Rapport Tysers : les P&I Clubs affichent des résultats techniques en baisse
Le rapport de Tysers, publié en octobre, dresse un tableau de l’état des principaux P&I Clubs. Il montre les difficultés de ces assureurs mutualistes à engranger des bénéfices sur leur activité d’assureurs.
Le rapport Tysers analyse la santé financière des P&I Clubs de l’International Group of P&I Clubs. Ces sociétés sont des mutuelles d’armateurs qui assurent la responsabilité civile des armateurs et propriétaires de navires contre les tiers. En tant que mutuelle, l’objectif de ces sociétés est de disposer de réserves financières déterminées par les règles internationales. Elles ne sont pas destinées à réaliser des profits.
Une perte technique de 222 M$
Sur le plan opérationnel (l’activité d’assurance), les 12 P&I Clubs du Groupe International ont enregistré une perte technique globale de 222 M$. Cela donne un ratio combiné net moyen de 101 % à 102 %. Seuls 5 clubs sur 12 ont dégagé un résultat d’exploitation positif ou à l’équilibre. Cependant, le résultat global du secteur est largement excédentaire (plus de 800 M$ de surplus). Un rendement exceptionnel de leurs placements financiers, qui a rapporté 1,103 Md$. Ce sont ces gains en Bourse et sur les marchés obligataires qui ont permis de faire grimper les réserves du secteur au niveau record de 6,78 milliards de dollars.
Le risque des marchés boursiers
Cette situation inquiète les analystes. Le rapport Tysers soulève que de compter sur les marchés financiers pour équilibrer les comptes d’assurance est une stratégie risquée à long terme. Les marchés boursiers étant volatils, une mauvaise année financière combinée à une forte sinistralité maritime (comme le sinistre du pont de Baltimore ou les feux de conteneurs) pourrait rapidement entamer les réserves des clubs. C’est la raison pour laquelle la plupart des mutuelles cherchent à redresser leurs tarifs de souscription pour 2027 (avec des hausses cibles de 0 % à 7,5 %) afin de retrouver un équilibre technique autonome.
Une rentabilité technique plombée par la géopolitique
Ainsi, la géopolitique et les phénomènes propres au transport maritime plombent la rentabilité technique des P&I Clubs. En effet, en 2026, le conflit entre les États-Unis et l’Iran a parfois bloqué le détroit d’Ormuz. En mer Noire, les hostilités entre la Russie et l’Ukraine continuent. Des tensions qui accélèrent le développement de la flotte fantôme. Ces navires qui transportent, généralement, du pétrole brut naviguent sans assurances ou contournent les règlementations internationales. Les incidents générés par ces navires impliquent des frais importants pour toute la chaîne logistique et leurs assureurs.
Le cas du Caroline Bezengi
Le rapport Tysers 2026 met en lumière un cas d’école survenu en juin. Le pétrolier Caroline Bezengi, navire qui transporte du brut de Novorossiysk en mer Noire vers l’Inde. Le navire a subi une explosion au large d’Oman. Abandonné par son armateur et menaçant de se briser, le pétrolier ne disposait d’aucun P&I Club reconnu. De plus, les sociétés de sauvetage spécialisées ont hésité à intervenir par crainte d’enfreindre les sanctions américaines, européennes et britanniques. Faute d’assureur pour financer les opérations, le coût de la dépollution et de l’enlèvement retombe sur le gouvernement d’Oman. Pour les rédacteurs du rapport Tysers ce cas constitue un signal d’alarme. Il rappelle que les autorités portuaires et les États côtiers doivent être strictement interdit aux navires non couverts par le Groupe International afin de protéger les infrastructures et les budgets publics.

Les sinistres portuaires, comme la collision du Dali
Outre les conséquences de ces phénomènes, le rapport revient sur les conséquences des sinistres dans les ports. La collision du Dali avec un pont dans le port de Baltimore montre l’importance des assurances pour les armateurs et les ports. Réglée en 2026 pour environ 2,25 milliards de dollars, la demande d’indemnisation a sollicité la couverture d’overspill du réseau P&I (La couverture d’overspill transfère les coûts des sinistres d’une ampleur extrême vers les réassureurs commerciaux). Bien que le traitement rapide de cette affaire démontre la solidité du système de mutualisation international, la paralysie prolongée d’un accès portuaire majeur rappelle qu’une collision d’envergure peut bloquer durablement tout un hinterland logistique.
La sécurité dans les conteneurs
De plus, le rapport Tysers revient sur la sécurité des conteneurs et des marchandises dangereuses. La gestion des incendies à bord des MSC Elsa et du Wan Hai 503 montrent qu’aujourd’hui encore, les marchandises dangereuses sont parfois mal déclarées ou non déclarées.

