Corridors et logistique

Grain de Sail entre sur le marché de la conteneurisation

Grain de Sail a présenté son nouveau projet : un navire porte-conteneurs de 570 EVP à la voile. Avant le lancement de la construction du navire, Grain de Sail contractualise sa capacité sur le marché transatlantique.

Après Grain de Sail 1 et Grain de Sail 2, l’armement de Morlaix s’oriente désormais vers le conteneur. « Nous avons créé une compagnie maritime dont l’unité de chargement est la palette. Notre nouveau projet vise à entrer sur le marché de la conteneurisation », explique Olivier Barreau, fondateur.

Un navire de 570 EVP de capacité

Ainsi, deux ans après l’annonce de Grain de Sail 2, l’armement continue sa croissance. Le projet de Grain de Sail 3 vise à la construction d’un navire à voile pour le transport de conteneurs. Il s’agira d’une unité de 162 m de long pour 26 m de large avec une capacité d’emport de 570 EVP. Il dispose d’un gréent de 7 000 m2 de voile.

Un gréement pour affronter tous les temps

L’aspect technique de ce projet est conçu en partenariat avec les Chantiers de l’Atlantique. En effet, ils ont développé une structure de recherche et développement spécialisée dans le vélique, Solid Sail. Pour supporter ce grément, il a fallu travailler sur les embases des mâts afin de leur permettre d’affronter des vents les plus extrêmes. Un navire à voile aux dimensions hors normes avec un tirant d’air de 89 m. « Les mâts sont partiellement rétractables pour passer sous des ponts », explique un responsable des Chantiers de l’Atlantique. Quant aux opérations de chargement, elles s’opèrent par un système auto-déchargeant du navire. Une innovation qui permet d’opérer dans tous les ports sans avoir besoin de grues ou de portiques.

La contractualisation avant le lancement de la construction

Le navire est encore à l’état de projet. « Pour la construction de Grain de Sail 1 et de Grain de Sail 2, nous avons investi sur notre fortune personnelle. Grain de Sail 3 passe à une autre échelle et nous n’avons pas les fonds pour lancer la construction », rappellent les deux frères Barreau, Olivier et Jacques. Alors, ils entrent désormais dans une phase de « pré-commercialisation ». Les équipes de Grain de Sail commencent la contractualisation de l’espace à bord. « Dès lors que nous aurons atteint une contractualisation de 60% des capacités du navire, nous commencerons la construction. »

La commercialisation s’ouvre aux commissionnaires

Le processus commercial se réalise avec GDS Shipping (GDSS) et GDS Logistics (GDSL). La contractualisation est menée par GDS Logistics au nom de GDS Shipping. Une solution qui offre aux commissionnaires la possibilité de charger des conteneurs sur le navire. Le rôle de commissionnaire de GDSL est intervenu dans le cadre de la commercialisation des opérations pour le Grain de Sail 2. « Ainsi, avec Grain de Sail 3, les commissionnaires joueront un rôle important », assure Loïc Briand, directeur général de Grain de Sail Logistics.

Une offre sur le Transatlantique

Le navire sera aligné sur le transatlantique. Il effectuera des liaisons entre l’Europe du Nord, New-York et le hub de la Guadeloupe. Grain de Sail 3 réalisera six allers et retours par an. Avec les autres navires, notamment Grain de Sail 2, l’armement de Morlaix proposera un départ par mois. « C’est avec de la fréquence et de la régularité que notre offre intéressera », confie Loïc Briand.

Être différent de l’offre conteneurisée

Ainsi, Grain de Sail entre sur un marché concurrentiel. Actuellement, les taux de fret entre Rotterdam et New-York s’évaluent aux environs de 958$, selon Drewry. « La progression continue légèrement », indique Upply dans son baromètre du mois de juin. Pour Grain de Sail, il ne peut s’inscrire dans la même logique. « Notre tarif ne sera pas aligné avec les économies d’échelle que peuvent proposer des navires opérant sur le Transatlantique », continue Olivier Barreau. Le service se place à un niveau différent. Et le directeur de GDSL cherche à positionner son offre sur des liaisons originales. « Nous analysons l’offre actuelle. Nous voulons pouvoir proposer des solutions logistiques entre des ports qui n’ont pas de dessertes directes. »

Éviter les évolutions du prix du pétrole

« Notre solution propose un transport décarboné qui évite les évolutions du prix du pétrole. » Pour devenir concurrentiel dans ce marché, Grain de Sail a réussi à baisser les coûts en construisant un navire plus grand que prévu. De plus, il dispose de prises reefers pour transporter toutes sortes de marchandises. « Aujourd’hui, les opérateurs maritimes ne payent pas les externalités du transport comme les dommages à l’environnement. Les futures règles de l’OMI sur la décarbonation du transport maritime nous conforte dans notre démarche. » En effet, en 2030, les navires doivent réduire de 40% leurs émissions de CO2 par rapport à 2008. En 2040, cette réduction doit se faire à hauteur de 70% et de 100% en 2050. « C’est demain! ».

Bénéficier des aides et de l’ETS

Pour continuer l’aventure, Grain de Sail mise sur ses relations commerciales. Cependant, l’armement a déjà eu le soutien d’administrations françaises comme l’Ademe et BPI. De plus, la loi sur le vélique, adoptée le 18 mai par l’Assemblée nationale, offre des incitations fiscales. Enfin, Olivier et Jacques Barreau revendiquent une partie du financement des ETS européens. « Nous saurons nous positionner pour faire valoir notre démarche. L’État prend ses responsabilités et a compris que notre filière a besoin d’un coup de pouce. »