Stratégie portuaire nationale : quatre ambitions pour 16 objectifs stratégiques et 16 actions

Le Cimer du 22 janvier a validé la stratégie portuaire nationale. Le document détaillé de cette stratégie nouvelle met en place quatre ambitions qui se déclinent en 16 objectifs stratégiques et 16 actions immédiates.

Dans son intervention lors du Cimer. Du 22 janvier au Havre, le premier Ministre a souligné la volonté du gouvernement de mettre sur pied la Stratégie portuaire nationale (SPN). Elle doit notamment donner les grandes lignes pour les ports français.

La Stratégie portuaire nationale se divise en quatre ambitions majeures. Chacune de ces ambitions se décline en objectifs stratégiques. La SPN détaille 16 objectifs stratégiques. Les quatre ambitions sont :
• Les ports maillons essentiels de la performance des chaînes logistiques ;
• Les ports, acteurs du développement économique ;
• Les ports, accélérateur de la transition écologique ;
• Les ports, moteurs de l’innovation et de la transition numérique.

Pour vous donner une image plus complète des différents éléments de cette stratégie, nous avons tenté de détailler les objectifs stratégiques rattachés à chaque ambition. Nous vous donnons ensuite les 16 actions qui seront menées à court terme. Certaines actions ont d’ores et déjà démarrées en 2020.

Castex Cimer GPM Le Havre
Jean Castex, premier Ministre, lors du Cimer 2021 au Havre. © Hervé Deiss

Première ambition: performance logistique

La première ambition vise à intégrer les ports dans la performance des chaînes logistiques. Cette ambition se décline en quatre objectifs stratégiques :

Le premier objectif doit prendre en compte les mutations économiques. Les baisses des trafics d’hydrocarbures et du charbon avec la fermeture des centrales thermiques doivent amener les ports à trouver de nouveaux relais de croissance. Le gouvernement appelle à miser sur des trafics liés à la transition écologique.
Le deuxième objectif de cette ambition doit permettre d’optimiser la compétitivité des prix et hors des prix des ports français. Il est prévu pour cela d’évaluer les ports français « pour mesurer le chemin à parcourir afin de redonner confiance à leurs clients et regagner des parts de marché sur leurs concurrents européens », indique le document.
Le troisième objectif doit assurer la fluidité des opérations physiques et numériques par la mise en place d’un point de contact unique aux frontières dans les ports du Havre, de Dunkerque et de Marseille. Ce point sera chargé de collecter l’ensemble des données nécessaires aux flux et de les transmettre aux autorités publiques concernées.
Enfin, le dernier objectif stratégique de cette première ambition tend à doter les ports d’une politique commerciale et marketing commune par façade. Les axes prioritaires de cette politique seront définis en lien avec Business France.

Deuxième ambition: placer les ports dans le développement industriel

La seconde ambition de la Stratégie portuaire nationale place les ports au cœur du développement économique. Elle doit se faire au travers de trois objectifs stratégiques.

Le premier de ces objectifs doit permettre de développer les implantations de nouvelles activités dans les circonscriptions portuaires. Le gouvernement veut, dans ce cadre, inciter les ports à confirmer leur rôle de port entrepreneur en leur donnant des moyens de développer leurs ressources hors trafics.
Le deuxième objectif stratégique de cette ambition entend articuler l’emploi en lien avec la formation dans la filière. Pour cela, le gouvernement veut faire un recensement des besoins en emploi et en qualification. Des partenariats avec les lycées et universités doivent se mettre en place pour répondre à la demande.
Le troisième objectif stratégique de cette ambition de développement économique sera de développer l’hinterland portuaire par des modes de transport massifié pour réduire l’impact environnemental des chaînes logistiques. Cet objectif vise notamment au développement des « plates-formes multimodales performantes », indique le document. Une action qui sera menée en cohérence avec la stratégie de développement du fret ferroviaire.

Troisième ambition: la transition écologique

La troisième ambition doit placer les ports dans la stratégie de transition écologique du pays. Cette ambition qui reprend le verdissement des ports prévu dans le plan de relance se décline en quatre objectifs stratégiques.

Le premier de ces objectifs doit permettre aux ports d’assurer une production et la fourniture en énergies propres pour approvisionner les navires en carburants alternatifs. Le GNL pour le soutage et le branchement électrique à quai se développent dans certains ports. Le gouvernement souhaite une accélération de la transition énergétique et une diversification de l’offre en énergies propres dans les ports. Il demande aussi que les ports intègrent l’économie circulaire dans leur développement et la production d’hydrogène pour les besoins industriels et de transport.
Le deuxième objectif de cette ambition doit valoriser les chaînes logistiques vertueuses transitant par les ports français. La vertu des chaînes logistiques s’entend, dans ce cadre, sur la décarbonation. « La conception et le déploiement d’outils valorisant la performance des chaînes logistiques passant par les ports français pourraient concourir à la reconquête de part de marché en incitant les donneurs d’ordre à faire passer davantage de leur flux par les ports français », continue la Stratégie portuaire nationale.
Le troisième objectif stratégique de cette ambition de placer les ports au cœur de la transition écologique doit permettre aux ports de se doter des moyens pour attirer dans leur circonscription les entreprises innovantes dans le domaine de la transition écologique. Le gouvernement demande donc aux GPM de prévoir dans leur prochain projet stratégique une mesure de valorisation « plus ambitieuses de leur domaine ». Pour sa part, les autorités s’engagent en retour à mettre en place une simplification des modalités de paiement de la TVA et en allégeant les charges de trésorerie pesant sur les entreprises importatrices.
Le quatrième objectif stratégique tend à assurer une meilleure protection de la biodiversité par la généralisation des schémas directeurs de gestion de la biodiversité et du patrimoine naturel. Le gouvernement appelle à travailler avec les universités et les associations environnementales.
Enfin, dernier objectif stratégique de cette ambition, le renforcement des mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Chaque port devra élaborer un plan de transition écologique et définir une trajectoire pour atteindre une neutralité carbone.

