Le complexe industrialo-portuaire de Kribi : hub de création de valeur ajoutée de l’Afrique Centrale

Le Port autonome de Kribi, au Cameroun, a réorienté sa stratégie. Destiné à un être un port minéralier, il s’oriente à devenir un hub industrialo-portuaire. Yann Alix,  Délégué général de la Fondation Sefacil, revient sur les nouvelles ambitions de l’autorité portuaire camerounaise.

À l’origine, le Port autonome de Kribi ce devait être un terminal minéralier en eau profonde afin de faciliter l’exportation des potentiels miniers de la grande région de l’Afrique du Centre. Trois années après son inauguration officielle, le complexe industrialo-portuaire continue de croître avec des trafics conteneurs et de marchandises diverses. Les ambitions camerounaises sont dorénavant africaines et même mondiales.

Des chiffres qui attestent du succès portuaire

25 Mt de marchandises, 400 000 conteneurs et 1 000 escales : voilà les chiffres clés enregistrés par le Port Autonome de Kribi depuis l’inauguration commerciale d’avril 2017. Spectaculaire progression qui commence sur l’avant-pays maritime avec une dizaine de services de lignes régulières dont la rotation ASAF de CMA-CGM qui permet à Kribi d’être directement connecté à trois zones économiques spéciales chinoises (Shanghai, Ningbo et Qingdao).

Pétrole et gaz à l’export

Premier partenaire commercial et investisseur au Cameroun, la Chine s’impose comme le client-cible du PAK. Cela ne doit pas sous-estimer les services maritimes orchestrés depuis les hubs méditerranéens de Tanger Med et d’Algésiras et surtout la multiplication des touchés en feedering régional qui est partie intégrante de la stratégie industrielle et logistique du PAK. Aujourd’hui, outre les deux terminaux maritimes en eau profonde qui cumulent déjà plus de 600 mètres de linéaire de quais, les exports de pétrole et de gaz naturel font le gros des tonnages pondéreux exportés du PAK. Or, l’ambition politique de Yaoundé vise à consolider un vrai pôle de croissance socio-économique au sud du pays avec une zone logistique et industrielle qui doit permettre la transformation et la valorisation des produits de toute l’Afrique Centrale.

Vers un hub de valorisation logistico-industrielle régionale

 

Installations de l’ACC à Kribi © PAK

La zone industrialo-logistique attenante aux terminaux maritimes est encore en devenir avec des activités qui montent progressivement en puissance. Symbole de l’ambition camerounaise, l’implantation d’Atlantic Cocoa Corporation qui transforme les fèves de cacao camerounaise sur de plus de 5 hectares. Autre occupation intéressante, l’unité d’assemblage d’engins industriels de Tractafric pour servir les grands chantiers de travaux publics ou encore les exploitants forestiers. Ces derniers attendent beaucoup du potentiel de transformation manufacturier de Kribi comme l’atteste la présence de Kribi Inland Services ou de la SEPBC (Société d’exploitation des parcs à bois du Cameroun) qui veulent faire de leurs parcs à bois de vraies bases logistiques modernes au service des concessions au Cameroun, mais aussi au nord du Congo-Brazzaville ou encore du Gabon.

Une dizaine d’entreprises installées

Au total, près d’une dizaine d’entreprises déjà installées sur une zone industrialo-portuaire qui exige encore des investissements publics pour accueillir la vingtaine d’amodiateurs en attente d’installations et d’investissements superstructurels. Parmi elles, figurent de nombreuses entreprises industrielles qui veulent capitaliser sur la zone du PAK pour accélérer la transformation locale de productions régionales issues de l’agro-business notamment. Une cimenterie et une unité de broyage du ciment sont annoncées ainsi qu’une usine de fabrication de petits produits électroménagers et de climatiseurs. Cela met en perspective ce que le PAK qualifie de cluster industrialo-portuaire avec des synergies potentielles entre les différentes unités implantées dans le territoire productif aménagé.

De nombreuses étapes encore à compléter…

Parmi les freins au développement de la plate-forme industrialo-portuaire de Kribi figurent les connectivités modales terrestres. Dossier éminemment politique et géré depuis la Présidence et les ministères de tutelle à Yaoundé, la plupart des grands travaux a pris du retard. Les intérêts chinois financent, construisent et même vont exploiter l’un des tronçons les plus attendus et les plus stratégiques : celui qui va relier le complexe du PAK à Lolabé tout en garantissant le raccordement de 4,5 kilomètres entre la Régionale #8 (Yaoundé-Olama-Kribi-Campo) et la Nationale #7 qui relie Edéa à Kribi. D’un montant total de 260 MdFCFA, cette portion s’avère indispensable pour améliorer la connectivité intérieure de Kribi et drainer les potentiels de l’arrière-pays immédiat. Des opérateurs logistiques comme le groupe Bolloré, également exploitant du terminal à conteneurs, attendent beaucoup de ces connectivités routières qui permettraient à terme de rallier les routes qui partent vers les marchés enclavés du sud Tchad et de l’ouest de la République Centre Africaine.

LE réseau routier de Kribi
Maillage autoroutier indispensable à la connectivité logistique, industrielle et manufacturière du PAK. ©PAK

Autre tronçon stratégique essentiel qui débute simplement ses travaux, la route de 179 kilomètres qui doit connecter les villes d’Ebolowa et d’Akom II au port de Kribi. La mise en circulation prévue en 2023 constitue une artère de pénétration commerciale et logistique importante dans la stratégie d’influence du PAK. Le constructeur italien a commencé le bitumage pendant l’été 2020.
Dernier dossier qui ne semble pas encore vraiment un dossier, le possible embranchement ferroviaire du PAK sur l’actuel réseau de la Camrail, opéré en concession par le groupe Bolloré et qui relie aujourd’hui Douala à Yaoundé tout en continuant vers le nord enclavé via Bélabo et Ngaoundéré. Les opportunités de massification des frets ferroviaires demeurent un plus à offrir aux organisateurs de transport ainsi qu’aux importateurs et exportateurs de toute l’Afrique Centrale. Lors du webinar organisé par I-Conférences le 15 septembre, Roger Bafakan, conseiller technique du Ministère a admis que le raccordement ferroviaire de Kribi avec l’actuel réseau national n’est pas une priorité budgétaire du gouvernement camerounais.

Le port autonome de Kribi se consolide en étape

Michaël Mama, directeur de l’exploitation du PAK, a rappelé lors du webinar que Tanger Med ne s’était pas fait en une année ou en trois. La zone industrialo-portuaire et logistique continue son expansion, dans une logique d’aménagement stratégique du territoire national. Construction de type « greenfield », une telle infrastructure se consolide en étapes. La prochaine sera sûrement de rendre encore plus attractive la zone logistique et les futurs services. La politique foncière et tarifaire seront décisives pour fidéliser les investisseurs et opérateurs nationaux et internationaux. Les chiffres des six premiers mois de 2020 attestent d’une nouvelle progression du trafic total malgré la pandémie virale mondiale. Le seuil des 10 Mt n’est plus une utopie, c’est un objectif, après seulement quatre années pleines d’opérations.