Terminal à conteneurs de Monrovia : des tensions sociales et politiques

Au terminal à conteneurs de Monrovia, il a fallu l’intervention du ministre du travail pour régler le différent social entre le concessionnaire, APMT, et le syndicat local des ouvriers dockers.

La situation dans le terminal à conteneurs du port de Monrovia, concédé au consortium formé par APM Terminals et Bolloré est tendue en ce début d’année. Après avoir connu des mouvements sociaux, l’intervention du ministre du travail libérien semble avoir débloqué la situation.

24 dockers suspendus

L’affaire remonte au mois de septembre 2020 quand des ouvriers dockers employés par APM Terminals Monrovia ont décidé de mener une action pour ralentir l’activité. Un conflit qui a duré trois jours. À la suite de cette action, le concessionnaire du terminal a décidé de suspendre 24 ouvriers.

ITF: une sanction injustifiée

Cette suspension a jeté de l’huile sur le feu dans les relations entre le concessionnaire et le syndicat de dockers du port de Monrovia. Plusieurs journées de grève se sont déroulées au cours de ces derniers mois. « Ces dockers avaient été injustement suspendus pour avoir lancé une action revendicative au terminal en défense de leurs emplois et de leurs conditions de travail », indique la fédération internationale des syndicats, ITF (International Transport Federation).

Réintégration des dockers

Il a fallu l’intervention du gouvernement pour résoudre ce conflit. Le ministre du travail du Libéria, Charles H. Gibson, est intervenu. Le 21 avril, il a sommé APM Terminals de réintégrer les 24 salariés dans leur emploi. Le représentant de l’exécutif s’est aussi prononcé sur les justifications avancées par APM Terminals pour cette suspension.

Les grévistes ont menacé des salariés de APMT

Pour justifier de cette décision, APM Terminals a indiqué que ces salariés ont menacé physiquement des personnels du terminal en les intimidant ». Selon l’enquête menée par les services du ministère du travail, la décision du concessionnaire est « arbitraire et vise précisément des membres du syndicat ». Pour le ministère du travail, « le concessionnaire n’apporte aucune preuve de ces agressions. Aucune preuve n’a été fournie parce qu’il n’en existe pas », continue le ministre.

Des irrégularités dans l’application du droit de grève

L’enquête diligentée par les services de Charles H. Gibson ont malgré tout noté des irrégularités du mouvement de grève. Le syndicat doit respecter des formes dans un mouvement social. Il doit notamment avertir le ministère et la direction générale de l’entreprise visée au moins 48 heures avant le mouvement. Une règle que le syndicat n’aurait pas respectée.

Une reconnaissance de la décision de APMT

Ce manquement a amené le précédent ministre du travail, Moses Y. Kollie a reconnaître le bien-fondé de la décision d’APM Terminals dès le 1er octobre qualifiant le mouvement d’illégal au regard de la loi. En réintégrant les dockers dans leur poste et leurs droits, le nouveau ministre contredit son prédécesseur. Il a souligné, lors d’une conférence de presse, son souhait de voir la loi libérienne respecter et s’appliquer. « Nous refusons les compromis pour la protection des droits des travailleurs tout en restant conscient des défis à relever pour les employeurs. Nous ne ferons rien qui pourrait compromettre leur investissement », a continué le ministre.

Un dialogue social constructif

Pour la direction d’APM Terminals au Libéria, la situation n’a pas pu être désarmée avant la crise. « Nous sommes engagés pour maintenir un dialogue social constructif et constant avec tous nos salariés et les différentes instances représentatives. Dès lors qu’un conflit naît, nous entreprenons toutes les démarches pour y remédier et minimiser les impacts sur notre activité », nous a confié un responsable d’APM Terminals.

Reprise du travail au terminal

De fait, cette procédure ne suffit pas toujours. APM Terminals reconnaît que parfois la voie judiciaire règle une partie du problème. « Cela a été le cas au Libéria avec un arrêt de travail à l’appel d’un syndicat. Une action contre laquelle nous nous opposons. APM Terminals a néanmoins décidé de réintégrer les ouvriers dockers suspendus. Le travail a repris sur le terminal », continue le responsable du manutentionnaire.

Le gouvernement observe

Ce conflit reste, pour certains, la partie émergée de l’iceberg. Différents représentants politiques ont profité de cet événement pour s’inquiéter de l’état de la concession du terminal. Le 6 mai, le sénateur Snowe s’est insurgé de la situation sociale du terminal. Dans un article, The New Dawn rapporte que le sénateur a souligné que la hausse des prix des matières premières dans le pays est liée à la situation sociale du terminal « alors que le gouvernement reste assis et observe ». Il a ajouté qu’il regrette son vote en faveur de la société APM Terminals lors de l’examen de la concession de terminal.

La situation est dans l’impasse

Pour les sénateurs, la situation reste dans une impasse. « Le pire dans cette situation est qu’APM Terminals dispose d’une concession pour 25 ans. Le gouvernement ne peut rien faire avant la fin de la concession, a déclaré Jeremiah Koung, sénateur. L’accord avec APM Terminals est une peine de mort pour le Libéria. »

Faire du terminal de renommée internationale

En réponse, APM Terminals assure que son objectif vise à « exploiter un terminal efficace et contribuer au développement du Freeport Monrovia pour en faire un terminal de renommée internationale. Notre convention de terminal est, avant tout, un engagement envers le Libéria, son peuple et son économie, que nous prenons très au sérieux », nous a confirmé un responsable d’APM Terminals.