Corridors et logistique

Les flux de minerais face à l’El Niño : la logistique maritime sous tension

Les flux de minerais de fer entrent dans une phase d’ajustement. Selon le rapport hebdomadaire d’Intermodal, El Niño pourrait redessiner les routes du vrac sec dès 2027, avec des conséquences directes sur le minerai de fer, le charbon et les matières premières industrielles.

Le minerai de fer entre parmi les matières premières les plus transportées au monde. Dans son rapport hebdomadaire, Intermodal montre le regain d’activité des flux au départ d’Australie. Ils ont temporairement soutenu les taux de fret des Capesize, avant un essoufflement en fin de semaine. Cette dynamique illustre la dépendance de la filière aux importations chinoises et à la cadence des chargements australiens.

La fragilité de l’Atlantique

De son côté, l’Atlantique reste fragile. La faiblesse de la demande, une offre surcapacitaire et le report des chargements ont pesé sur les taux de fret dans l’Atlantique Sud. Dans l’Atlantique Nord, le marché est atone. Pour les armateurs, la rentabilité dépend donc moins du volume global que de la capacité à capter les cargaisons les plus actives, notamment sur l’axe Australie–Chine.

Le charbon, variable d’ajustement énergétique

L’épisode d’El Niño pourrait également modifier les flux de charbon thermique. La sécheresse attendue en Asie du Sud-Est risque de réduire la production hydroélectrique. Alors, les gouvernements vont solliciter les centrales thermiques. Pour Intermodal, l’Inde et le Vietnam en sont les principaux exemples. Ainsi, ce mécanisme pourrait soutenir la demande d’importations, mais de manière sélective.

Des routes plus courtes

Toutefois, le courtier de fret souligne que la Chine et l’Inde pourraient importer moins de charbon thermique en 2026 en raison de stocks élevés. La croissance se concentrerait alors sur des routes plus courtes, notamment entre l’Indonésie ou l’Australie et le Vietnam. Une dynamique qui limitera l’effet sur les tonne-milles. Pour les compagnies maritimes, cela signifie une demande plus régionale, avec un impact plus limité sur les longues distances.

Panama : le goulot d’étranglement à surveiller

Le canal de Panama constitue le principal risque logistique pour les flux de minerais et de vrac sec. Après une réduction historique des transits quotidiens à 32 en septembre, les restrictions ont été assouplies grâce aux pluies de la fin du mois. Le risque est de voir la saison sèche débuter dès la seconde quinzaine de novembre. L’autorité du canal anticipe en moyenne 29,5 transits quotidiens pour les prochains mois. Elle met aux enchères des créneaux à long terme pour les écluses Panamax. Cette rareté incite déjà certains armateurs à contourner le canal par le détroit de Magellan. Ce schéma logistique est déjà en place. Les statistiques du mois d’août et de septembre montrent une nette augmentation de navires sur cette route.

Vers des flux plus fragmentés

L’évolution des flux de minerais de fer ne se résumera donc pas à une hausse ou une baisse des volumes. Elle reposera sur une redistribution des flux. Celle-ci se réalisera autour du renforcement des routes Asie-Pacifique pour le minerai de fer, de la demande de charbon dans les marchés régionaux et du contournement coûteux du canal de Panama.

La logistique aussi déterminante que les flux

Les opérateurs logistiques devront porter leur vigilance sur trois points, indique Intermodal. Le premier vise la disponibilité des créneaux du canal de Panama. Le deuxième concerne la demande chinoise en minerai de fer. Le dernier tient à l’évolution des stocks de charbon en Inde et en Chine. Dans un marché où la logistique devient aussi déterminante que la production, les flux de minerais pourraient rester volatils bien au-delà de 2026.