Politique

ESPO plaide pour une stratégie portuaire européenne pragmatique et un EES flexible

L’European Sea Ports Organization (Espo) a livré deux messages cohérents sur les dossiers portuaires européens : l’Entry/Exit System et la stratégie portuaire.

Le monde portuaire européen est en plein remous. Les dossiers s’accumulent sur le bureau des organisations européennes du secteur portuaire. L’European Sea Ports Organization (Espo) réagit. Espo plaide pour une stratégie portuaire européenne pragmatique. Concernant l’Entry/Exit System,  l’Espo souhaite un dispositif flexible.

L’EES, test de fluidité pour les ports

L’Espo alerte sur le risque opérationnel que représente le déploiement complet de l’Entry/Exit System dans les ports maritimes de l’espace Schengen. L’organisation européenne estime que l’été constituera un véritable test de résistance pour les grands points de passage. Alors, les flexibilités que le cadre réglementaire prévoit doivent être activées dès lors qu’un risque de congestion sévère apparaît

La congestion en mai du port de Douvres

Dans son message, l’Espo cite implicitement l’épisode de congestion à Douvres lors d’un week-end du mois de mai. Elle rappelle que des retards importants pour les passagers et les véhicules montrent l’importance d’une application souple et anticipée du système. Par conséquent, l’organisation portuaire européenne appelle à des consignes claires pour les autorités portuaires afin de préserver la fluidité du trafic. Un assouplissement nécessaire notamment pendant les pics saisonniers.

Une demande de pragmatisme

Le point central de la position de l’Espo est claire. Le cadre existe, mais il faut l’utiliser avec pragmatisme. L’organisation ne conteste pas le principe du système EES. Elle demande surtout que les flexibilités prévues soient mobilisées en amont lorsque les prévisions de trafic laissent présager des files d’attente ou des ruptures de fluidité.

Adopter une approche économique

Cette approche traduit une logique très portuaire. L’enjeu n’est pas seulement réglementaire, il est aussi économique et opérationnel. Pour les ports, les logisticiens et les communautés locales, une mauvaise gestion du contrôle aux frontières peut rapidement devenir un problème de chaîne logistique, de fiabilité du passage et d’image de l’infrastructure.

Les trois priorités de l’Espo

Sur la stratégie portuaire européenne, l’Espo se montre favorable sur le fond. Cependant, l’organisation se montre vigilante sur la méthode. L’organisation accueille positivement les conclusions du Conseil du 8 juin. Elle les voit comme une base solide pour la suite des discussions. En effet, elles reflètent une bonne compréhension des besoins des ports européens et de la diversité des modèles de gouvernance. Alors, l’Espo insiste sur trois priorités : la compétitivité, la simplification et la sécurité juridique. Elle soutient la demande de réduction des charges administratives et financières, ainsi qu’une mise en œuvre proportionnée et efficace de la réglementation existante, plutôt que l’ajout de nouvelles contraintes.

Maintenir les compétences nationales sur la gouvernance portuaire

Dans sa lecture de la stratégie, l’Espo veut aussi protéger l’attractivité économique des ports européens. Elle soutient l’idée d’adapter le champ, les seuils et les intensités d’aide du Règlement général d’exemption par catégorie (GBER) pour mieux coller aux coûts réels des investissements, indexés sur l’inflation. Elle rappelle l’importance du financement des infrastructures de base à forte valeur publique. L’organisation défend également le maintien des compétences nationales sur la gouvernance portuaire, les concessions et l’usage du foncier. Alors, elle accepte une stratégie européenne. En revanche, elle refuse une uniformisation qui viendrait fragiliser les équilibres institutionnels propres aux ports.

ETS, sécurité et énergie

Le dossier climatique occupe aussi une place importante sur le bureau de l’organisation. En effet, elle considère que le système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) a déjà des effets négatifs sur la compétitivité portuaire. Ce dispositif présente des risques de report de trafic, de fuite carbone et de relocalisation des investissements. Elle appelle donc la Commission à corriger ces effets dans la révision à venir du dispositif maritime. Enfin, sur la sécurité économique, l’Espo soutient une approche fondée sur les cadres existants pour le contrôle des investissements étrangers, afin d’éviter les doublons et de préserver la sécurité juridique. Elle souligne le rôle des ports comme hubs énergétiques, notamment pour les carburants alternatifs et les chaînes d’approvisionnement associées, en misant sur le marché, la sécurité et l’attractivité de l’investissement.