Corridors et logistique

Ormuz : un conflit avec des répercussions jusqu’au canal de Suez

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une attaque d’envergure contre l’Iran. Une opération militaire qui a des répercussions jusque dans le canal de Suez.

Le 28 février, les forces armées américaines et israéliennes ont lancé une attaque en Iran. Les bombardements visent des cibles du régime iranien, avec cependant des morts dans la population civile, selon les agences de presse présentes sur place. Les Gardiens de la révolution iraniens ont annoncé avoir coulé deux navires dans le détroit d’Ormuz. Le passage est devenu difficile mais pas définitivement bloqué, selon les observateurs locaux.

Les navires reprennent la route du cap de Bonne-Espérance

Dès les premières bombes lancées sur le pays, les armateurs ont pris toutes les mesures pour « assurer la sécurité des équipages », indiquent dans leur communiqué les armements opérant dans la région. Pour les compagnies opérant dans le conteneur, cette situation se matérialise, sur le terrain, par une surcharge pour tous les conteneurs destinés aux marchés des pays du Golfe. D’autre part, les quelques armements qui ont repris la route du canal de Suez font demi-tour. Ils reprennent la route du cap de Bonne-Espérance.

Annulation des chargements vers les marchés du golfe

Ainsi, le groupe CMA CGM annonce la mise en place d’une Emmergency Conflict Surcharge. Le montant est de 2000$/EVP sec, de 3000$/EQP et de 4000$ pour les conteneurs reefers ou dry. Cette surcharge concerne les boîtes depuis ou vers les marchés des pays du golfe Persique. Elle s’étend aussi au port de Sokhna en Égypte, à Djibouti, aux ports du Soudan et à l’Érythrée. Elle prend effet dès le 2 mars. De son côté, MSC annule tous les chargements destinés aux pays du golfe Persique. L’armement alerte ses clients sur des solutions alternatives qui permettent « de sauvegarder la sécurité des équipages ». Une attitude que le groupe Hapag Lloyd applique.

Mærsk annule le pasage de Suez pour deux services

Les autres compagnies maritimes ont réagi en déroutant les navires de la zone vers le cap de Bonne-Espérance. Ainsi, Mærsk revoit le routing des navires affectés aux services MECL et ME11 entre l’Asie et la Méditerranée. Seuls deux navires de ces services, les Alexandra Mærsk et Mærsk Herrera empruntent le canal de Suez. Le premier a terminé ses opérations à Salalah (Oman) le 26 février en direction de la Méditerranée. Il a pris la route de Suez avant les attaques. Quant au Mærsk Herrera, il a fini ses opérations de chargement à Algésiras le 27 février. Il est engagé sur la route par le canal de Suez. Les autres navires de ces services empruntent la route par le sud de l’Afrique.

Cosco joue la prudence

De son côté, l’armement chinois Cosco prévient que les navires qui sont en opération dans le golfe Persique sont appelés à se réfugier « dans des eaux sûres » avant de traverser le détroit d’Ormuz. Il s’agit du CSCL Indian Ocean et du CSCL Arctic Ocean. Ceux qui sont en cours de navigation vers les ports de cette région doivent soit ralentir soit se positionner dans des zones sécurisées. Cosco souhaite voir l’évolution de la situation. Les CSCL Globe, Xin Hai Kou et Xin Hui Zhou, en route vers le golfe, sont visés par cette mesure. Enfin, ZIM se veut rassurant. Les opérations de les ports de Haifa et d’Ashdod continuent normalement. Les conteneurs destinés au marché israélien peuvent subir des retards mais l’activité continue. Seuls les conteneurs chargés avec des marchandises dangereuses seront manutentionnées selon les instructions du gouvernement et peuvent subir des retards.

Une opération militaire de plusieurs semaines

Ainsi, après des hésitations à reprendre la route de Suez, les compagnies maritimes préfèrent jouer la sécurité et reprendre la route par le cap de Bonne-Espérance. Compte tenu du faible nombre de services qui avaient repris la route de Suez, les perturbations sur les chaînes logistiques seront minimes. Néanmoins, ces décisions sont lourdes de conséquence pour l’économie égyptienne. En effet, le pays table sur les recettes du canal pour ses finances locales. Selon les dernières informations diffusées par les agences de presse, le président des États-Unis, Donald Trump, a déclaré le 1er mars que cette opération s’étendra sur « quelques semaines ».

Les assureurs annulent les assurances corps de navire

Les observateurs s’interrogent sur le long terme. Les Houthis pourraient reprendre leurs attaques contre des navires marchands avant la fin des opérations américaines et israéliennes en Iran. Dans ces conditions, les assureurs jouent aussi un rôle. D’une part, les navires qui entrent dans le golfe Persique voient leurs assurances corps s’annuler, indiquent des responsables. Les assureurs rappellent que ces annulations ne concernent que les risques de guerre. Les risques ordinaires sont maintenus.

Pétrole: une opportunité pour l’Afrique de l’Ouest

Enfin, ce conflit a des impacts sur le prix du pétrole. Dès les premières frappes, le cours du baril de pétrole a gagné 10$. Pour rappel, les pays du golfe Persique traitent environ 20% de la consommation mondiale de pétrole. Les analystes estiment que les hausses du prix du baril peuvent le porter au-delà de la barre des 100$. La courbe du prix du baril dépend en partie de la durée de ces attaques et de la possibilité de franchir le détroit d’Ormuz. Certains imaginent que les acheteurs vont se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement comme les États-Unis ou l’Afrique de l’Ouest. Un retournement de marché qui aura pour effet d’allonger la distance, notamment pour les marchés asiatiques. Ainsi, pour les armateurs au pétrole, cet allongement signifie une plus grande utilisation de la flotte et par conséquent, une meilleure rentabilité avec des taux de fret plus élevés.