Animaux vivants : des conditions de transport maritime catastrophiques

Une étude réalisée par Robin des Bois, en partenariat avec les ONG Animal Welfare Foundation et Tierschutzbund de Zürich, met en lumière les conditions de transport maritime des animaux vivants par des navires agréés par l’Union Européenne.

Les animaux vivants n’ont pas le droit aux mêmes conditions de transport maritime que les passagers lors des croisières. Le transport d’animaux vivants tend à se développer ces dernières années entre les pays producteurs d’Europe et les pays consommateurs du Moyen-Orient et d’Afrique.

Des navires agréés par l’Union européenne

Or, les conditions de transport de ces animaux, destinés à l’abattage, se réalisent dans des conditions que les organisations Robin des Bois, Animal Welfare Foundation et Tierschutzbund estiment catastrophiques. Le transport de bovins et d’ovins au départ d’Europe doit se faire par des navires bétaillères agréés par l’Union européenne. Le rapport réalisé par les trois ONG détaille le type de navires que l’UE a agréé.

Un navire converti et sous-normes

Pour les organisations, la bétaillère maritime type agréée par l’Union européenne « peut être qualifiée de navire sous-normes et de navire à démolir », indique le rapport. En analysant les 78 bétaillères maritimes agréées par l’Union européenne, le rapport tente de dresser un portrait de ce type de navire.

Des navires contaminés

En premier lieu, les navires sont généralement des unités de 41 ans, « contaminées à l’amiante, aux PCB et autres substances toxiques », précise le rapport. Généralement, il s’agit d’un navire destiné au transport de fret conventionnel ou en vrac qui a été converti à l’âge de 29 ans. Il mesure 100 m ou légèrement moins avec une jauge de 5200 tonneaux.

Pavillons de complaisance

Ce type de navire continue à accumuler les défauts. En effet, selon Robin des Bois, ce navire est immatriculé sous des pavillons de complaisance, comme le Togo, figurant sur la liste noire du Mémorandum de Paris. Il est contrôlé par une société de classification qui n’est pas membre de l’IACS (International Association of Classifications Society).

En moyenne, 32 déficiences

Et pour clore le chapitre de ses défauts, le navire a été détenu dans le cadre de la procédure du contrôle par l’État du port au moins cinq fois. Les inspections entreprises par les contrôleurs européens dénombrent en moyenne 32 déficiences qui vont du manque de certificat, des conditions de sécurité de navigation et d’incendie, des équipements de sauvetage et encore des conditions de travail et de vie à bord.

Un mal-être animal

La conversion des navires en bétaillères maritimes « ne prend pas en compte la sécurité et le bien-être des animaux », continue le rapport. Or, ces conversions peuvent avoir des conséquences importantes sur la structure du navire. « Le logement transitoire des animaux de ferme dans les ponts supérieurs les exposent à un mal être évident et à des fractures quand le navire est soumis dans les tempêtes à des effets de roulis bord sur bord. »

Des accidents dramatiques

En utilisant ce type de navires, les négociants en bétail mettent en péril la vie des animaux. Il est devenu meurtrier pour un bon nombre de bêtes. Ainsi, le naufrage en novembre 2019 du Queen Hind et celui du Gulf Livestock en août 2020 ont vu périr 42 hommes d’équipage 20 467 moutons. Pour Robin des Bois, « compte tenu de l’état de ces navires, il faut trouver une solution pour éviter le transport d’animaux vivants. Il faut privilégier la production animale locale », nous a confié un responsable de l’ONG.

La Sepab mène une réflexion sur un cahoer des charges du transport

Ce type de transport n’est pas l’apanage des autres États membres de l’Union européenne. En France, le port de Sète réalise une grande partie des exportations de bovins sur pied. La Sepab (Société d’exploitation du parc à bestiaux) a créé sur le port un hangar destiné à recevoir les animaux avant leur embarquement. Pour les responsables de la société de Sète, « il est devenu urgent de montrer de façon objective et réelle ce qu’il se passe dans les navires. La mise en évidence de ce sujet permet d’avoir une réflexion sur la problématique du bien-être animal à bord des navires. » Et la société de Sète mène un travail avec les ONG sur l’écriture d’un cahier des charges pour le bien-être animal à bord des navires.