Brexit : des premiers pas sans encombre

Le 1er janvier 2021, le Brexit est entré en vigueur. Les relations maritimes entre le Royaume-Uni et le continent se sont déroulées sans encombre sur les premières journées. La validité du système mis en place devra faire ses preuves sur le long terme.

Après le blocage de centaines de camions en camions en Grande-Bretagne en raison de l’apparition d’une nouvelle souche de la Covid 19 en fin du mois et un accord qui tardait à être signé, tous les signaux étaient au rouge le 20 décembre. Pour les opérateurs, un Brexit avec un « No Deal » devenait la seule issue. Il a fallu des négociations âpres entre le gouvernement de Boris Johnson et la Commission européenne pour qu’un accord soit finalement trouvé et signé le 24 décembre. Beau cadeau de Noël pour le monde des transports.

De nouvelles tâches administratives

Tunnel sous la Manche Brexit
Le Brexit a aussi pris effet pour le Tunnel sous la Manche dès le 1er janvier à 00h00. Le trafic y est resté fluide lors des premiers jours.

La signature de ce traité entre les deux divorcés et la possibilité pour les opérateurs routiers d’emprunter les liens maritimes et terrestres entre la Grande-Bretagne et le continent ont débloqué la situation. Dès le 1er janvier, les ports français de la Manche et de la Mer du nord ont pu travailler dans les nouvelles conditions. Si le régime des contrôles reste identique, ce sont les administratifs qui vont voir leur travail augmenter.

“Nous sommes sereins”

Sur le port de Calais, la direction est sereine. Dans un entretien, Jean-Marc Puissesseau, président du port, a déclaré à l’AFP, « nous sommes sereins. Les britanniques ont constitué des stocks au cours des précédentes semaines. De plus, le mois de janvier est un mois traditionnellement calme. » Pour le président du port, le trafic devrait revenir à la normale en mars ou en avril, lorsque les stocks constitués outre-Manche auront été écoulés. « Si par hasard il y a quelques détails que nous n’avons pas prévu, nous pourrons les corriger. » Sur les deux ports, la Région Hauts de France a investi 40 M€ pour se donner les moyens de la réussite de ce Brexit.

Brexit et Irlande à Dunkerque

GPM Dunkerque Rosslare
Le 3 janvier, l’Optima Seaways est entré à Dunkerque pour inaugurer la liaison entre le GPM de Dunkerque et Rosslare en Irlande.

Le port de Calais et le Grand port maritime de Dunkerque assurent 70% des échanges entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Sur la place de Dunkerque, les premiers navires opérants entre les deux rives de la Manche ont pu réaliser leurs rotations sans encombre. Au Grand port maritime de Dunkerque, le Brexit signifie aussi la mise en service de la nouvelle ligne avec l’Irlande. Le 2 janvier, le Optima Seaways, navire de DFDS a quitté le port de Rosslare à 14h00. Le lendemain à 15h00, le navire est entré à Dunkerque avec 120 camions, remorques non accompagnées et chauffeurs. Trois navires seront alignés sur cette route. En plus de l’Optima Seaways, le Kerry et le Visby viendront renforcer cette liaison avec six départs hebdomadaires.

Dieppe, Cherbourg et Caen au rendez-vous

Plus au sud, Ports de Normandie a reçu les premiers navires en provenance du Royaume-Uni. Le Seven Sisters, armé par DFDS, a touché Dieppe le 2 janvier au matin. Il a été suivi par le Cotentin, navire de Brittany Ferries, à Cherbourg en provenance de Poole. Enfin, l’Armorique, appartenant à Brittany Ferries, est entré le même jour à Caen. Le président de la Région Normandie, Hervé Morin, a salué les efforts menés par les équipes des ports pour permettre aux liaisons d’être assurées avec de la fluidité.

« Je tenais à être présent à l’arrivée de premier navire-Brexit et à saluer la capacité d’adaptation des équipes, dans un contexte où l’incertitude liée aux conditions de mise en œuvre du Brexit a dominé et où le contexte sanitaire n’a fait que compliquer encore les choses. J’ai pu ainsi constater que tout a été fait pour que l’économie normande ne soit pas pénalisée et que nos 3 ports transmanche sachent tirer profit de ce nouveau contexte. En fonction de la façon dont les choses se dérouleront dans les mois qui viennent, nous saurons adapter nos ports normands pour qu’ils restent très compétitifs. » a déclaré Hervé Morin.

Un investissement de 8 M€

Dans les ports normands, l’investissement a été conséquent pour s’adapter. Sur les trois ports, l’autorité a investi plus de 8 M€. Cette enveloppe a permis de rétablir une frontière physique avec de nouveaux postes douaniers, des espaces de contrôle douanier et une nouvelle organisation du terminal à Cherbourg.

De plus, l’autorité portuaire a créé des postes de contrôle pour l’administration douanière, les services vétérinaires et phytosanitaires. Les agréments pour les Postes d’Inspection Frontaliers (PIF) pour les ports régionaux de Dieppe (chevaux), Cherbourg (chevaux, viviers) et Caen-Ouistreham (tous animaux1) ont été validés par la Commission Européenne. Caen-Ouistreham et Cherbourg ont obtenu un niveau d’agrément supérieur (plus d’espèces concernés) aux grands ports transmanche du Détroit, a ajouté le président de la Région.

L’implication des Douanes dans ce dossier

Les Douanes ont aussi participé à l’effort. Les services français ont investi plus de 70 M€ dans de nouveaux systèmes informatiques et recrutées 700 agents. Le directeur général des Douanes de Dunkerque, Gilbert Beltran, a rappelé à l’AFP que le Brexit ne signifie pas plus de contrôles. Nos systèmes d’information et d’analyses assureront le contrôle des marchandises ».

En effet, les Douanes ont développé le système SI Brexit. Il permet ainsi, d’indiquer au chauffeur de l’orienter selon ses caractéristiques (pas de contrôle ; contrôle douanier à effectuer ; contrôle véto-phyto à effectuer). Le développement informatique propre au port permet de suivre l’évolution du statut de la remorque sur le port et de la libérer le cas échéant.

Rotterdam et Anvers ont affuté leurs armes

En France, les ports se sont préparés à toutes les éventualités pour le Brexit. Les ports concurrents d’Europe du nord ont aussi aiguisés leurs armes. Au port de Rotterdam, l’autorité a investi dans un parking pour éviter l’engorgement du terminal. Il a mis en place un système informatique obligatoire pour les opérateurs afin de conserver la fluidité du port. Quant au port d’Anvers, il assure principalement des liaisons avec le Royaume-Uni par des navires conteneurisés et conventionnels. Il est moins exposé aux changements que le Brexit peut apporter.

Un premier round avant d’entrer dans le vif du sujet

Ces premiers jours démontrent de la bonne préparation des différents ports concernés par le Brexit. Il s’agit d’un round de chauffe avant d’entrer dans le vif du sujet. Les fêtes ont ralenti l’économie. La recrudescence de cas en Europe a amené certains gouvernements à décider d’un nouveau confinement. L’économie devrait encore se ralentir. Il faudra attendre plusieurs semaines pour voir le trafic Transmanche revenir à un niveau normal. Il appartient maintenant au port de Douvresde  démontrer sa capacité à assurer la fluidité du passage. La crise du mois de décembre a montré que le port du Kent pouvait rapidement arriver à saturation.

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