Charbon : un marché en surcapacité de 45 Mt en 2020

 

Les flux de charbon connaissent actuellement une tendance à la baisse victime de la transition écologique pour une bonne part et de la crise économique, conséquence de la pandémie du Covid 19, d’autre part.

Il a longtemps été un des courants piliers des ports dans le monde. Le charbon devient aujourd’hui un produit montré du doigt. Il continue de servir dans différentes industries, notamment dans la sidérurgie, mais perd de la vitesse comme produit énergétique. La transition écologique lui fait préférer la biomasse et le gaz naturel voire, dans certains cas, l’éolien. En 2018, les flux de charbon dans le monde ont représenté 1,2 Mdt. Des flux en hausse globalement mais qui commencent à montrer des diminutions dans certaines parties du monde, notamment en Europe.
Le principal consommateur de charbon dans le monde est resté pendant de nombreuses années la Chine pour la sidérurgie et le chauffage. La valeur des stocks chinois a longtemps commandé les évolutions du prix. Avec la crise sanitaire mondiale, qui a démarré en Chine, le charbon a subi de plein fouet les effets de cette crise en raison de la baisse de production généralisée dans l’Empire du milieu.

Une baisse de 25 Mt en 2020 en Chine

Le 22 décembre, dans un article publié par Bloomberg, des analystes ont expliqué la nouvelle politique chinoise sur le charbon. Déjà, alors que la crise sanitaire n’était pas encore survenue, le gouvernement chinois a annoncé vouloir réduire ses importations de charbon pour privilégier les producteurs nationaux. « Sur les onze premiers mois de 2019, la Chine a acheté 299 Mt de charbon pour se chauffer et pour son industrie. Des flux en hausse de 10% d’une année sur l’autre », indique Michelle Leung, analyste chez Bloomberg Intelligence. Selon les estimations réalisées à fin décembre, les importations de charbon en Chine devrait se réduire de 25 Mt en 2020. Et pour éviter des troubles sociaux, le gouvernement de Pékin ne voudra pas se défaire de sa production locale au détriment des importations.

Richard’s Bay accuse un repli

Aujourd’hui, les prévisions semblent se concrétiser. Dans un article publié sur le site de Argus Media, le terminal sud-africain de Richard’s Bay accuse un repli de son trafic sur le troisième mois de l’année. L’Afrique du Sud a décidé d’un confinement le 26 mars pour éviter la propagation de la pandémie du Covid 19 dans le pays mais a malgré tout autorisé les mines de charbon à fonctionner. Les trains destinés au port sont habilités à continuer leur travail. L’offre reste à un niveau acceptable mais la baisse importante de la demande, et notamment depuis la Chine qui brule environ la moitié de la production mondiale en charbon, redistribue les cartes. Le mois de mars 2020 accuse un repli de 12% sur la moyenne des mois de mars des cinq dernières années. Le charbon sud-africain part principalement sur l’Asie du sud-est. Sur les premiers mois de l’année, l’Inde a réduit ses approvisionnements en raison du confinement tout comme la Corée du sud. D’un autre côté, le Vietnam et le Sri Lanka ont augmenté leurs commandes. La progression des uns n’a pas compensé les pertes des autres. La Corée du sud est passé d’environ 300 000 t importées par trimestre à zéro. Séoul préfère utiliser ses centrales à gaz dans un marché pétrolier où cette matière première reste encore avantageuse.

Colombie: des approches différentes

Cette baisse des exportations ne se dessine pas uniquement en Afrique du sud. La Colombie, parmi les premiers producteurs mondiaux de charbon, pourrait se déclarer en force majeur si la situation dans les mines et les opérations logistiques ne se résolvent pas. En effet, de nombreux employés des mines n’ont pas repris le travail de crainte de se voir contaminer par le Covid 19. La même situation prévaut actuellement dans les transports. Le principal producteur colombien de charbon, Drummond, continue de produire du charbon mais à un rythme moins soutenu. Selon Argus Media, le producteur colombien a utilisé ses stocks dans le port de Drummond mais pourrait devoir se mettre en arrêt si les opérations logistiques ne reprennent pas. Dans le nord-ouest du pays, des groupes sont intervenus pour arrêter la ligne de chemin de fer, obligeant ainsi des producteurs à annuler des chargements à Puerto Bolivar.

