Conférence SITL : les innovations technologiques de l’automatisation à la digitalisation

L’innovation technologique dans la logistique portuaire prend plusieurs formes. Elle va depuis l’automatisation des ports à la mise en place de la digitalisation tout en prenant en considération la transition écologique.

La conférence sur l’innovation technologique dans les ports a tenté de brosser un tableau des différentes facettes que prend ses nouvelles méthodes de travail. Dès lors que le sujet aborde l’innovation technologique dans les ports, le regard se tourne vers l’automatisation dans les terminaux. Le sujet entre dans ce débat mais n’en est qu’une partie.

Des trafics revenus au niveau de 2019

Pour aborder le sujet de l’automatisation, Lamia Kerkoudj-Belkaid, déléguée générale de la Feport, organisation européenne regroupant les opérateurs privés de manutention dans les ports, a commencé par remettre les choses en perspectives. « Nous entendons parler de boom des volumes et de croissance. Pour les opérateurs portuaires, nous ne constatons pas une croissance importante des volumes. Les trafics reviennent à un niveau équivalent à ceux de 2019 ».

 

Une proportion faible de l’automatisation des terminaux

Quant à l’automatisation dans les terminaux portuaires, elle reste aujourd’hui dans des proportions faibles comparativement aux nombres de terminaux qui existent en Europe. L’automatisation presque totale, à savoir 90% des opérations portuaires, n’existe aujourd’hui que sur des terminaux comme celui d’Altenwerder à Hambourg ou de APM Terminals à Rotterdam sur la Maasvlakte 2. D’autres terminaux sont partiellement automatisés.

Automatiser des tâches routinières

Dans son exposé, Lamia Kerkoudj-Belkaid a souligné que l’automatisation intervient principalement « pour des tâches qui sont routinières, répétitives et dangereuses pour les hommes. » Pour réussir cette automatisation, les opérateurs de terminaux ont mené avec toutes les équipes concernées des négociations sur tous les aspects visés par cette automatisation.

Automatisation et digitalisation

Dans le cadre de ce transfert vers une automatisation des terminaux, les manutentionnaires européens regardent avec attention les risques liés à la cyber-sécurité. En effet, explique la déléguée générale de la Feport. « Qui dit automatisation signifie aussi une digitalisation qui amène à se pencher sur les risques inhérents à la cyber-sécurité ».

Négocier avec tous les partenaires

Cette analyse du côté patronal de l’automatisation portuaire a été partagée partiellement par un responsable syndical. Franck Gonsse, secrétaire national de la CNTPA (Coordination Nationale des Travailleurs Portuaires et Assimilés), ne veut pas entrer en opposition totale avec le sujet. Pour le responsable syndical, il est important de « rentrer en négociation avec toutes les bonnes parties ». Ces différents partenaires doivent intégrer l’État.

L’État participe à l’automatisation

En effet, selon Franck Gonsse, un investissement partiel dans l’automatisation sur un terminal implique aussi la participation de l’État dès lors qu’il prend en charge une partie du financement. Prenant l’exemple du terminal à conteneurs de Dunkerque, Franck Gonsse explique que l’automatisation partielle nécessite une enveloppe entre 30 M€ et 40 M€ pour un terminal qui réalise environ 500 000 EVP à 700 000 EVP.

Impact sur l’emploi

Face à l’automatisation, peu importe son degré dans le terminal, le responsable syndical appelle à analyser avec précision l’impact sur l’emploi. « Le métier sur les quais s’est modifié ces dernières années. Il n’en demeure pas moins que chaque tâche automatisée doit être vue avec une dimension d’impact sur l’emploi et la modernisation des emplois ».

Formation: à prévoir dès les négociations

Enfin, l’automatisation pose des interrogations en matière de formation. « Que va-t-il advenir des dockers actuellement en poste dans les différentes installations ? » Pour répondre à ce point, Franck Gonsse préconise que soit entamé, lors des négociations, un point sur la formation des salariés actuels pour les former à ces nouvelles technologies. Dans ce contexte d’automatisation, le responsable de la CNTPA souhaite que cette révolution technologique soit perçue sur l’ensemble du range. « Les ports pourront automatisés en fonction des volumes qu’ils pourront redistribuer sur l’hinterland. Chaque port a son marché. Les ports dont les volumes ne permettent pas une automatisation ne doivent pas disparaître pour autant », alerte Franck Gonsse.

Un outil neutre

La digitalisation dans les ports s’étend au-delà des terminaux. Elle englobe tous les maillons de la chaîne logistique portuaire. Hervé Cornède, président de France PCS, GIE qui regroupe la Soget et MGI, procède aujourd’hui à 93% du fret français qui emprunte les ports métropolitains et ultramarins. « Nous sommes un outil neutre au service de l’ensemble des entreprises », a commencé par indiquer Hervé Cornède.

