Vracs secs : un premier trimestre tiré par la demande chinoise en matières premières

La publication des résultats des armements spécialisés dans le vrac sec montre une forte progression des bénéfices. Une hausse qu’il faut comparer à un premier trimestre 2020 en pleine crise sanitaire.

Au premier trimestre 2020, avec la crise sanitaire, les armements de vracs secs ont enregistré une baisse notable de leur revenue. La fermeture des usines en Chine et la baisse généralisée dans le monde de la production industrielle a ralenti les approvisionnements en matière première.

Un Capesize à 25 000$/j

Avec la reprise économique au second semestre, les armements de vracs secs ont vu leur activité progresser. Cette tendance des derniers mois 2020 a continué au premier trimestre 2021. Ainsi, au début du mois d’avril, un Capesize s’évalue aux environs de 25 000$/jour contre 11 000 $/jour en juillet 2020.

Une baisse par rapport au dernier trimestre de 2020

Dans son rapport trimestriel Golden Ocean Group indique qu’au premier trimestre 2021, 1 164 Mt ont été transportées dans le monde. « Une légère baisse par rapport au quatrième trimestre 2020 qui s’est établit à 1 179 Mt mais une progression de 4,2% par rapport au premier trimestre 2020 touché par la pandémie ».

Minerais de fer: +8%

Les différents secteurs du transport de vracs secs sont en hausse au premier trimestre. Les minerais de fer ont progressé de 8% vers la Chine. Le différend commercial avec l’Australie a amené les acheteurs chinois à se tourner vers les miniers brésiliens. En se tournant vers le Brésil, la demande en Capesize a fortement augmenté, en raison de la distance entre le Brésil et l’Australie.

Charbon: la Chine passera au vert à partir de 2026

Du côté du charbon, le volume transporté dans le monde a augmenté de 1,8%. Avec un hiver froid en Chine, et des approvisionnements qui ne viennent plus d’Australie, la demande a augmenté pour les Panamax. Si le gouvernement chinois a indiqué vouloir passer à des sources d’énergie verte, le charbon devrait malgré tout continuer d’augmenter dans la production électrique chinoise jusqu’en 2026, indique le rapport trimestriel de Golden Ocean Group. Aujourd’hui, 70% de la production électrique chinoise provient de centrale thermique.

Enfin, les produits agricoles ont augmenté de 5,5% au cours de ce premier trimestre. Cette filière pèse environ 12% de l’ensemble des vracs secs transportés dans le monde au premier trimestre.

Hausse des taux de fret de 25%

Ces conditions économiques ont permis aux opérateurs de bénéficier d’une progression de leurs résultats à périmètre constant. Ainsi, Genco Shipping annonce un chiffre d’affaires en retrait de 10,8% en raison de la baisse du nombre de navires opérés. L’analyse en détail montre que cette baisse a été partiellement compensée par la hausse des taux de fret. En effet, sur le premier trimestre, le revenu moyen par navire s’est établit à 12 197$/jour en 2021 contre 9 755 $/jour en 2020, soit une progression de 25%.

Star Bulk: 13 632$/j pour les Ultramax

L’armement américain Star Bulk affiche une hausse de 24,6% de ses revenus à 200,4 M$. Le revenu moyen par charte (équivalent au gains réalisés lors de l’affrètement du navire déduit des frais de mise à disposition et d’amortissement) a augmenté de 57,2% à 156,3 M$, soit, rapporté à la journée, un taux de 15 461 $/jour.

Opérant dans différents secteurs du vrac sec, Star Bulk annonce un revenu de 17 986$/j pour les navires de type Capesize et Newcastlemax, de 14 791$/j pour les Post Panamax, Kamsarmax et Panamax et de 13 632 $/j pour les Ultramax et Supramax.

Augmentation de 150% des taux de fret

Dans le segment des navires plus petits, Supramax et Handysize, Pacific Basin annonce des résultats en forte progression comparativement au premier trimestre 2020. « Les taux de fret pour les Handysize, navires de 38 000 tpl) et les Supramax (58 000 tpl) ont évolué entre 14 010 $/jour et 15 800 $/jour au cours de ces trois premiers mois de l’année. Cela représente une hausse de 150% par rapport au premier trimestre 2020. Traditionnellement, entre les fêtes de Noël et le Nouvel an chinois le marché ralenti. Cette année, ce ralentissement n’a pas eu lieu. Au contraire, les marchés pour ces catégories de navire ont atteint des niveaux au plus haut depuis 10 ans », indique le rapport trimestriel de Pacific Basin.

Les armements profitent d’une croissance des trafics céréaliers

Pour l’opérateur, cette bonne tenue des résultats financiers est liée au rebond du marché chinois. L’armement inscrit aux Bahamas indique avoir constaté une hausse de 15% des trafics de céréales dans le monde, « tirée par des expéditions de soja et de maïs américains en fin de 2020 qui ont perduré en début d’année. Par ailleurs, la progression des exportations sud-américaines et une demande croissante de la Chine » ont profité aux armements.

Transfert des conteneurs vers le conventionnel

Les vracs secs mineurs ont progressé de 11% en ce début d’année, continue le rapport de Pacific Basin. Une augmentation tirée par les matériaux de construction, l’acier et les marchandises diverses « qui sont transférées depuis les conteneurs vers les navires conventionnels ». Enfin, la bonne tenue de la demande indienne de charbon a aussi profité à ces flux.

Maintien de la demande chinoise

Après un premier trimestre en forte hausse, l’avenir du vrac sec pour les prochains mois reste dans des valeurs optimistes. La demande chinoise, d’une part, et des autres producteurs, devrait rester à des niveaux élevés, prévoient unanimement les différents rapports trimestriels des armateurs. Les stocks d’acier en Chine sont au plus bas. L’approvisionnement en minerais et charbon devrait continuer.

Un carnet de commande au plus bas

Enfin, selon le rapport trimestriel de Diana Shipping, le carnet de commande des vraquiers est au plus bas depuis les dix dernières années. Il se situe à moins de 6% de la flotte mondiale actuelle. En 2021, une cinquantaine de navires de vracs secs, depuis les Capesize aux petits navires, sont en commande auprès des chantiers.

L’avenir appartient au marché

Sur un plus long terme, il appartient désormais aux opérateurs à préserver leur propre avenir. Dans les années 90, la croissance subite du marché des vracs secs a amené les opérateurs à commander de nombreux navires sans prévoir de démolitions. Espérons qu’ils aient su tirer les leçons du passé.