Corridors et logistique

Afrique : la logistique des corridors vue sous l’angle de l’efficacité des corridors

Le Dr Dumisani Pamba propose une nouvelle lecture de la logistique en Afrique. Il analyse la situation en fonction de l’efficacité des corridors terrestres du continent.

« L’Afrique n’a pas de problèmes logistiques. Elle a un souci dans le design de son système », explique le Dr Dumisani Pamba. Pour expliquer ce point de vue, il a réalisé une carte de la performance des principaux corridors africains,  l’African Corridor Performance Index (ACPI).

L’efficacité commerciale des corridors

Les corridors africains selon l'APCI.
Les corridors africains selon leur indice de connectivité. © Dr Dumisani Pumba.

Ce classement de la performance des corridors ne prend pas uniquement en compte les infrastructures. Il tient compte de l’efficacité commerciale, des obstacles de la gouvernance et des risques associés. Pour le Dr Dumisani Pemba le résultat est sans appel. Ainsi, selon son point de vue, l’Afrique Centrale n’est pas à la traîne en raison de sa situation géographique. « Elle accuse un retard en raison de la déconnexion structurelle due à des défaillances institutionnelles ». Alors, la faute revient aux institutions nationales, régionales et internationales. Un constat qui signifie aussi qu’une prise en mains de ce phénomène pourrait rapidement améliorer la performance. Alors, le corridor entre Abidjan et Lagos fonctionne, « mais avec des tensions », constate le Dr Dumisani Pamba. Ceux qui relient Lagos à Kano et Douala à Bangui manquent d’efficacité. Cela signifie qu’ils sont régulièrement inefficace.

Intégrer l’efficacité du corridor dès sa conception

De son côté, l’Afrique du Nord montre une meilleure efficacité opérationnelle. La raison tient, selon l’auteur de ce document, à l’intégration, dès la conception, d’un design à vocation opérationnelle et efficace. « Les corridors Nord-Africains gagnent plus par leur conception que par chance. » Ainsi, les corridors Tanger Med-Europe et Le Caire-Suez sont globalement compétitif. Entre les deux types de corridors, en Afrique du Nord et en Afrique Centrale, se tient l’Afrique du Sud. Dans le sud du continent, les corridors sont fonctionnels mais de plus en plus sous tension.

Une véritable inconfortable

La conclusion de ces recherches mène à « une vérité inconfortable ». En effet, les tensions commerciales en Afrique ne concernent pas les distances à parcourir. Elles sont plus à voir du côté des politiques, de la gouvernance du passage des frontières et de la confiance dans les institutions. « Vous pouvez construire des voies de chemin de fer, étendre les domaines portuaires et investir des milliards, Mais, si le système lui-même est perturbé, vous ne faites qu’aggraver l’inefficacité. »

Depuis les freins infrastructurels aux freins institutionnels

Par conséquent, cette nouvelle approche de la logistique africaine montre aussi l’évolution de la filière dans le continent. Les freins au commerce continental sont passés des infrastructures physiques à l’architecture institutionnelle. « La véritable question n’est plus où devons-nous investir mais plutôt que devons-nous améliorer ? » Dans le même temps, en avril, AGL, filiale du groupe MSC, annonce l’ouverture d’un nouveau corridor multimodal entre Abidjan et Bamako via Bobo-Dioulasso. En effet, il combine le ferroviaire et le routier. Pour mémoire, AGL est concessionnaire de Sitarail, opérateur ferroviaire en Côte d’Ivoire. L’opérateur souhaite renforcer la connectivité depuis Abidjan pour la desserte du Mali.

Un corridor plus compétitif

Selon AGL, « ce nouveau corridor offre aux opérateurs maliens une solution logistique plus fluide, plus rapide et plus compétitive. » Alors, cette solution sera-t-elle plus efficace qu’une desserte du Mali par Dakar ? Pour rappel, le Port autonome de Dakar a longtemps emporté la majorité du trafic sur le Mali. Aujourd’hui les flux vers les pays enclavés comme le Niger, le Mali et le Burkina Faso se partagent entre Dakar, Lomé, Abidjan, Tema et Lagos.

Un corridor multimodal

Ce nouveau corridor assure un transport ferroviaire d’Abidjan au port sec de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso. Les marchandises sont acheminées par voie routière vers leur destination finale. De plus, « un système d’escorte sécurisée est mis en place jusqu’à la frontière malienne afin de garantir l’intégrité et la traçabilité des flux sur l’ensemble du parcours. »

Une approche qui prend en compte l’aspect douanier

Pour reprendre l’analyse du Dr Dunisami Pamba, l’installation de ce corridor doit s’accompagner d’une réflexion du passage des frontières. Et AGL de rappelle que la réussite de ce projet repose sur « la coordination exemplaire entre les douanes de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et du Mali. Cette coopération renforce la traçabilité des marchandises, sécurise les flux et contribue à la fluidification des échanges régionaux. »


Executive summary

Africa’s corridor logistics is less about distance and infrastructure than about system design, governance and border efficiency. The story argues that many African trade routes suffer not from geography, but from institutional weaknesses, while a new Abidjan–Bamako multimodal corridor aims to improve regional connectivity and competitiveness.