La Colombie voit ses exportations restées stables.
À Puerto Bolivar, les miniers ont dû mettre un terme aux exportations de charbon face aux mouvements sociaux sur la ligne de chemin de fer. © TMBux

Pour assumer leurs obligations, les groupes miniers vont devoir piocher dans leurs stocks répartis dans d’autres ports, et notamment pour certains dans les Caraïbes. Est-ce durable sur le long terme ? Difficilement pour les négociants qui disposent de contrats à long terme. Une analyse que Rodrigo Echeverri, directeur de recherche sur le charbon auprès de Noble, ne partage pas. Lors d’une visio-conférence organisée par Coaltrans, il a constaté une bonne activité en Colombie sur les exportations pendant les trois premiers mois de l’année. « La Colombie s’est imposée au cours de ce trimestre et notamment sur les marchés asiatiques. Globalement, ce pays affiche une hausse de 1%, ce qui doit être nuancé puisqu’au premier trimestre 2019, la Colombie a réalisé peu d’exportations. »
Les sociétés turques, principales importatrices de charbon colombien, cherchent de nouvelles alternatives. La Turquie pourrait alors se tourner vers la Russie, plus proche et plus facilement accessible. D’autant plus que la société russe de chemin de fer a annoncé vouloir « faire des prix » pour les acheminements de charbon dans les ports russes. Dans un communiqué des chemins de fers Russes accordent une baisse de 12,8% du transport de charbon vers les ports russes baltes et de la Mer noire. Ces « soldes » s’appliquent à l’anthracite.

En Russie, les chemins de fers proposent des réductions de 12,8% pour exporter vers les ports baltes et de Mer noire. © Port Management Company
Une baisse de 7,2% de la demande

Il ressort des différentes analyses menées par les experts que les flux de charbon devraient enregistrer des baisses notables en raison notamment des conséquences économiques liées à la pandémie du Covid 19. Pour Rodrigo Echeverri, les premières estimations tablent sur une surcapacité du marché d’environ 45 Mt en 2020. Du côté de la demande, le marché devrait perdre environ 7,2% à 927 Mt. Une tendance plus forte sur le bassin Pacifique qu’Atlantique. Quant à l’offre, elle devrait se situer à 972 Mt, en baisse de 2,7%. « Sans une véritable politique de réduction d’offre de la part des principaux miniers, il est difficile de voir le marché se retourner à court terme », a continué Rodrigo Echeverri. Du côté de l’offre, aucun grand nom du monde du charbon ne souhaite commencer à entrer dans cette spirale de réduction

Baisse de 27 Mt de la demande européenne

Quant à la demande, la Chine et l’Inde semblent se retirer peu à peu du marché pour se concentrer sur ses stocks domestiques. Dans son analyse, le responsable de Noble estime que la demande en charbon de la Chine devrait se réduire d’environ 3,2%, soit une diminution de 7 Mt, à 210 Mt. Quant à l’Inde, sa demande devrait se contracter de 6% environ à 160 Mt. En Europe, la demande devrait se réduire aussi sensiblement. Le responsable de Noble table sur une demande, en 2020, de 27 Mt, soit une baisse de 32,5%. En Méditerranée, en Amérique du nord et Amérique du sud, la demande devrait rester à l’étal.
Enfin, le Japon et la Corée du sud, en plus de la crise économique qu’ils subissent, profitent de la baisse du prix du gaz pour utiliser cette matière première dans leur mix énergétique. Le poids du prix du baril et du gaz dans les prochaines semaines et les conditions économiques de relance de chaque pays seront des éléments de réévaluation de l’équilibre entre l’offre et la demande. Avec cette baisse de négoce sur le charbon, les taux de fret vont aussi être impactés par ricochet. Selon les analystes, c’est le redémarrage de l’industrie sidérurgique et donc de ses clients, notamment l’automobile, qui pourrait relancer l’économie du charbon et donner un nouvel équilibre aux flux.

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