gestionnaire du port de Brest, la CCIMBO est aussi en charge de la gestion du port de Roscoff. Dédié aux trafics de ferry avec la Grande-Bretagne et l’Irlande, la place roscovite a vu son trafic fret touché par la crise sanitaire. La baisse de trafic est importante avec une diminution de 73% des camions soit environ 1700 ensembles routiers toutes destinations confondues.

Accompagné ou non accompagné: telle est la question

La question se pose de plus en plus clairement sur de nouveaux modes de traversées pour le fret. Le non accompagné prendra-t-il le pas sur le fret accompagné. Pour le directeur général de la CCIMBO cette tendance devrait se confirmer dans les prochaines années pour répondre au manque de chauffeurs. Dans le même temps, le transfert de l’accompagné au non accompagné dépend en large partie des flux.

Réfléchir à la mutation

Pour le directeur général, « nous avons une tradition sur de l’accompagné et notamment pour les trafics de produits sous température dirigée. Certains flux devraient conserver leur chaîne actuelle. Cela ne nous empêche pas de réfléchir à cette mutation pour le long terme en nous préparant en amont ».

Gérer les flux selon leur provenance

De plus, le port de Roscoff recevant des flux depuis l’Union européenne, en provenance d’Irlande, et ceux de Grande-Bretagne, hors UE. « Nous allons devoir procéder à une réorganisation des terminaux entre ces différents flux. Nous disposons de tous les contrôles nécessaires et nous sommes prêts pour assurer la continuité des opérations. Depuis plusieurs mois, nous avons entrepris un travail de fond pour nous préparer et nous sommes prêts et opérationnels », confirme le directeur général.

Le port de Roscoff reste malgré tout cantonné sur un espace limité. La capacité actuelle suffit pour les activités. Si demain le trafic avec l’Irlande et la Grande-Bretagne devait croître de façon exponentielle, le directeur général de la CCIMBO se dit confiant. « Nous avons des espaces sur le port de Brest pour répondre à cette croissance si besoin ».