Brittany Ferries a souffert du Brexit et de la crise sanitaire

Le 5 mai, Brittany Ferries a tenu son assemblée générale et présenté ses résultats à ses actionnaires. Le groupe accuse un repli de son activité lié au Brexit et à la crise sanitaire du Covid 19.

L’exercice fiscal de Brittany Ferries s’écoule du 1er novembre au 31 octobre de l’année suivante. Le 5 mai, le groupe a présenté à ses actionnaires les résultats réalisés au 31 octobre 2019. Au cours de cet exercice, du 1er novembre 2018 au 31 octobre 2019, Brittany Ferries a été confronté aux reports consécutifs du Brexit. Prévu initialement le 30 mars 2019, puis le 31 octobre 2019 et finalement au 31 janvier 2020, ces reports successifs ont pesé sur l’activité du groupe.

Manche : baisse de 4,4% des passagers

Avec un chiffre d’affaires de 469 M€, le groupe basé à Roscoff enregistre une progression de son volume de 5,6%. Un chiffre qui dénote par rapport aux volumes transportés. En effet, sur son exercice 2019/2019, le groupe a transporté 2,49 millions de passagers, soit une baisse de 5,2%. Toutes les lignes du groupe, à l’exception de celle reliant Le Havre à Portsmouth, sont affectées par cette diminution du trafic de passagers. En Manche, avec 2,07 millions de passagers la baisse s’élève à 4,4%. La plus forte baisse, en nombre, est à mettre au passif de la ligne d’origine du groupe entre Roscoff et Plymouth. Elle perd 11,2% à 328 133 passagers. La liaison entre Cherbourg et Portsmouth accuse un repli de 14% pour s’établir à 143 506 passagers. Seule la ligne au départ du Havre gagne des points avec une hausse de 8,4% de son trafic de passagers à 157 814. La principale ligne du groupe en Manche, à savoir celle reliant le port de Caen Ouistreham à celui Portsmouth subit une faible diminution. Elle perd 1,7% à 914 380 passagers.

857 000 voyageurs pour des dépenses de 586 M$

Cette activité passagers pèse dans les résultats de la compagnie mais aussi dans les filières touristiques des régions que le groupe dessert. « En 2019, 857 000 voyageurs Brittany Ferries ont ainsi dépensé plus 586 M€ dans l’Hexagone avec la réservation de 8,7 millions de nuitées en hôtels, gîtes, campings et résidences de vacances », indique le rapport de l’armement breton. Les passagers vers la Bretagne se sont réduits de 13 000 visiteurs, indique Brittany Ferries depuis 2018. Parmi les raisons avancées par le groupe, « le climat d’incertitude lié au Brexit pour des Britanniques représentant 85% du trafic total. Les voyageurs Brittany Ferries ont cependant dépensé 151 millions d’euros en 2019, soit 2,2 millions de nuitées. »

Brexit et baisse de la Livre Sterling

La baisse de la Livre Sterling face à l’Euro a joué en défaveur de la France. Les Britanniques voient leur pouvoir d’achat se réduire avec une monnaie plus faible et peuvent donc choisir d’autres destinations plus avantageuses pour eux. En Normandie, ce sont 16 000 voyageurs en moins que le groupe a amené et une baisse de 4 M€ à 74 M€. Les Pays de Loire et la Nouvelle Aquitaine ont pour leur part vu leurs chiffres légèrement augmenter.
Le fret s’inscrit dans la même veine. Avec 201 554 véhicules fret transportés sur les lignes de Brittany Ferries, cette division accuse une baisse de 1,9% Roscoff-Plymouth, Saint Malo-Portsmouth et Cherbourg-Portsmouth et Le Havre-Portsmouth voient leur trafic fret se réduire. D’un autre côté, les lignes entre Cherbourg et Poole, Caen et Portsmouth, Roscoff et Cork et entre la Grande-Bretagne et l’Espagne affichent pour leur part des hausses. Les incertitudes liées au Brexit ont pesé sur l’ensemble de ces lignes.