Améliorer les process

La principale tâche de France PCS est « d’améliorer les process des différents métiers du transport et de la logistique. » Aujourd’hui l’outil numérique proposé par France PCS permet d’assurer une fluidité des marchandises dans les ports. Le travail accompli a été important. « Il reste à s’atteler à la cyber-sécurité ». Chaque semaine ce sont deux ou trois attaques que les systèmes informatiques de France PCS subissent.

Ne pas être en dehors du jeu

Et pour aller plus loin, France PCS prépare déjà le futur guichet unique européen, le dédouanement centralisé pour ne pas être en dehors du jeu et la mesure de la compétitivité des ports français. Ces dossiers techniques permettent aux places portuaires françaises de pouvoir se mesurer avec des outils indépendants face à leurs concurrents.

Buyco: une plate-forme collaborative

Buyco a développé il y a six ans une plate-forme avec une ambition : simplifier les opérations au travers de la digitalisation pour les chargeurs dans le domaine maritime et dans les conteneurs. La mise en place de cette structure vient du constat du nombre important d’intervenants pour une opération logistique maritime. « Chacun reçoit une partie des informations. Notre objectif a été de créer une plate-forme collaborative pour partager les informations entre les différentes parties », indique Benoît Fichefeux, co-fondateur de Buyco.

Automatisé les procédures amont

Dans le système proposé par la société Buyco, tout n’est pas automatisable. Pour Benoît Fichefeux, toute la partie amont de la logistique maritime fait l’objet d’automatisation. Enfin, dans le système, Buyco procède à du track and trace des conteneurs mais aussi de documentation.

Andros: le choix de Buyco a été naturel

Cette plate-forme a été mise en place dans le groupe Andros qui gère annuellement 5 000 à 6 000 EVP principalement vers les États-Unis et depuis les cinq à six sites de production du groupe. Auparavant, le service logistique du groupe opérait ses transports maritimes de façon empirique. Dans sa recherche de productivité, Jean-Pierre Guyot, directeur logistique du groupe, a opté pour la solution de Buyco. « Le choix de cette plate-forme était naturel. Il présente l’avantage d’avoir une longueur d’avance ».

L’arrivée de cet outil dans la société n’a pas été adopté par tous les utilisateurs. Il a fallu l’imposer à toutes les parties de la chaîne logistique, depuis les filiales expéditrices à celle opérant en réception en passant par les commissionnaires et les armateurs. « Maintenant, tout le monde utilise cette plate-forme dans nos procédures logistiques. Elle s’est imposée ». L’intérêt de cet outil a été majeur pendant la crise sanitaire. « Le transport maritime n’a pas été si résilient que veulent le dire certains. Nous avons pu constater que cet outil est utile au quotidien dès que les choses dérapent », a continué Jean-Pierre Guyot

Neoline: une logistique à contre-cycle

L’innovation technologique dans la logistique passe aussi par de nouveaux modes de transport maritime. Jean Zanuttini, président de Neoline, a rappelé le concept de ce projet. Destiné à transporter du roulier, les futurs navires de Néoline assurent une logistique en réduisant de 90% les émissions par rapport à des navires classiques.

Le principe sur lequel repose le concept vient à contre-cycle de ce qu’il se fait aujourd’hui. « Aujourd’hui dans le transport maritime, la tendance se manifeste sur la massification des flux. Nous proposons des services entre des ports secondaires, de Montoir de Bretagne sur Baltimore », continue Jean Zanuttini. Le projet est au stade du financement mais, le président de Neoline regarde déjà l’exploitation du service. « Le digital doit s’adapter, explique Jean Zanuttini. Il doit intervenir comme une clé à molette pour les solutions logistiques cousues mains ».

La digitalisation ne règlera pas tout

Ces différentes innovations technologiques, la digitalisation à des degrés divers ne sont pas une réponse à tous les maux. « La digitalisation ne règlera pas tout », a déclaré Lamia Kerkoudj-Belkaid de la Feport. Ces innovations technologiques se développent aujourd’hui sur des plateformes collaboratives. « Nous travaillons sur des systèmes ouverts, a indiqué Hervé Cornède, président de France PCS. Elles regroupent 29 métiers. Or, quand une évolution intervient, ce sont tous les métiers qui doivent évoluer avec ».

Les risques liés à la cyber-sécurité

La digitalisation va aussi devoir faire face aux risques liés à la cyber-sécurité. « C’est un enjeu majeur de demain, a indiqué Hervé Cornède. Hier, les opérateurs demandaient des plateformes ouvertes. Aujourd’hui, la tendance tend vers des outils fermés et privés ».

L’autre enjeu majeur à venir repose sur l’harmonisation des procédures. « Un mouvement de conteneurs ne signifie pas la même chose entre Dunkerque, Anvers ou Long Beach. Or, il est important que nous ayons une harmonisation sur ces éléments. C’est l’objectif de l’association T.I 4.0 qui travaille aujourd’hui sur cette harmonisation », a souligné Lamia Kerkoudj-Belkaid. Et cette harmonisation sera, pour les fournisseurs de CCS et de PCS, un élément majeur dans le développement des systèmes de demain, a continué le président de France PCS.