Sierra Leone : Slosco, la nouvelle compagnie maritime nationale
Le Sierra Leone créé sa compagnie maritime nationale, Slosco. Née d’une co-entreprise avec une société chinoise, elle vise à traiter les flux de vracs secs et liquides. Une compagnie maritime aux effets larges en Afrique.
Le 19 octobre, le Sierra Leone a vu naître une nouvelle compagnie maritime, la Slosco. Un acronyme qui signifie Sierra Leone Ocean Shipping Company. Elle est née de l’idée de se développer pour les trafics du pays et de ses voisins dans la sous-région d’Afrique de l’Ouest.
Une co-entreprise sino-sierraléonaise
Cette compagnie maritime est née d’une co-entreprise entre le groupe chinois Xiehai Group et Sierra Leone National Shipping Agency (SLNSA). Cette dernière, détenue par le gouvernement de Freetown, est le réseau d’agences maritimes dans le pays pour la gestion des trafics. Le groupe chinois Xiehai, dont le nom complet est Zhejiang Xiehai, est spécialisé dans la gestion de navires, notamment des vraquiers. L’union des deux structures se fait à 70% pour le groupe chinois et 30% pour celui du Sierra Leone.
Une flotte de 50 navires
Le processus de création de la société s’est déroulé en un an. Le point de départ est l’adoption par le Parlement de la réforme du Shipping Act en 2025. Slosco est exploitée et gérée par le groupe Xiehai. Elle est dirigée par Sui Xiao, du groupe Xiehai, au poste de PDG. Laurent Debart entre comme directeur des opérations. Dans une première phase, l’armement déploie 30 navires. À terme, elle se composera de 50 navires. Dans le business plan de ce nouvel armement, il est prévu d’opérer principalement sur les minerais et les produits agricoles destinés tant à l’import qu’à l’export.
40% des flux du Sierra Leone
Lors de la création de cette compagnie maritime, le président du Sierra Leone, Julius Maada Bio, a rappelé l’intention du gouvernement. « Pendant bien trop longtemps, nous avons dépendu des transporteurs internationaux pour exporter et importer nos produits. Aujourd’hui, nous franchissons un pas audacieux vers l’avant. Nous donnons au Sierra Leone une part plus importante dans le transport des biens que nous échangeons avec le monde. ». Cet armement vise une part de marché de 40% des flux du Sierra Leone.
Des navires de différents types
En effet, le pays exporte des minerais de fer, de la bauxite et des produits agricoles comme le cacao et le café. Des flux qui partent en majorité vers la Chine et l’Europe. Ainsi, la prise de participation d’une structure chinoise dans l’armement permet à l’Empire du milieu de sécuriser les volumes entre les deux pays. Lors de l’inauguration de l’armement, les représentants du gouvernement du Sierra Leone ont souligné l’importance de disposer de navires de différents types. Il est prévu d’aligner des Capesize, des Panamax, des Ultramax mais aussi des chimiquiers et des porte-conteneurs.
La stratégie chinoise en Afrique vise des co-entreprises
Au-delà de la création de cette société, Slosco s’inscrit dans un schéma géopolitique plus large. D’un côté, cet armement offre au pays un contrôle de son fret. Le Shipping Act de 2025 du Sierra Leone réserve à la compagnie le droit de transporter, à sa discrétion, jusqu’à 40 % de la valeur totale des marchandises exportées et importées par le pays. Pour la Chine, cette compagnie marque la nouvelle stratégie du pays vis-à-vis de l’Afrique. Après la décennie 2010 au cours de laquelle la Chine a accordé des prêts, elle promeut désormais la création de co-entreprise avec les structures privées et publiques africaines. Pour Pékin, cette politique vise à sauvegarder ses approvisionnements, notamment en minerais.
Créer un réseau de compagnies nationales africaines
Par ailleurs, la création de la Slosco intervient peu après la déclaration des ministres du Transport de l’organisation maritime pour l’Afrique de l’Est, du Sud et du Nord (Moesna, Maritime Organisation For Eastern, Southern & Northern Africa). Lors de sa réunion du 21 octobre, cette organisation a plaidé pour la création d’un réseau de compagnies maritimes régionales. Il doit développer le commerce intra-africain.
Vers une indépendance du Shipping africain
Ce réseau donne aux pays africains la mainmise sur toute la chaîne d’approvisionnement. Des armements dont la propriété doit revenir aux pays africains. L’organisation constate une fuite des recettes du fret vers des pays étrangers. « Le réseau régional de compagnies maritimes proposé doit fournir un cadre coordonné pour le développement de services maritimes adaptés aux volumes de fret, aux flux commerciaux et aux besoins de connectivité des États membres. » Pour certains observateurs, la création de Slosco intervient comme une première marche vers une « indépendance du shipping africain ».

