Upply: la conteneurisation navigue toujours en eaux troubles

Upply a publié son baromètre mensuel sur l’état du fret dans le transport maritime. Les taux de fret demeurent à un niveau élevé. Les services souffrent d’une irrégularité chronique et la congestion portuaire s’accentue.

En septembre, le baromètre d’Upply confirme la tendance observée depuis le début de l’année. « L’inflation des coûts de transport que nous évoquions dès le début de l’année est devenue une réalité tangible, qui vient aggraver l’inflation des coûts des matières premières », indique le baromètre de septembre.

Hausse des taux de fret

Jérôme de Ricqlès, expert maritime de Upply. ©Upply

Dans son analyse, Jérôme de Ricqlès, expert maritime chez Upply, confirme le niveau élevé des taux de fret en septembre. Cette stabilisation sur le lien Asie-Europe « à un niveau élevé ». En sens inverse, d’Europe vers l’Asie, ainsi qu’en Transatlantique, la tendance demeure à la hausse.

Une nouvelle logique tarifaire

Pour l’expert maritime de Upply, la logique tarifaire a changé depuis la crise sanitaire. Ainsi, les contrats directs entre chargeurs et compagnies maritimes, les BCO (Beneficial Cargo Owners), se négocient pour une période de trois ans avec des prestations complémentaires comme la douane, le multimodal ou encore la démarche environnementale. Auparavant, ces contrats prévoyaient un budget stable avec la possibilité de services complémentaire « sans grande dérive budgétaire ».

Les armateurs veulent se défaire de leur dépendance des commissionnaires

Les contrats avec les commissionnaires de transport permettaient à ces sociétés de rester dans la course en offrant des services personnalisés. Aujourd’hui, les compagnies maritimes « s’efforcent de minimiser leur dépendance vis-à-vis de ces grands groupes Internationaux ». Enfin, les taux FAK réservés aux petites entreprises et au marché spot ont toujours été rangé dans la partie haute des taux de fret. Des écarts qui se comprenaient il y a quelques années et qui aujourd’hui se justifie par une garantie d’embarquement.

Des revenus de navires multipliés par cinq

Cette nouvelle logique tarifaire se répercute sur les gains générés par les compagnies maritimes. Dans un exemple pris par Upply, un navire entre la Chine et l’Europe pouvait apporter un revenu de 1000 en novembre 2019. Le même navire en juin 2021 rapporte un revenu de 2500 en juin 2021. En novembre 2021, Upply émet l’hypothèse que ce navire va générer un revenu de 4900, soit cinq fois plus que deux ans plus tôt.

Taux de service à 33,6%

Cette hausse de prix s’accompagne d’une augmentation des dérèglements des services. « Selon Sea-Intelligence, le taux de service est tombé à 33,6%, ce qui représente le point le plus bas depuis que cet indice est mesuré, c’est-à-dire depuis 10 ans », continue le baromètre de Upply. De plus, le manque de conteneurs devient chronique.

Congestion portuaire et manque de disponibilité des services terrestres

Ces dérèglements de service s’accompagnent d’une congestion portuaire sans précédent. La congestion est aggravée par un manque de disponibilité de transports terrestres. Le phénomène de manque de chauffeurs routiers au Royaume-Uni existe aussi en Europe et aux États-Unis. Ces manques créent une situation inédite dans le monde de la chaîne logistique. « Il devient en effet quasiment « mission impossible » de travailler dans le cadre des franchises portuaires accordées par les compagnies, ce qui rajoute encore de la frustration chez les commissionnaires portuaires, déjà très largement sous pression avec la flambée des tarifs de fret et les nouvelles contraintes opérationnelles liés à la Covid », conclu Jérôme de Ricqlès.