Ports

EU-ETS maritime : les ports réclament un réinvestissement des recettes

À l’approche de la révision de l’EU-ETS, L’Espo et Feport demandent que les recettes soient réinjectées dans les ports. L’enjeu est double : soutenir la décarbonation des ports et préserver la compétitivité de la logistique portuaire européenne.

Le débat sur l’EU-ETS maritime monte en intensité à Bruxelles. La Commission européenne doit présenter une proposition de révision en juillet 2026 du système européen d’échange de quotas d’émission (EU-ETS). Pour la Fédération des opérateurs privés portuaires (Feport), cette révision doit mieux concilier ambition climatique, résilience économique et réalité opérationnelle des ports et terminaux européens.

La prise en compte des handicaps générés par l’EU-ETS

Depuis l’intégration du maritime au système européen d’échange de quotas d’émission, les ports alertent sur des effets collatéraux possibles. Cette règlementation implique, selon les deux organisations européennes, une hausse des coûts et un risque de détournement de trafic. Des éléments qui vont accroître la pression sur les hubs européens face à des ports voisins soumis à des règles moins strictes. Ainsi, la Feport estime que ces impacts doivent être pris en compte si l’UE veut préserver un réseau portuaire compétitif et connecté.

Le financement des infrastructures bas-carbones

Pour l’organisation des opérateurs portuaires, les investissements dans la transition énergétique, l’efficacité énergétique, la digitalisation et le déploiement de solutions comme l’alimentation électrique à quai sont couteux. Mais selon la Feport, ces efforts doivent être soutenus par une meilleure affectation des recettes générées par l’EU-ETS. Les recettes tirées de ce dispositif doivent financer directement les infrastructures portuaires bas carbone. « Pour les ports et les terminaux européens, un élément mérite une attention particulière : les hubs de transbordement. La relocalisation de ces hubs peut avoir un impact sur l’emploi et la connectivité des ports », souligne Lamia Kerkoudj, secrétaire générale de la Feport.

La fragilisation de la connectivité

L’enjeu est aussi stratégique pour l’Europe. Une baisse des escales ou un transfert d’activités vers des hubs non européens peut fragiliser la connectivité. C’est l’emploi et les supply chains qui sont concernées. Alors, la règlementation en faveur de la décarbonation peut peser sur des contre-effets. La Feport plaide donc pour que la révision de l’EU-ETS marque un tournant. Lors de cette révision, elle souhaite que les émissions soient limitées tout en sécurisant la compétitivité des ports européens.

« Il est grand temps d’agir ! »

Une position que l’European Sea Port Organization (Espo) défend aussi. « La Commission européenne et les décideurs politiques européens doivent tirer les leçons de ces premières années. Il est grand temps d’agir ! Nous ne pouvons plus accepter une politique qui engendre des fuites de carbone et risque de détruire la puissance économique et la compétitivité de ports dont nous avons besoin pour réaliser les ambitions de l’Europe en matière de résilience géopolitique et géoéconomique, de transition énergétique et de sécurité », souligne Isabelle Ryckbost, secrétaire générale de l’ESPO.

L’impact négatif pour le transport maritime à courte distance

Elle rappelle que ce dispositif règlementaire a déjà un impact négatif sur le transport maritime à courte distance. Les opérateurs logistiques se tournent vers le mode routier plutôt que le maritime. En effet, la route est exclue de ce système jusqu’en 2028.   Dans certains pays, avec des exemples évidents de retour au transport routier, qui est exclu du SCEQE jusqu’en 2028. « L’actuel système EU-ETS fait tout pour ramener le fret du transport maritime à courte distance sur les autoroutes. »

Des propositions pour les régions ultrapériphériques

Alors, l’organisation des autorités portuaires européenne dégaine. Elle propose des solutions de révision. Avant de parvenir à un accord mondial sur la décarbonation du transport maritime, l’Espo demande la suppression du critère de transbordement de 65 % pour les ports voisins de l’UE exclus de la définition de port d’escale. De plus, parmi les propositions, l’Espo souligne le besoin de mesurer l’impact sur les régions ultrapériphériques.

 

 

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