GPM Nantes Saint-Nazaire : les conditions de travail se dégradent fortement

La publication en février d’un rapport par le cabinet Secafi, commandé par le CSE du GPM de Nantes Saint-Nazaire met en lumière les conditions sociales. Pour les uns, l’arrivée du nouveau président du directoire a été un déclencheur. Pour les autres, la mutation du port explique ces changements d’organisation du travail.

Une bouteille jetée à la mer par les salariés du GPM de Nantes Saint-Nazaire. En juillet 2020, le CSE (Comité social économique) du GPM de Nantes Saint-Nazaire a demandé au cabinet Secafi de réaliser un audit sur les risques psychosociaux. « La démarche mise en œuvre vise à cartographier l’intensité des facteurs de RPS afin de proposer à l’ensemble des acteurs un plan de prévention », indique en préliminaire le rapport du cabinet d’audit.

Un mal-être lié à la réorganisation

La demande du CSE vient d’un constat sur la situation dans l’entreprise. Plusieurs alertes de souffrance au travail ont été constatées au cours des deux dernières années. Ce « mal être » au travail serait lié, selon les personnes interrogées, à plusieurs éléments. En premier, la réorganisation et la gestion des équipes démontre d’un manque de communication. Ensuite, des dysfonctionnements dans l’organisation du travail amènerait des périodes de surcharge. Encore, le manque de reconnaissance du travail accompli avec en point d’orgue la « peur des représailles ». Enfin, des infrastructures vieillissantes pouvant amener à des conditions de travail dégradées.

Deux facteurs de risques psychosociaux

Du côté de la direction, les facteurs de ces risques psychosociaux tiennent à deux facteurs. Le premier est avant tout structurel. L’évolution stratégique du port apporte son lot de changements et de nouveaux modes de fonctionnement. Ensuite, les différents mouvements sociaux de fin 2019 et la crise sanitaire ont obligé à reporter obligé à reporter des formations d’accompagnement au changement.

35% de salariés en stress décompensé

Le diagnostic établi par le cabinet Secafi est sans appel. Le stress « décompensé », à savoir celui qui se matérialise parce que la personne ne peut éviter l’apparition de troubles, concerne 35% des salariés interrogés. Les femmes entrent à hauteur de 56% dans cette situation. Les cadres sont concernés pour 49% et les employés à concurrence de 53%. Enfin, le cabinet d’audit indique que les salariés de la direction générale, du secrétariat général, de la direction financière et de l’agence comptable montrent un niveau de stress décompensé à hauteur de 47%. Et le cabinet Secafi attire l’attention de la direction à « apporter une attention particulière aux salariés situés au croisement de ces dimensions (femmes/cadres/fonction au siège).

Une peur de s’exprimer

Un autre élément mis en avant par le rapport tient aux entretiens réalisés. Si d’ordinaire le cabinet parvient à réaliser des entretiens collectifs et individuels, lors de son enquête au GPM de Nantes Saint-Nazaire, il a rencontré de nombreuses défections. Une faible partie des salariés a invoqué des empêchements liés aux agendas. Selon Secafi, « la plupart des salariés concernés ont invoqué leur manque de confiance, voire leur peur de s’exprimer devant d’autres ».

Conduite du changement mal perçue

Pour les salariés, le changement de la politique du port est compris. C’est la conduite du changement qui est mal perçue. La mise en place d’une nouvelle gestion des ressources humaines a eu des effets négatifs pour 69% des salariés. De nombreux licenciements et démissions ont amené « une insécurité sur l’emploi ». Les équipes du directoire sont mises en cause. « Les réunions du directoire pourraient être source de la valorisation de l’expertise des salariés mais, au vu de leurs modalités pratiques et du climat managérial décrit, elle est à l’inverse source d’angoisse et de manque de lisibilité de la stratégie du fait d’un pilotage par à coup sans continuité décisionnelle dans le temps », souligne le rapport de Secafi. Ces pratiques de gestion, « notamment par le directoire selon le personnel », sont le plus souvent remontées par le personnel comme étant irrespectueuses, vexatoires voire violentes.

Un transfert des responsabilités vers le service médico-social

Dans ses conclusions et recommandations, le cabinet d’audit rapporte que les actions entamées par la direction du port amène un transfert des responsabilités vers le service médico-social. Le rapport établi 16 mesures à mettre en place pour corriger la trajectoire sociale actuelle. Elles se regroupent autour de l’organisation du port, la conduite du changement, les pratiques managériales, la communication entre les services, le harcèlement sexuel et les agissements sexistes, et enfin, la politique sociale.