L’année 2020 sera encore celle des défis

En 2020, Brittany Ferries se trouve face à de nouveaux défis. En premier lieu, le départ de la Grande-Bretagne de l’Union européenne depuis le 31 janvier ouvre une nouvelle période de transition. Il reste 11 mois pour trouver un accord sur la relation future. Les trois gouvernements de France, Grande-Bretagne et Irlande ont signé un protocole d’accord pour voir les échanges perdurer mais les bonnes intentions ne dépendent pas uniquement de la volonté. Et le groupe alerte les pouvoirs publics : « Tout pourrait basculer à la date du 31 décembre 2020. Si aucun accord n’est trouvé, le Royaume-Uni se verrait appliquer les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce entraînant le paiement de droits de douanes et le renforcement des contrôles douaniers. » Brittany Ferries doit donc simultanément anticiper son offre auprès de sa clientèle britannique pour l’après Brexit, mais également conforter l’attractivité enregistrée auprès du public irlandais. « Du Royaume-Uni à l’Irlande jusqu’aux ports normands et bretons, les personnes et les biens doivent pouvoir circuler librement pour que nous puissions nous remettre de la crise actuelle. C’est notre objectif majeur à l’approche de la saison 2021 », insiste Jean-Marc Roué, président de Brittany Ferries.

Quatre navires attendus

Pour rester dans la course, le groupe roscovite a maintenu son plan de renouvellement de la flotte amorcé en 2017. Quatre navires sont attendus. Le Galicia, dont la livraison est prévue en juillet 2020, sera affecté à la ligne entre le Royaume-Uni et l’Espagne. Le Honfleur, qui devait être livré en 2020, a vu sa date repoussée en raison des difficultés financières du chantier. Le Salamanca, dont la pose de la quille s’est effectuée en avril, sera aligné entre le Royaume-Uni et l’Espagne. Enfin, le Santoña, attaché à la même ligne que le précédent, devrait être livré en 2023. Des navires que le groupe a voulu avec une propulsion au GNL, confirmant par la même son engagement dans la transition énergétique.

Soutien des pouvoirs publics au Transmanche

Christophe Mathieu, président du directoire s’est montré confiant sur l’avenir même dans les conditions de crise sanitaire actuelle. « Nous avons traversé de nombreuses tempêtes au cours de nos 47 ans d’histoire et nous sommes maintenant préparés pour l’avenir. J’en suis convaincu, nous reprendrons bientôt les traversées passagers, je l’espère dès cette saison estivale. Toutes les mesures sanitaires nécessaires seront mises en place, tant dans nos gares maritimes qu’à bord de nos navires, afin d’accueillir les passagers dans les meilleures conditions dès qu’ils pourront à nouveau voyager ! D’autant que, face à nos concurrents aériens et ferroviaires, nos ferries constituent, et de loin, le mode de transport le plus adapté aux règles de distanciation tant sociale que sanitaire pour traverser la Manche ! »
Et Jean-Marc Roué, ancien président d’Armateurs de France, se montre confiant dans l’avenir du pavillon français. Il a rassuré les actionnaires sur l’appui des pouvoirs publics au pavillon français et aux conséquences de la crise sanitaire, économique et sociale actuelle. « Au dernier jour de ma présidence d’Armateurs de France, en avril dernier, j’ai moi-même appelé nos dirigeants à lancer un Plan Marshall pour le shipping français. Le Gouvernement a commencé à nous répondre avec un premier dispositif d’aides pour le Transmanche. Nous allons également candidater aux dispositions qu’offrira le plan spécifique pour l’Industrie du tourisme annoncé par le président de la République. Premier employeur de marins français, je saurai me battre pour défendre Brittany Ferries et le modèle qu’elle incarne ! »

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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