Ormuz : les 107 jours de Donald Trump se terminent sur « tout ça pour ça »
Après 107 jours de conflit, le détroit d’Ormuz doit ouvrir dans les prochains jours. Les États-Unis veulent un passage libre. Les Iraniens veulent imposer une taxe de libre passage. Pour les pays en développement, ce conflit impacte lourdement leurs économies.
Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a duré 107 jours. Le 27 février, le transit par le détroit d’Ormuz se réalise sans frais et sans encombres. 100 jours plus tard, et après un conflit meurtrier, les conditions de passage du détroit d’Ormuz sont en négociation.
Le détroit d’Ormuz soumis à un droit de passage
L’administration de Donald Trump a changé la donne au Moyen-Orient. Le conflit engagé contre l’Iran n’a pas fait évoluer le régime politique du politique. Or, lors de l’engagement des États-Unis dans le golfe Persique, la principale motivation officielle vise à faire « tomber le régime des Mollahs. ». Ces 100 jours de conflit apparaissent comme un échec cinglant. Le régime politique iranien est toujours en place. Le blocus mené par les États-Unis a surtout eu pour effet une hausse du prix des carburants dans tous les pays, y compris en Amérique du Nord. Et enfin, le détroit d’Ormuz pourrait devenir un passage payant désormais.
Le transit par Ormuz encore risqué
L’accord entre les deux belligérants doit intervenir le 19 juin à Genève. Les termes sont encore flous. Dans un message sur son réseau social Truth, le président des États-Unis annonce « la réouverture gratuite du détroit d’Ormuz. Je demande la levée immédiate du blocus. Navires du monde, mettez les gaz et que le pétrole coule à flot ! ». Pour les associations professionnelles, le message demeure prématuré. Ainsi, le Bimco affirme que le transit par le détroit demeure risqué. Selon la chaîne CNBC, le vice-président américain, J.D Vance rappelle que les États-Unis tablent sur un passage libre de ce détroit. La presse iranienne rétorque que cette gratuité dépendra des négociations.
La corrélation entre le blocage d’Ormuz et l’économie de certains pays
Entre ces tergiversations et la stratégie de communication, les pays en développement souffrent de la situation au Moyen-Orient. Un proverbe africain rappelle que « quand les éléphants se battent, les souris trinquent ». Et dans ce contexte, les « souris » s’apparentent aux économies les moins développées. En effet, un rapport de la Cnuced met en lumière la corrélation entre le blocage du détroit d’Ormuz et l’impact pour ces pays.
Un risque immédiat pour les importateurs
L’organisation internationale souligne que la hausse des prix du pétrole se traduit d’abord par un renchérissement du pétrole brut et de l’essence. Ainsi, entre le 1er janvier 2024 et fin mai 2026, les prix ont augmenté de plus de 40% pour le brut et de plus de 50% pour l’essence, illustrant la sensibilité des marchés à ce choc. Pour les pays en développement, le problème ne se limite pas au coût du carburant. La Cnuced estime qu’une hausse de 50% peut impliquer une augmentation de la facture pétrolière de 20,4 Md$ par an. Une note qui se répartie à hauteur de 16,1 Md$ pour les pays les moins avancés et de 4,3 Md$ pour les petits États insulaires en développement.
Inflation, budget et croissance
La Cnuced avertit que cette hausse se répercute presque automatiquement au prix des biens importés. Elle alimente donc l’inflation. De plus, elle accentue la pression budgétaire, en obligeant les gouvernements à arbitrer entre subventions au carburant, services publics essentiels et investissements de long terme. Alors, dans les économies à faible marge de manœuvre, le déficit courant pourrait se creuser et freiner la croissance. Le document de la Cnuced met enfin en évidence une forte dépendance au pétrole en provenance du golfe Persique pour plusieurs pays. Et cela concerne notamment les États insulaires et des pays africains importateurs nets de pétrole. Alors, le blocage maritime du détroit d’Ormuz n’est pas seulement un choc énergétique. Il est aussi un choc logistique, budgétaire et social pour les économies en développement.
« Tout ça pour ça »
Lors des « 100 jours » de Napoléon 1er, l’empereur a terminé sa vie en exil sur l’île Saint Hélène. Pour le président des États-Unis, les « 100 jours » du Moyen-Orient n’ont pas d’effet immédiat. Tout au plus, subira-t-il une sanction par les urnes lors des élections de mid-term en novembre. Pour les chaînes logistiques pétrolières, il faudra plusieurs mois pour retrouver une fluidité des échanges. Il reste que ce conflit n’a pas réglé la situation au Moyen-Orient dans l’immédiat. Aujourd’hui, après le drame humain des marins, les conséquences économiques, ce conflit se résume à la formule : « tout ça pour ça ».