Encore des arrêts maladie

Ce rapport accablant pour l’actuelle direction du port a fait réagir les salariés. Ils ont voulu que la situation devienne publique en nous envoyant directement le rapport pour que nous le diffusions. Ensuite, la DGTIM, hiérarchie de la direction du port a été alertée. Elle n’a pas apporté de réponses à ce jour. Contactée, elle ne nous a pas répondu malgré nos relances. Et pourtant la situation ne s’est pas améliorée. Selon nos sources, plusieurs cadres et employés sont en arrêt maladie en raison de ces pratiques.

Un contexte compliqué depuis 2019

La direction du port se dit à l’écoute de ces sujets. « Nous avons mené un plan d’action », nous a confié Odile de Navacelle, DRH du GPM. Elle replace ce rapport dans le contexte économique et social. La saisine du cabinet Secafi s’est faite à l’été 2020 pour un audit à l’automne 2020 et une restitution en février 2021. Le contexte économique était déjà compliqué. « Depuis 2020, le GPM a opéré un changement vers la transition écologique. Cela signifie des changements de travail », souligne la DRH. Ensuite, la crise sanitaire est intervenue. « Tous les éléments pour que la santé et le bien-être au travail soient menacés ».

Communication interne et conduite du changement

Le GPM a entrepris un plan d’action avec deux axes principaux : mener des progrès sur la communication en interne et conduire le changement. « Nous avons pris conscience qu’il faut embarquer les équipes avec nous dans cette transformation. » Parmi les actions concrètes déployées par la direction des ressources humaines, Odile de Navacelle cite la sensibilisation du directoire et du comité de direction sur le sujet. Une opération qui soit descendre dans les différentes strates du port pour aller jusqu’aux managers intermédiaires.

Former les représentants du personnel

De plus, le port a entamé des actions de formation des représentants du personnel pour une meilleure prise en compte des risques psychosociaux. Ces formations doivent permettre de déceler rapidement les mécanismes qui créent le malaise des salariés en distinguant le travail attendu du travail réel. Elles visent à détecter les signaux d’une situation qui peut s’aggraver.

D’autres actions sont entreprises à l’image de la communication interne. La direction a organisé des séminaires sur le projet stratégique pour « nourrir la réflexion ». Ensuite, un comité restreint entre DRH, service médico-social et représentants du personnel a été créé pour un dialogue social plus intense sur le sujet.

Pas de parallèle entre crise sociale et arrivée d’Olivier Trétout

Olivier Trétout, président du directoire du Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire. ©GPM Nantes Saint-Nazaire

« Ce sujet ne se résout pas du jour au lendemain. Les années qui viennent vont être déterminantes pour l’avenir du port. Les inquiétudes des salariés impliquent que nous avons des relations sociales tendues avec des hauts et des bas. Nous gérons au plus près ce dossier », assure Odile de Navacelle. Alors, quand nous lui demandons si la crise est apparue avec la nomination du nouveau président du directoire, elle refuse de faire le parallèle. « Le président et les membres de ce directoire ont été nommés à un moment où il fallait entreprendre la transformation et entamer le changement. L’arrivée d’Olivier Trétout en 2019 a coïncidé avec la nécessité de procéder au changement ».

Des conflits avec les clients

Du côté des autres instances du port, la présidente du conseil de surveillance, Christelle de Morançais, n’a pas répondu à nos sollicitations malgré plusieurs relances. Présidente de la Région, Christelle de Morançais aurait toutefois entamé des discussions avec les salariés et la direction du port pour trouver une porte de sortie de cette crise, nous a indiqué une personne proche de ce dossier. Du côté des clients du port, la situation est perçue sous différents aspects. La personnalité du nouveau président du directoire est en opposition avec son prédécesseur mais, certains clients assurent que le changement doit se faire « malgré tout ». Ces périodes difficiles doivent être menées avec parfois une main de fer, nous a indiqué un responsable d’une société installée sur le port. D’autres réagissent moins positivement et vivent parfois des situations tendues avec la direction du port.

Que fait la DGITM?

Enfin, du côté syndical, les responsables des centrales n’ont pas souhaité « jeter de l’huile sur le feu ». Le rapport initié, par la CFE CGC suivie par la CGT, n’a pas encore débouché sur des actions syndicales fortes. Les salariés craignent encore pour leur emploi. Ils se sentent menacés au quotidien pour leur emploi et vivent dans la peur du lendemain et de mesures punitives. Ils attendent de voir ce qui sortira des réunions actuelles entre la direction, les élus départementaux et régionaux. Ils espèrent aussi que la DGITM décide enfin de s’emparer du dossier.