Bois de rose : CMA CGM se rachète une virginité

La mise en accusation par l’organisation non gouvernementale Trial International d’un homme d’affaires Suisse pour trafic illicite de bois de rose a incité le groupe français CMA CGM à suspendre les trafics de bois depuis la Gambie. Un trafic qui touche aussi l’île de Madagascar.

Régulièrement des affaires de trafics illégaux de bois de rose depuis les pays en développement d’Afrique vers l’Europe, l’Amérique et la Chine ressortent. En 2019, l’organisation non gouvernementale Trial International a porté l’affaire devant les tribunaux. L’affaire portée devant les tribunaux vise la société suisse Westwood. Détenue par l’homme d’affaires roumain basé en Suisse, Nicolae Bogdan Buzaianu, Westwood aurait exporté pour environ 163 M$ de bois de rose illégalement depuis la Gambie vers la Chine entre 2014 et 2017.

Du bois en provenance de la Casamance

L’ONG explique que les licences d’exportation de bois de rose depuis la Gambie étaient détenues par la société suisse. Or, les ressources de cette essence s’épuisant, Westwood aurait respecté ses engagements contractuels en exportant du bois depuis la Casamance, région du Sénégal en conflit armé avec les forces régulières.

Un crime de guerrre

« Exploiter des ressources naturelles issues d’une zone de conflit porte un nom : il s’agit de pillage. Et aux yeux du droit international humanitaire, le pillage constitue un crime de guerre », a déclaré Montse Ferrer, conseillère juridique senior et coordinatrice responsabilité des entreprises de Trial International. « Malgré les nombreux cas de pillage, avérés et documentés, pas une seule condamnation n’a été prononcée depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.»

De Banjul vers la Chine

Le bois de rose serait entré en Gambie par le poste frontière de Mandina Ba, sur la route reliant la Casamance à la capitale de la Gambie, Banjul. Selon l’ONG un responsable de Westwood aurait falsifié la provenance de ce bois pour camoufler sa véritable origine. Le bois est ensuite acheminé au port de Banjul. Trial International estime à environs 315 000 t de bois de rose qui aurait ainsi été illégalement quitté l’Afrique. Le bois est destiné à alimenter le marché chinois.

Une plainte déposée en juin 2019

Si l’affaire a été déposée par Trial International devant les instances pénales suisses en juin 2019, la publicité de cette plainte n’a été faite qu’en milieu de cette année. «Nous avons attendu jusqu’à ce jour pour la rendre publique, car nous voulions donner à l’autorité de poursuite pénale le temps nécessaire pour examiner les preuves et prendre des mesures décisives à l’encontre de Nicolae Bogdan Buzaianu. Nous espérons que ces mesures ont été prises et que le Ministère public de la Confédération enquête sur la question », a ajouté Montse Ferrer.

Une liste noire des exportateurs

Directement concerné par ce dossier l’armement français CMA CGM a aussitôt réagi. Le 8 juillet, le groupe a publié un communiqué pour indiquer avoir mis un terme aux exportations de bois depuis la Gambie. Une procédure plus stricte est appliquée. « Pour toute marchandise animale ou végétale, le chargeur devra déclarer expressément si l’espèce est couverte par la convention CITES et le cas échéant fournir le permis requis à l’exportation », indique le groupe. Parallèlement, l’armement français a établi une liste noire des exportateurs suspectés de participer à ces trafics. Il n’est pas précisé dans le texte de l’armement français des suites données à cette liste. À ce jour, l’armement n’a pas précisé des suites qu’elle envisage de cette affaire. Contacté, le groupe CMA CGM n’a pas répondu à nos questions.

Avant la Gambie, Madagascar

La Gambie est aujourd’hui au-devant de la scène. Plus tôt, Madagascar a aussi fait les frais de ce type de trafics illégaux. La coupe de bois de rose est interdite depuis 2010. Des groupes mafieux, selon Ethiquable, se seraient joués des législations pour approvisionner le marché du parquet de luxe en Chine. Depuis 2015, le trafic illicite continue. Peu d’armements se sont manifestés sur ce trafic alors qu’une partie des coupes réalisées ont transité par les ports. L’ONG alertait en 2017 de la prochaine disparition de l’essence sur la Grande Île de l’océan Indien.

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