Upply : les taux de fret élevés devraient durer

Dans son analyse du mois de mars, Jérôme de Ricqlès, expert transport maritime conteneurisé chez Upply, estime que les taux de fret élevés d’aujourd’hui devraient durer encore plusieurs mois.

Les taux de fret ont connu depuis le dernier trimestre 2020 une hausse importante. Pour les donneurs d’ordre, cette augmentation devait connaître un retour de balancier avec une baisse. Au mois de mars et sur le premier trimestre, les choses n’ont guère évolué.

Des taux à prendre ou à laisser

« Les clients sont de plus en plus orientés vers des outils digitaux qui leur proposent des taux « à prendre ou à laisser », et la place pour la négociation classique se restreint. Les compagnies maritimes parviennent ainsi à augmenter le « panier moyen », indique l’expert transport maritime conteneurisé dans le baromètre de Upply du mois de mars.

Des services toujours perturbés

Le marché n’évolue pas en faveur des chargeurs. La demande ne cesse d’augmenter et les services restent perturbés. « À ce stade, seuls deux paramètres pourraient inverser la tendance : des interventions étatiques pour réguler le marché ou bien l’arrivée brutale d’un ou de plusieurs nouveaux acteurs. »

Les effets de l’Ever Given

L’accident de l’Ever Given, qui a bloqué le canal de Suez pendant six jours, a aggravé le marché. Retards, engorgement portuaire et autres attentes en rade des navires pourraient aggraver la situation. Avant même ce sinistre, la désorganisation du travail portuaire souffrait des annulations d’escales (blanks sailings). Pour Jérôme de Ricqlès « le spectre d’une tendance inflationniste paraît de plus en plus tangible, sauf à voir un nouvel arrivant sur le marché rebattre les cartes ».

Une pression anormalement élevée

Le niveau des prix de transport reste élevé en raison d’une pression d’une « demande anormalement élevée pour la saison. Les compagnies maritimes continuent de maîtriser la mise à disposition des conteneurs et des départs de navires ». Les tarifs à cinq chiffres se font de plus en plus rares à l’import d’Asie, constate l’expert de Upply. Dans le même temps, les taux trimestriels pour les transitaires (Nac Quaterly) continuent de tirer les prix vers le haut sans garantie de priorité à l’embarquement.

Route arctique et Routes de la soie

Du côté des services, le blocage du canal de Suez a amené la Russie à rappeler aux armateurs l’intérêt de la route Arctique. CMA CGM et MSC ont déclaré refuser cette route pour des raisons environnementales. L’autre alternative, avec le blocage du canal de Suez, vise à utiliser les services ferroviaires des Nouvelles Routes de la Soie. « Ces dernières se développent d’ailleurs à marche forcée, devenant même de plus en plus rentables et attractives en raison du renchérissement des taux de fret maritimes », continue le baromètre de Upply.

Repartir sur de nouvelles bases

L’effet de ce sinistre pourrait aussi redistribuer les cartes. « Une hypothèse assez en vogue actuellement consisterait à « profiter » de l’incident du canal de Suez pour repartir complètement sur de nouvelles bases en matière d’horaires, de calage de rotations, et de capacités. »

Terminaux: la température sociale monte

La situation dans le monde de la conteneurisation se répercute sur l’ensemble de la chaîne logistique. Du côté des terminaux, « la température sociale monte qui ne parviennent pas à lisser correctement le travail, compte tenu de la désynchronisation des navires. » Et pour les opérateurs de transport terrestre, cette situation désorganise totalement leur travail. « L’énervement sur les quais est perceptible et d’une certaine façon légitime. »

En Chine le marché s’améliore

Des lueurs d’espoirs naissent malgré tout. En Chine, les choses s’améliorent avec l’entrée en service de nouveaux équipements et le rapatriement massif de conteneurs vides. En Europe, la situation reste tendue. Les chargeurs sont toujours à la recherche de conteneurs vides.