Brittany Ferries annonce la commande de deux ferries hybrides

Brittany Ferries a annoncé, le 20 juillet, la commande de deux navires hybrides. Ces navires dotés d’une technologie hybride entre GNL et électricité seront alignés entre Saint Malo et Portsmouth et Caen/Portsmouth. Une commande qui se réalise dans un contexte économique compliqué et avec l’attente des opérateurs d’une décision sur le Fontenoy du maritime.

Après une année 2020 difficile en raison de la crise sanitaire, Brittany Ferries a entamé 2021 sous le signe d’une double crise. « Nous subissons la crise sanitaire qui affecte nos trafics mais aussi les conséquences du Brexit. Malgré ces éléments, nous avons décidé de maintenir le plan de renouvellement de la flotte », a commencé par déclarer Jean-Marc Roué, président de Brittany Ferries, lors d’une conférence de presse le 20 juillet.

Deux navires commandés en Chine

Ce renouvellement de la flotte s’est concrétisée par la commande de deux nouvelles coques. Les deux navires ont été commandés par Stena auprès de chantiers chinois. Ils seront ensuite affrétés par Brittany Ferries auprès de l’armement suédois. Après une période de quatre ans, l’armement roscovite disposera d’une option d’achat pour ces deux navires.

Acquisition des navires par les deux SAS

L’investissement se réalise avec les deux SAS du groupe, la Somanord, pour la Normandie, et la Somabret, pour la Bretagne. Concrètement, pendant la période d’affrètement Brittany Ferries règlera à Stena les frais d’affrètement. Lors de la levée d’option, les deux SAS achèteront chacune un navire. Les loyers payés par Brittany Ferries seront ensuite versés à chacune des SAS. Ils couvriront les amortissements et les charges nécessaires des navires.

Un montage déjà expérimenté

Un modèle financier que Brittany Ferries a déjà expérimenté au cours de son histoire. En effet, l’acquisition du Galicia et du Salamanca se réalisent sur le même schéma. « Acheter directement les deux navires nous coûterait 400 M€. En utilisant ce système, l’investissement sera de 200 M€ en raison de la perte de la valeur des navires au bout de quatre ans », indique Jean-Marc Roué, président de l’armement.

Des navires pour Saint Malo et Ouistreham

Les deux navires sont prévus d’être livrés en 2024 et 2025. Ces deux nouvelles unités opèreront sur les lignes St Malo/Portsmouth et Caen-Ouistreham/Portsmouth. Le choix de leur gabarit et de leur mode de propulsion a été opéré spécifiquement et de façon optimisée en fonction de leurs deux ports d’attache.

En remplacement du Bretagne et du Normandie

L’acquisition de ces deux navires s’inscrit dans le plan de renouvellement de la flotte de l’armement. Après la réception du Galicia, Brittany Ferries a commandé les Salamanca, qui soit être livré dans les prochains mois, et le Santonia, à venir l’année prochaine. L’entrée en flotte des deux navires commandés se fera pour remplacer le Bretagne et le Normandie. Chacun de ces navires a navigué pendant 30 ans sous les couleurs de Brittany Ferries. Les deux futurs unités seront affectées aux lignes avec Portsmouth. L’un ira sur la liaison partant du port de Saint Malo, l’autre depuis Caen-Ouistreham.

Des navires hybrides: GNL et électricité

Si le schéma de financement de ces deux futurs navires reste original par rapport à l’acquisition des précédents navires, les deux unités cumulent aussi les nouveautés technologiques. Ces navires seront équipés d’un système hybride alliant la propulsion au GNL et l’électricité. « Il s’agit d’une première pour un navire opérant sur le Transmanche », indique Jean-Marc Roué.

Ces deux navires s’inscrivent dans la trajectoire environnementale de l’armement. Après la commande des Salamanca et Galicia, deux navires propulsés au GNL, les deux prochains vont associer à cette propulsion un système électrique.