Quatrième ambition: la transition numérique

Dernière ambition affichée du gouvernement pour la Stratégie portuaire nationale, le gouvernement veut inscrire les ports dans l’innovation et la transition numérique. Pour ce faire, il a déterminé quatre objectifs stratégiques.
Le premier doit accompagner l’émergence de solutions digitales par le biais d’une plate-forme numérique. L’interopérabilité des systèmes d’information devient, dans un futur proche une nécessité pour les opérateurs logistiques. Le gouvernement souhaite que les ports soient des catalyseurs en la matière. Il appelle à la création d’un CCS (Cargo Community System) unique face à ses concurrents étrangers. La première étape sera de rendre les deux CCS français (S)One pour Soget et CI5 pour MGI) interopérables.
Le second objectif stratégique doit créer un guichet unique maritime. Il prévoit le déploiement d’un guichet unique pour renforcer la compétitivité des places portuaires.
Le troisième objectif stratégique de cette ambition de transition numérique doit assurer une « résilience numérique » des ports. En effet, les ports sont devenus des nœuds informatiques en plus de lieu de transit des marchandises. Ils participent à l’intelligence économique, la block chain et le Big Data. Face à la multiplication des échanges informatiques, les défis de la cyber sécurité deviennent prépondérants. Pour relever ce défi, le gouvernement appelle à partager les expériences. « L’État développe un guide de bonnes pratiques pour la cyber sécurité dans le secteur portuaire, en ligne avec les directives du guide de l’ENISA (Agence européenne pour la cyber sécurité) pour la gestion de la cyber sécurité des ports, en plaçant les ports français dans un cadre européen de coopération. »
Dernier objectif stratégique, les thématiques de recherche prioritaire et d’innovations portuaires. Il est prévu de doter la France d’une feuille de route sur l’économie et l’environnement portuaires pour fédérer la recherche et mieux anticiper les évolutions et transitions à venir.

16 actions pour accompagner les objectifs stratégiques

Ces ambitions et les objectifs stratégiques seront analysés par un comité de suivi. Il regroupera opérateurs publics et opérateurs privés. Sur le court terme, le gouvernement a accompagné chacun des objectifs stratégiques à des actions. Elles sont 16 actions à mener :

  • Poursuivre la transformation du modèle économique des ports : mené par la DGITM en 2021 et 2022;
  • Accroître l’implantation de nouvelles activités génératrices de trafics : mené par la DGITM en 2021 et 2022;
  • Créer un observatoire de la performance portuaire et des chaînes logistiques : mené par la DGITM en 2021;
  • Créer un point de contact unique : mené par les Douanes, la direction de l’alimentation, la DGCCRF en 2021;
  • Promouvoir à l’international les atouts de l’offre portuaire et logistique française : DGITM et Business France en 2021;
  • Renforcer le rôle d’aménageur des ports : mené par la DGITM avec direction de l’aménagement, du logement et de la nature fin 2020;
  • Construire des cursus de formation portuaire, logistique et d’aménagement du territoire : ministère de l’Enseignement, délégation à l’emploi et ministère de l’Éducation nationale en 2022;
  • Offrir des solutions fiables et compétitives de fret ferroviaire et fluvial : mené par la DGITM en lien avec VNF et SNCF Réseaux en 2020-2022;
  • Définir un plan de « transition écologique portuaire » dans chaque grand port maritime : mené par les GPM dès la publication de leur projet stratégique;
  • Créer un écolabel portant sur les flux logistiques passant par les ports français : mené par DGITM, lancement de l’étude en 2020 pour l’expérimentation d’un écolabel fin 2021;
  • Accélérer l’émergence de solutions digitales pour simplifier et accélérer le passage portuaire : mené par DGITM,
    CGEDD (Conseil général de l’environnement et du développement durable), Conseil général de l’économie, France logistique, éditeurs, en 2020-2025;
  • Favoriser, en s’appuyant sur l’association France cyber maritime, le développement de solutions de cyber sécurité : mené par le SG Mer, Comité France Maritime, direction générale des entreprises, DGITM en 2020-2021;
  • Développer les outils numériques au service de la performance portuaire, de la sécurisation des chaînes logistiques et de l’innovation : mené par le GPM en 2021;
  • Fédérer une communauté nationale de la recherche portuaire chargée d’élaborer une vision nationale de la recherche et de l’innovation portuaire : mené Centre national de la recherche scientifique et la DGITM pendant le second semestre 2020;
  • Constituer un comité de suivi de la stratégie nationale portuaire : mené par le ministère des Transports et le ministère de la Mer en 2021;
  • Doter tous les GPM d’un contrat d’objectifs et de performance : mené par la DGITM en appui avec la direction du budget et les Agences de participation de l’État courant 2021.

Une fois l’ensemble de cette feuille de route établie, il appartient à chaque ministère et autorité administrative de mettre en place ces différents éléments. Nous tenterons de faire un premier bilan de cette Stratégie portuaire nationale dans quelques mois.

Pour aller plus loin, regarder notre reportage sur le Cimer 2021 sur notre chaîne YouTube