DHL Global Forwarding : la situation dans la conteneurisation ne va pas s’améliorer

Dans son rapport sur l’état du monde maritime à fin septembre, DHL ne laisse que peu d’espoirs d’un retour à des conditions normales des échanges sur les liaisons est-ouest. Les taux de fret continuent de croître et la capacité est géré au plus près par les armateurs qui n’hésitent pas à annuler des services.

La publication le 30 septembre des prévisions pour le mois d’octobre par DHL Global Forwarding ne laisse pas un espoir d’un retour à la normale dans les prochaines semaines. En 2021, ce seront environ 158 MEVP qui seront transportés par voie maritime, dont 43,5 MEVP en intra-Asie. Ce chiffre pourrait croître de 3,9% par an en moyenne au cours des prochaines années. Comme l’a souligné à de maintes reprises Jérôme de Ricqlès, expert maritime chez Upply, « il est important de retrouver une métronomisation des services ».

Europe: une hausse généralisée des taux de fret

Les taux de fret des flux destinés à l’Europe s’affichent tous en hausse pour le mois d’octobre, selon le commissionnaire. Seuls les échanges entre l’Amérique Latine et l’Europe pourraient connaître une stabilité au cours des semaines à venir. La hausse des taux de fret s’accompagne d’une stabilité de la capacité offerte par les armements. Pire, les liaisons entre le Moyen-Orient et l’Afrique du nord vers l’Europe pourraient enregistrer une baisse de la capacité offerte.

Transpacifique: une forte hausse attendue

Ainsi, si la situation en Europe reste critique, elle s’affiche dans de pires conditions pour les autres continents, indique DHL Global Forwarding. Les liaisons sur l’Amérique du Nord indiquent des taux de fret en augmentation depuis tous les autres continents avec une hausse encore plus forte pour les conteneurs en provenance d’Amérique Latine et de la zone Asie Pacifique. Dans ce contexte, l’offre devrait encore se réduire pour les trafics depuis l’Amérique Latine, l’Asie et le Moyen-Orient. Les opérations avec l’Europe et l’Afrique sub saharienne devrait connaître une stabilité de la capacité.

Asie-Europe: forte baisse de capacité

Du côté de la zone Asie-Pacifique, la situation s’avère encore plus critique pour le commissionnaire. Les taux de fret depuis l’Europe, l’Amérique Latine et en intra-régionale indiquent une forte augmentation. Sur le Transpacifique, entre l’Asie et l’Amérique du Nord, les taux de fret devraient se stabiliser. Quant aux capacités offertes, elles sont en forte baisse pour les liaisons avec l’Europe, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Océanie. Elles devraient faiblement se réduire pour les services avec l’Amérique du Nord et se stabiliser dans les opérations entre l’Amérique Latine et l’Asie.

Asie/Moyen-Orient: des services en forte dégradation

Le rapport mensuel de DHL Global Forwarding met en lumière les liaisons entre l’Asie et le Moyen-Orient. Le commissionnaire estime qu’il faudrait une cinquantaine de navires pour assurer les liaisons entre ces deux régions. « Le 14 septembre, indique le rapport, seuls 29 navires assurent des rotations ». Et, pour continuer dans cette dégradation de service, le commissionnaire indique que la moitié des escales sont annulées. De plus, pour aggraver encore plus la situation, Hapag Lloyd a annoncé la fin des escales dans le port de Jebel Ali à compter du mois de septembre. Elles reprendront en décembre. Pour le président de l’armement allemand, la situation est encore plus tendue sur les liaisons Transpacifique et entre l’Asie et l’Europe. Un constat qui a amené l’armateur a transférer une partie de sa capacité sur les liaisons à forte demande.

Manque de navires et congestion portuaire

« Outre les 40% de capacité qui manquent sur ces liaisons, les services auraient besoin d’encore plus de navires pour faire front à la congestion portuaire. De plus, de nombreux navires ont été redéployés sur les autres services est-ouest où la demande est très forte. » Pour appuyer ce raisonnement, DHL Global Forwarding constate que les lignes Asie-Europe et Transpacifique ont vu leur nombre de navires augmenter de façon importante. Ainsi, entre l’Asie et l’Amérique du Nord, la capacité a augmenté de 30,6% en un an. Habiller un service n’a pu se faire qu’en retirant de la capacité sur un autre et, en l’occurrence, les liaisons Asie Moyen-Orient ont pâti de ces changements.

60 navires en attente devant Los Angeles

Cette situation tendue sur les marchés conteneurisés est exacerbée par une congestion portuaire sans précédent. Dans son examen de la situation, DHL rapporte que 60 navires ont été en attente devant les ports de Los Angeles et Long Beach en septembre. Des conditions qui sont aggravées par un manque d’équipement en transport terrestre pour évacuer les boîtes.

La détérioration des conditions terrestres aux États-Unis

DHL indique dans son rapport mensuel qu’un grand nombre de conteneurs ne peuvent pas être déchargés en raison d’un manque d’espace dans les entrepôts. Alors les temps d’attente des conteneurs s’allongent « dramatiquement » souligne DHL ainsi que les délais de livraison vers les clients finaux. Le temps d’attente pour charger un conteneur sur un camion dépasse les sept jours dans les ports de New-York, Chicago, Norfolk, Charleston, Miami, Nouvelle Orléans, Houston, Long Beach, Portland et Seattle. Si le routier ne peut répondre à la demande, le ferroviaire s’inscrit dans la même veine. Il faut attendre de 6 à 8 semaines pour charger un conteneur sur un train.

Annulation d’escales en Europe

La congestion portuaire ne touche pas uniquement l’Amérique du Nord. Les armateurs ont décidé de revoir leurs dessertes en fonction des « contraintes opérationnelles en Europe du Nord », indique le rapport mensuel de DHL Global Forwarding. L’alliance 2M (Mærsk-MSC) a décidé de retirer des escales à Hambourg, Anvers et Le Havre pour six de ses services. De plus, sept navires vont retarder leur départ au cours du dernier trimestre.

Les armateurs refusent des réservations

Enfin, dans ce rapport, DHL revient sur la situation avec l’Afrique sub saharienne. Sur la partie méridionale du continent, les espaces à bord des navires restent limités. Pour le commissionnaire, les taux de fret devraient augmenter au dernier trimestre de cette année avec des annulations d’escale dans les prochaines semaines. Sur l’Afrique de l’Ouest, la question relative aux espaces demeure un enjeu avec une hausse des taux de fret attendue en fin d’année. « Les opérateurs refusent de donner des taux de fret sur le long terme », indique le commissionnaire. Quant aux taux pour le moyen terme, ils s’affichent en hausse. Enfin, en Afrique de l’Est, la situation est tout aussi tendue. Certains armateurs ont même été jusqu’à ne plus prendre de réservation pour les prochaines semaines en raison de la congestion dans certains ports du Moyen-Orient.