Une réduction des GES de 10% à 20%

L’introduction du système hybride optimisé, permettra à terme d’atteindre une réduction totale de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre entre 10 et 20%. Cette performance est appelée à progresser au fur et à mesure de l’installation des prises de courant à quai dans les ports permettant le rechargement des batteries par un courant de terre. Dans l’intervalle ces batteries seront rechargées par le système hybride/GNL* du navire. Ces équipements seront mis en place dès l’après 2025 grâce aux investissements conséquents consentis tant par la Région Bretagne que par la Région Normandie.

Manœuvres portuaires en mode électrique

« L’avantage de ce système, explique Frédéric Pouget, directeur de l’armement, permet de réaliser les manœuvres portuaires et les temps d’escale avec l’utilisation de l’électricité. En adoptant ce système nous voulons répondre aux attentes des citoyens qui souhaitent minimiser les impacts du trafic ».

Les ports de Saint Malo et Caen en rénovation

De plus, lors des escales dans les ports, les navires utiliseront le branchement à quai pour charger les batteries. Un système qui est mis en place par les opérateurs des ports. À Saint Malo, la Région, propriétaire du port, entame des travaux de réfection de l’ensemble de la gare maritime. La mise en place du branchement à quai sera réalisée dans le cadre de ces travaux. Sur le site de Ouistreham, Ports de Normandie, le concessionnaire, et la Région Normandie réalisent des études. « Nous avons réalisé des travaux pour souter les navires au GNL. Pour le branchement à quai et les autres modes de propulsion comme l’ammoniaque et l’hydrogène, nous attendons de voir les évolutions techniques avant de nous lancer dans les travaux », a rappelé Pierre Vogt, conseiller Mer à la Région Normandie.

Baisse du volume fret

L’investissement dans ces nouvelles coques se réalise dans un contexte économique compliqué. Sur le fret, la baisse de capacité alignée pendant les premiers mois de l’année a eu un effet de baisse sur le volume de trafic. Sur la période hivernale, le trafic fret a perdu entre 15% et 20%. Depuis la fin du confinement en Europe, le trafic reste en dessous de celui de l’année passée. « Il est encore difficile de pouvoir attribuer ces baisses au Brexit ou à la crise sanitaire », indique Jean-Marc Roué.

Un frémissement sur l’Irlande à Cherbourg

Pourtant sur certaines liaisons, des frémissements se manifestent. Sur le port de Cherbourg, le responsable Mer de la Région Normandie constate une légère progression du trafic vers l’Irlande. Globalement, la direction de Brittany Ferries se veut plus pessimiste. Une partie du fret a glissé vers d’autres ports d’Europe du Nord. « Alors quand nous voyons l’arrivée de deux futurs opérateurs sur le détroit, Irish Ferries et Blue Channel Line, dans un marché déprimé, nous avons des inquiétudes ».

Fontenoy du Maritime: dans l’attente d’une réponse

Face à ce contexte économique et dans une situation difficile pour les opérateurs ferries, Jean-Marc Roué a appelé le gouvernement à se saisir du sujet. Le Fontenoy du maritime, sorte de Grenelle pour la filière, tarde à rendre ses décisions, indique le président de l’armement roscovite. Il demande des décisions fortes. Il souhaite, comme les autres opérateurs au ferry, que soit mis en place le « net wage » pour les marins, d’une part. Cette mesure doit permettre de ne pas payer les cotisations salariales des marins qui sont prises en charge par l’État. Les cotisations patronales sont déjà remboursées.

Arrêter l’érosion des dispositifs fiscaux

D’autre part, Jean-Marc Roué a demandé que soit bâti un cadre fiscal de long terme pour le milieu maritime afin de favoriser l’investissement. Une revendication que le délégué général d’Armateurs de France, Jean-Marc Lacave, a appuyé. « Nous disposons du crédit-bail et de la taxe au tonnage. Or, ces dispositifs s’estompent au fur et à mesure des années. Il faut leur redonner de la vigueur pour inciter les banques à soutenir l’investissement maritime. »