Assurances : moins de pertes de navire mais des risques élevés

Dans son rapport annuel 2020, Allianz Global Corporate & Speciality dresse un bilan de la sinistralité dans le monde. Le nombre de pertes totales diminue mais le gigantisme des navires augmente l’exposition des risques, aggravée par la crise sanitaire.

49 pertes en 2020

En 2020, le nombre de pertes totales des navires est resté stable comparativement à l’année précédente. Avec 49 pertes totales en 2020, contre 48 un an plus tôt, la sinistralité se stabilise. « Le nombre de navires en perte totale a été divisé par deux en dix ans, de 2011 à 2020. Cependant, l’année passée a été la première sur cinq ans à ne pas voir la sinistralité se réduire », note le rapport annuel de Allianz Global Corporate & Speciality.

88 sinistres en moyenne par an

Cette évolution enregistrée sur 2020 ne doit pas cacher la tendance générale des dix dernières années. Sur la décennie passée, le nombre moyen de pertes totales s’élève à 88. « Une baisse qui reflète les effets positifs d’une plus grande attention aux questions de sécurité et notamment sur l’amélioration du design des navires, la technologie et la gestion des risques », continue le rapport.

Le tiers des pertes totales en mer de Chine

Les pertes totales des navires en 2020 se sont concentrées en Mer de Chine, Indonésie et Philippines. Avec 16 sinistres, en augmentation, cette région représente le tiers des pertes totales de l’année. La mer Noire et l’est de la Méditerranée arrivent en seconde position et sont en hausse d’une année sur l’autre. Pour clore le podium, la mer Rouge a vu une augmentation du nombre de pertes totales.

Première cause des sinistres: destruction et échouage

Les vraquiers et les cargos pèsent 40%

Si la presse se fait l’écho des sinistres de porte-conteneurs et de rouliers, comme l’Ever Given, le Golden Ray et d’autres, en 2020, ce sont les vraquiers et les cargos qui ont le plus souffert. Ensemble, ces deux catégories ont représenté 20 pertes totales. Pour leur part, les porte-conteneurs n’ont enregistré qu’une perte totale. Enfin, les pétroliers et les chimiquiers ont enregistré une seule perte totale pour chaque catégorie.

Les vraquiers et les cargos pèsent 40%

Ces pertes totales sont avant tout le fait de navires qui ont coulé à hauteur de 24 cas en 2020. Cette cause des sinistres demeure la principale en 2020 mais s’est nettement réduite au cours de la décennie passée. En 2020, la seconde cause de sinistre est attribuée aux explosions et aux incendies. Avec 10 cas, l’année 2020 s’établi dans la moyenne de la dernière décennie. La troisième cause des sinistres vient des échouages.

Crise sanitaire et gigantisme: deux préoccupations des assureurs

Après avoir exposé les chiffres annuels, AGCS revient sur les évolutions du marché. En 2020, la crise sanitaire a touché directement le monde maritime avec des effets, limités, jusque pour les assureurs. De plus, le gigantisme des navires que ce soit pour les porte-conteneurs ou les vraquiers implique une plus grande exposition aux risques. Encore, les pertes de conteneurs en mer demeurent un sujet de préoccupation.

Crise sanitaire: principaux effets sur le roulier et la croisière

La crise sanitaire a eu pour principal effet, en 2020, de ralentir la croissance économique mondial. Par effet de domino, certains secteurs comme le roulier et la croisière ont enregistré des baisses. Les autres filières ont connu peu d’effets de la crise sanitaire. La principale conséquence de la Covid 19 s’est portée sur les relèves d’équipage. « De mars à août 2020, seulement 25% des relèves ont été assurées », indique le rapport d’AGCS.

Pour l’assureur, cette crise a mis en lumière les conséquences sur la santé, la sécurité et les normes en vigueur dans le maritime. « En plus de l’aspect humanitaire, il existe un risque que le manque de relève accroît la fatigue des équipages pouvant entraîner des erreurs humaines et éventuellement des accidents graves.

Des contrats qui ont été au-delà de la limite des 11 mois

Et AGCS de préciser qu’un contrat en mer doit s’étendre sur 11 mois, selon les normes de l’Organisation mondiale du travail. La crise sanitaire a amené les marins à rester parfois au-delà de cette limite. Pour éviter que la propagation du virus en 2021 ne touche le secteur trop fortement, l’OMI a mis en place un plan pour assurer les relèves.

Les conséquences de la crise sanitaire sur les équipages s’est concrètement matérialisée par l’accident du Wakashio en juillet 2020. Le navire s’est échoué au large de l’Île Maurice déversant plusieurs tonnes d’hydrocarbures. Le rapport d’accident indique que certains membres d’équipage ont accumulé plus de 12 mois à bord. Ils n’ont pu débarquer en raison des restrictions sanitaires.

Peu d’effets avec mise à l’ancre de navires

Pour les assureurs corps, l’impact de la pandémie a été limité, indique le rapport d’AGCS. L’exposition à des risques est principalement liée à la mise à l’ancre des navires. Les unités de croisière à l’ancre en Floride ont été particulièrement exposée à des risques pendant la période cyclonique.

Gigantisme et supply chain: l’effet Ever Given

Parmi les autres dossiers préoccupants pour les assureurs, le gigantisme des navires créé une accumulation des risques. Et dans ce dossier, le blocage du canal de Suez par l’Ever Given a révélé les limites du secteur. Plusieurs centaines de navires ont dû patienter devant le canal avec, à leurs bords, des milliards de $ de marchandises.

Des sinistres engageant des navires gigantesques se sont faits jour. Ainsi, dans la croisière, le Costa Concordia a coûté plus de 2Md$ pour les assureurs. L’Ever Given devrait coûter aux assureurs responsabilité quelque 600M$. Avec ces sinistres, les pertes de conteneurs en mer prennent un nouvel essor avec des chargements de plus en plus importants.

Une année record en pertes de conteneurs

Ces pertes de conteneurs ont pris une dimension particulière l’an passé. En 2020, l’assureur a relevé la perte de plus de 3000 conteneurs, la pire année depuis 2015. Plusieurs facteurs expliquent cette progression : la taille des navires, évènements météo plus forts, la hausse des taux de fret et des fausses déclarations. « En plus de ces éléments, la question de l’arrimage des conteneurs à bord intervient », indique le rapport.

Vraquiers: les VLOC souffrent de leurs faiblesses structurelles

Si l’actualité se concentre sur les effets pour les porte-conteneurs, l’assureur s’inquiète aussi de la situation des vraquiers VLOC (Very Large Ore Carriers). Parfois converties depuis des unités de plus faible tonnage, aux faiblesses structurelles de ces navires s’ajoutent les conséquences de la liquéfaction de certaines marchandises. Les VLOC issus d’une conversion commencent à quitter le marché pour voir des navires neufs.

En 2021, les risques demeurent élevés

Finalement, si l’année a été par certains points de vue, meilleure pour le monde maritime, la reprise économique en 2021 pourrait remettre sur le devant de la scène les risques. Des navires de plus grande taille, des phénomènes de blocage portuaire comme il en a existé en 2021 à Yantian et à Ningbo et une demande en forte croissance sur les premiers mois de l’année, sont autant d’éléments qui augmentent les risques.