Acier : la Chine revoit sa stratégie de production
Intermodal analyse la situation des flux de minerais de fer et de l’acier en Chine en regard de la politique nationale. La baisse de la demande nationale incite les aciéristes chinois à revoir leur politique d’achat de matières premières.
Le secteur de la sidérurgie chinoise est de nouveau sous les feux de l’actualité. L’Association chinoise du fer et de l’acier (CISA) lance aux producteurs nationaux un appel à la réduction de leur production. Cette initiative souligne la nécessité croissante d’aligner davantage la production d’acier sur la demande intérieure, constate le courtier de fret Intermodal. Une position qui peut se répercuter sur les besoins de la Chine en matière d’importations de minerai de fer.
Le secteur de la construction entre en récession
Le secteur de l’acier est confronté aux difficultés de l’économie nationale. En effet, selon les données du Bureau national des statistiques font état d’un recul des investissements dans les infrastructures. L’indice PMI du secteur de la construction a reculé à 46,9 points en août. Cette position sous le seuil des 50 points montre que la filière se contracte. Dans le même temps, les investissements perdent 4 % entre janvier et août. Les investissements dans l’immobilier enregistrent une baisse plus marquée de 19,9 %. Preuve en est, la surface vendue des immeubles commerciaux neufs se contracte de 12,1 % à fin août, à 498,8 Mm2. Dans ce contexte, la demande intérieure d’acier reste faible.
La production d’acier baisse
La production d’acier s’adapte à ce contexte de demande modérée. En août, elle a baissé de 3,7 %. Au cours des huit premiers mois, la production d’acier se réduit de 3,1 % par rapport à l’année précédente. Toutefois, la faiblesse observée en août s’explique en partie par des facteurs saisonniers. En effet, les températures élevées et les fortes précipitations perturbent l’activité et pèsent sur la demande d’acier. Bien que l’initiative de la CISA n’impose pas de réductions obligatoires de la production, elle appelle à « une plus grande discipline de production pour contribuer à affaiblir la demande de matières premières », souligne Intermodal.
Une reprise épisodique des importations de minerais de fer
Néanmoins, à court terme, les achats de minerai de fer montrent des signes de reprise. Les aciéries chinoises reconstituant leurs stocks avant la « Golden Week » de la Fête nationale. L’objectif est de maintenir l’activité des hauts fourneaux pendant cette période de congés. Dans ce contexte, les flux australiens de minerai de fer vers la Chine augmentent de 6,2 % pour la troisième semaine de septembre, selon les données de Mysteel.
7,8% des aciéries sont rentables
Parallèlement, la faiblesse de la demande d’acier et la hausse des prix du coke pèsent lourdement sur la rentabilité de la sidérurgie nationale. Le coke est un intrant essentiel dans la fabrication de l’acier en haut fourneau. Selon Mysteel, seules 7,8 % des aciéries équipées de hauts fourneaux sont rentables à la mi-septembre. Un chiffre en forte baisse par rapport aux 32,5 % enregistrés fin août. Il s’agit de la conséquence d’une hausse des coûts des intrants et de la faiblesse de la consommation d’acier qui réduisent des marges déjà minces.
Les minerais australiens favorisés
Ce contexte influence également les préférences des aciéries en matière d’achat de minerai. La faiblesse des marges incite les aciéries à se tourner vers des minerais de moindre qualité. Une tendance qui favorise les produits australiens, moins chers et de qualité inférieure. L’offre australienne bénéficie également d’un avantage en termes de fret maritime. La proximité réduit le coût du fret par rapport aux minerais provenant du Brésil ou de Guinée.
Le Brésil et la Guinée favorisent des produits de meilleure qualité
La hausse des prix du coke compense toutefois en partie cette transition vers un minerai de fer moins cher et de qualité inférieure. Les stocks de coke des aciéries chinoises ont chuté à leur plus bas niveau depuis près de deux ans. Pour Intermodal, ce contexte peut entraîner une hausse des flux pour reconstituer les stocks à l’approche des prochains jours fériés. Cela pourrait soutenir les prix du coke et préserver l’avantage en termes de valeur d’usage des minerais à forte teneur en fer. Ces derniers sont plutôt produits au Brésil ou en Guinée. De plus, la préférence pour les minerais de meilleure qualité peut se renforcer. En effet, la réduction de production des aciers de base à faible marge peut laisser la place à des aciers de meilleure qualité. Les aciéries chinoises évaluent donc le coût d’achat moindre du minerai de faible teneur par rapport à ses besoins plus élevés en coke, d’autant plus que les prix du coke restent élevés.
Les effets pour le marché des vracs secs
En ce qui concerne les vracs secs, un recours accru aux matières premières australiennes serait moins favorable à la demande en tonnes-milles que des volumes équivalents provenant du Brésil ou de Guinée. Toutefois, l’ampleur d’un tel changement dépendra, entre autres facteurs, de la rentabilité liée à la teneur du minerai, des coûts du coke et des priorités opérationnelles des usines de traitement. Dans l’ensemble, le réapprovisionnement saisonnier avant les fêtes soutient la demande de minerai de fer à court terme. Cependant, la faiblesse persistante du marché de l’acier en Chine continue d’assombrir les perspectives. Après les fêtes, l’attention se portera sur l’orientation de la demande d’acier, le rythme de la réduction des stocks portuaires et l’évolution de la rentabilité des aciéries. Conjugués aux prix du coke et aux écarts de teneur du minerai, ces facteurs détermineront à la fois la vigueur de la demande de minerai de fer et l’équilibre entre l’offre australienne et les volumes de minerai à plus haute teneur provenant du Brésil et de Guinée.

