L’Amérique latine et les Caraïbes, future puissance gazière et maritime ?
Dans une étude publiée en juin, l’International Gaz Union dévoile le potentiel de l’Amérique du Sud et des Caraïbes dans cette filière. Cependant, les handicaps freinent le développement.
En 2024, le Groupe international des importateurs de gaz naturel liquéfié (GIIGNL) estime les échanges de GNL à 428 Mt, en progression de 5% par rapport à 2024. Les États-Unis dominent le marché avec 109 Mt. Ce classement consacre la place des pays du bassin Atlantique avec, outre les États-Unis, le Mexique, le Nigéria, l’Angola, l’Algérie et la Norvège. Le seul pays de l’Amérique du Sud et des Caraïbes est Trinidad et Tobago. Avec 9 Mt exportées en 2024, l’île des Caraïbes se place en 10è position.
Les dix premiers exportateurs de GNL dans le monde (source GIIGNL) © Ports et Corridors
Une région à fort potentiel
Ainsi, l’Amérique latine et les Caraïbes sont les grandes absentes de ce classement. Pourtant, elles pourraient jouer un rôle bien plus important dans le marché mondial du GNL. Le rapport de l’International Gas Union (IGU) sur le potentiel de cette région met en évidence un écart marqué entre le potentiel géologique de la région et sa production effective. L’étude laisse entrevoir une marge de progression importante pour les exportations et pour l’industrie maritime.
Des ressources stratégiques pour l’exportation
L’Argentine, le Brésil, le Venezuela, le Pérou, Trinidad-et-Tobago, le Guyana et le Suriname figurent parmi les pays les plus prometteurs. Le rapport de l’IGU évoque environ 500 Trillion Cubic Feet (Tcf, soit un milliard de milliard de pied cube, 1018 pieds cube) de ressources dans la région. Un volume susceptible de soutenir pendant des décennies la consommation actuelle et de nourrir de nouveaux flux exportateurs de GNL.
Un enjeu portuaire et logistique
Pour les ports, cette dynamique représente une opportunité majeure. Elle suppose des infrastructures adaptées. La région manque de terminaux de liquéfaction, de capacités de stockage, de quais spécialisés. L’accompagnement de ces flux ne pourra se faire sans des chaînes logistiques plus robustes. À cela s’ajoute un second levier. En développant sa production gazière, l’Amérique du Sud et les Caraïbes peuvent devenir un hub de soutage pour les navires. Une opportunité plus grande pour les ports de la région. En effet, la région est une des voies maritimes les plus fréquentées du monde avec le canal de Panama. Créer des ports de soutage peut attirer de nouveaux trafics sans déroutement pour les navires.
Le bunkering comme relais de croissance
Ainsi, le rapport identifie notamment le canal de Panama et le port de Santos comme des points d’appui stratégiques pour le développement du GNL Le développement de cette ressource intervient dans un contexte où les armateurs cherchent à réduire leurs émissions de CO2. Or, le GNL peut constituer une solution de transition crédible. De plus, si le rapport identifie en premier lieu le port de Santos au Brésil, d’autres ports comme Trinidad et Tobago, la Colombie, la Jamaïque, les Antilles et Guyane françaises ont un rôle à jouer.
Des handicaps encore lourds
Malgré ces perspectives, la région doit surmonter plusieurs obstacles. Le premier est réglementaire. Les cadres juridiques hétérogènes et une forte incertitude n’incitent pas l’arrivée des investisseurs. Le second est infrastructurel, car les besoins en pipelines, terminaux, stockage et installations de traitement restent élevés. Le rapport insiste aussi sur la difficulté à mobiliser des financements de long terme, alors que les projets gaziers exigent de la visibilité, de la stabilité et des règles cohérentes sur plusieurs années. Sans une harmonisation des normes ni une amélioration des procédures administratives, le potentiel exportateur de la région restera partiellement sous-exploité.


