Ormuz : après la paix, l’inconnue
Le 19 juin, les États-Unis et l’Iran doivent signer un mémorandum de paix. Pour le monde maritime, outre la réouverture du détroit d’Ormuz, de nombreuses questions se posent sur la pérennité d’un libre passage.
Les États-Unis et l’Iran doivent signer un Mémorandum de paix à Luzerne, en Suisse, après 107 jours de conflit et la fermeture du détroit d’Ormuz. Les termes de cet accord sont encore flous. D’un côté, les États-Unis assurent un libre passage quand, de leur côté, les Iraniens veulent imposer une « taxe de sécurité ». Déjà, les navires bloqués dans le golfe Persique tentent de sortir.
Le retour dans le golfe est incertain
L’annonce de cette signature a un peu relâché la pression pour les compagnies maritimes. Pour Rodolphe Saadé, « on ne peut plus être prisonniers du détroit d’Ormuz, (…), on n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise : il nous faut trouver des alternatives ». Le président du groupe CMA CGM, interrogé par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale le 9 juin, se montre inquiet sur le long terme. Du côté des compagnies maritimes conteneurisées, le retour dans le golfe Persique demeure risqué. Dans sa newsletter du 17 juin, Arthur Barillas de Thé indique « qu’aucune compagnie ne se précipitera vers Ormuz tant que la sécurité du passage ne sera pas garantie ». En effet, Mærsk « juge les détails publics trop minces. » Et Jakob Larsen, responsable sécurité du Bimco, rappelle que des menaces persistent en raison de la présence de mines.
Des effets visibles pour l’énergie
Dans son rapport hebdomadaire, le courtier de fret Intermodal s’aligne sur cette analyse. « Les acteurs du marché s’attachent à évaluer si le détroit d’Ormuz est suffisamment sûr pour permettre un transit régulier. Un accord politique pourrait officiellement rouvrir le détroit, mais la sécurité du passage doit encore être démontrée dans la pratique. » Pour le courtier de fret, les effets les plus visibles sont attendus dans le secteur de l’énergie. Ainsi, pour les pétroliers, « l’impact à court terme devrait clairement soutenir les taux de fret, à mesure que les cargaisons de brut et de produits pétroliers accumulées dans le Golfe commenceront à être écoulées ».
L’augmentation de l’offre des pétroliers
Au-delà du court terme, les perspectives s’annoncent sous de meilleurs auspices. Cependant, une augmentation de l’offre est prévisible avec le retour de tonnage bloqué dans le Golfe. Une dynamique de demande solide devrait continuer à soutenir le marché. Dans le même temps, la disponibilité des VLCC pourrait rester limitée. Effectivement, une part importante de la flotte est constituée de navires « fantômes » plus anciens ou soumis à des sanctions.
Le risque d’un effet atténué
Néanmoins, cet impact positif peut se montrer moins important que prévu. En effet, le courtier de fret estime que les acheteurs asiatiques peuvent faire un retour en force dans le golfe Persique. Ainsi, ils réduiraient les chargements dans l’Atlantique et donc affaibliraient la demande en tonnes-miles. Cependant, la reprise de l’activité de transport et la raréfaction du tonnage conforme sur le marché principal devraient maintenir un équilibre global favorable.
GNL : tout dépend de la reprise de la production du Qatar
Quant au GNL, son avenir reste suspendu à la reprise de la production qatarie. Les dommages causés pendant le conflit au site de production de Ras Laffan limitent la disponibilité sur le marché. Dans le même temps, la demande se maintien. Les acheteurs se tournent vers d’autres pays producteurs comme l’Australie, les Émirats Arabes Unis et les États-Unis. Par ailleurs, le courtier de fret estime que les importateurs tentent de réduire les distances depuis leurs sites d’approvisionnement. Alors, quand le Qatar reviendra à pleine puissance sur le marché, plusieurs forces s’opposeront. En effet, il faudra transporter plus mais sur des distances plus courtes avec une offre de transport excédentaire.
Un effet global plus mitigé
Du côté du gaz de pétrole liquéfié (GPL), la dépendance aux pays du golfe est plus marquée. Le rôle de l’Iran comme fournisseur renforce la pertinence de la reprise, notamment pour les acheteurs asiatiques. « Toutefois, l’impact global semble plus mitigé au-delà de la phase initiale. En effet, la reprise des flux entre le Moyen-Orient et l’Asie pourrait être partiellement compensée par la réduction des distances. La récente vigueur du marché est soutenue par des approvisionnements sur de longues distances, notamment aux États-Unis. La baisse de ces flux impactera l’offre de transport. »
Une reprise des flux d’engrais
Enfin, l’impact sur les navires de vrac sec devrait être positif, mais plus limité. Ces trafics présentent une exposition moindre au détroit d’Ormuz. Pour cette filière, la reprise du commerce d’engrais dans le Golfe pourrait apaiser les inquiétudes en matière de sécurité alimentaire. Le retour à une situation normalisée pourrait améliorer les perspectives pour les échanges de matières premières agricoles, soutenant ainsi indirectement la demande.

