La stratégie portuaire nationale pour une reconquête des trafics

Le 13 avril, l’Union des Ports de France a organisé un webinaire sur la stratégie nationale portuaire. Nicolas Trift, sous-directeur de la DGITM, nous a apporté des précisions sur les objectifs de la nouvelle politique portuaire.

Après avoir promulgué en janvier la stratégie nationale portuaire (SNP), l’Union des Ports de France a invité l’administration portuaire dans un débat sur l’objectif de cette politique. Le sous-directeur des ports et du transport fluvial à la DGITM (direction générale des infrastructures et du transport maritime), Nicolas Trift, est venu apporter des précisions sur l’orientation de cette politique.

Un travail collaboratif

La SNP est le fruit d’un travail collaboratif entre toutes les parties intéressées, a commencé par indiquer le sous-directeur. Ce document se veut « agile pour évoluer au regard des différents éléments pouvant intervenir comme le Brexit et la transition écologique ».

Quatre ambitions

Cette stratégie répond à quatre ambitions a continué Nicolas Trift. En premier lieu, elle doit placer les ports comme un maillon essentiel au cœur des chaînes logistiques internationales. Ensuite, les ports doivent être perçus comme des outils pour le développement des territoires. En troisième ambition, Nicolas Trift a souligné l’intérêt des ports pour devenir des « accélérateurs de la transition écologique ». Enfin, ils doivent être des moteurs dans la transition écologique et numérique.

Reconquérir des parts de marché

Ces ambitions doivent permettre aux ports français de partir « à la reconquête de leurs parts de marché » dans le concert européen. Pour le sous-directeur de la DGITM, la SNP « fixe une ambition forte de gains de parts de marché sur les trafics de conteneurs, cet objectif s’inscrit dans la tendance générale de conteneurisation du transport des marchandises diverses. Elle n’oublie pas certaines marchandises traditionnellement transportées en vrac », nous a confié Nicolas Trift.

Développement des zones logistiques

Sans renier les vracs liquides et secs, « les grands ports mondiaux et les ports en forte croissance se retrouvent aujourd’hui parmi les ports conteneurisés. La croissance tendancielle de ce trafic, liée au développement du commerce de produits manufacturés et au e-commerce, offre des perspectives de croissance sur le moyen et le long-terme pour les ports. Elle doit s’accompagner par l’optimisation et le développement des zones logistiques qui permettent de capter et de fidéliser ces flux. Cela passe aussi par un développement de la connexion des ports avec les modes massifiés (ferroviaire et fluvial) qui augmentent considérablement les capacités de pré et post-acheminement des conteneurs tout en limitant les impacts sur l’environnement. Il s’agit d’un type de trafic sur lequel le potentiel de gains de parts de marché est important pour les ports français. »

Réindustrialisation de la France

Ainsi, dans la stratégie du gouvernement, les zones industrialo-portuaires apparaissent comme un levier de croissance. Et dans ce cadre, le gouvernement souhaite que les ports deviennent des lieux de réindustrialisation de la France. « L’objectif est de passer d’un port aménageur à un port entrepreneur en devenant un partenaire », a continué Nicolas Trift.

Un plan de relance pour le ferroviaire et le fluvial

De plus, le sous-directeur a insisté sur la capacité des ports français à développer une offre multimodale. Le plan de relance pour le ferroviaire et le fluvial a déjà été adopté. Une enveloppe de 175M€ a été décidée pour permettre aux modes massifiés de prendre une place dans la desserte portuaire.

La SNP transcende l’aspect ultramarin

Cette stratégie nationale portuaire doit maintenant entrer en action. Sa déclinaison dans les territoires doit se faire. « Même si la SNP n’aborde pas les ports ultramarins, elle transcende cet aspect pour se décliner sur tous les territoires français », a souligné Éric Legrigeois, président du directoire de Port Réunion. Ces ports sont confrontés à une autre concurrence internationale notamment dans le transbordement de conteneurs. « À la Réunion comme dans d’autre sports ultramarins, nous sommes dans un espace contraint. Nous devons surtout renforcer les chaînes logistiques des habitants de nos îles ».

À l’écoute des territoires

En Métropole, l’implication des ports dans le développement du territoire apparaît aussi comme un levier de développement. « Les autorités régionales et départementales nous demandent d’apporter de la valeur ajoutée pour le territoire. Nous travaillons au plus près des territoires », a indiqué Philippe Deiss, directeur général de Ports de Normandie.

L’observatoire de la performance portuaire

Face à cette stratégie, le Cimer a décidé de créer un observatoire de la performance portuaire et de la performance des ports. « L’observatoire de la performance portuaire et des chaînes logistiques permettra d’évaluer régulièrement la performance des ports, non seulement sur les volumes et les types de trafics, mais également sur d’autres axes : compétitivité-prix et fluidité du passage portuaire, développement économique du port et de son hinterland, transition écologique et transition numérique… », a ajouté Nicolas Trift.

Profiter des mutations industrielles

Pour le responsable de la DGITM, les activités liées aux mutations industrielles et aux innovations technologiques dans l’énergie et la transition écologique « réalisées sur l’espace portuaire et son hinterland sont génératrices de nouveaux revenus pour les GPM et induisent de nouveaux trafics. C’est pourquoi la SNP promeut le modèle du « port entrepreneur » capable de mettre en œuvre des stratégies offensives de remontée de valeur ajoutée et d’orienter les investissements pour développer l’attractivité de sa zone portuaire et, au-delà, de son l’hinterland. »

Une mission sur l’attractivité des zones portuaires

Dans ce contexte, Nicolas Trift nous a confié que le premier ministre a décidé de lancer une réflexion sur des mesures permettant de dynamiser l’attractivité des zones industrialo-portuaires et d’améliorer leur compétitivité vis-à-vis de leurs concurrents européens.

Gouvernance: l’absente du débat

Le débat entre responsables portuaires et administration nationale n’a abordé que brièvement la gouvernance des ports. Stéphane Raison, préfigurateur et directeur général de Haropa, déclarait à l’époque que la gouvernance sera adaptée à cette stratégie.