Conteneurs : les armateurs face à une rentabilité fragilisée par les crises géopolitiques
Les résultats financiers des armements conteneurisés reflètent l’état actuel du marché. Entre crise au Moyen-Orient, perturbations des routes maritimes et taux de fret volatils, les compagnies maritimes naviguent en eaux troubles sur le premier trimestre.
La situation géopolitique et économique demeure compliquée. Depuis le mois de janvier, les armements conteneurisés doivent faire face à une baisse de la consommation, une hausse de l’énergie, la crise du Moyen-Orient. Des éléments qui se reflètent directement dans les résultats financiers de Mærsk, CMA CGM, Hapag Lloyd et Cosco Shipping.
Des résultats en baisse malgré des volumes globalement résistants
Le premier trimestre 2026 confirme un changement d’équilibre dans le marché de la conteneurisation. Les volumes demeurent en progression. Ainsi, Mærsk affiche une hausse de 9,3% de ses volumes. CMA CGM et Cosco s’inscrivent dans la même tendance avec des augmentations de, respectivement, 1,4% et 6,7%. Seul Hapag Lloyd accuse un repli de 0,7% de ses conteneurs transportés. Cependant, cette dynamique ne suffit plus à compenser la baisse des taux de fret, la hausse de certains coûts et la désorganisation croissante des chaînes logistiques mondiales. Les compagnies constatent une baisse de leurs chiffres d’affaires. Pour les quatre armements analysés, cette diminution évolue entre 8,2% et 10,6%. La situation est plus sévère pour l’Ebitda. Les armements voient leur rentabilité s’effondrer. Elle reste positive mais perd plus de la moitié de leur volume en comparaison au premier trimestre de l’année passée. Ainsi, Hapag Lloyd affiche un recul de 58,1% à 447 M$. Mærsk perd 52,5%, Cosco 49,2% et CMA CGM 41,1%.
Le même diagnostic d’un groupe à l’autre
Chaque armement raconte la même histoire. Le marché ne s’effondre pas, mais la profitabilité se retrouve à un niveau plus faible. Ainsi, Mærsk enregistre une diminution de 14% de son taux de fret moyen. Alors, la hausse des volumes ne compensent pas la baisse de la rentabilité. Pour CMA CGM, le modèle est identique. Avec 1,5% de conteneurs transportés en plus pour un taux de fret moyen en baisse de 9,8%, le change n’y est pas. Hapag Lloyd détone dans ce schéma avec une stabilité de ses volumes. L’armement allemand perd 0,7% de ses volumes à 3,2 MEVP. Dans le même temps, les taux de fret moyen se contractent de 9,6%. Et Cosco suit la même logique.
Le Moyen-Orient pèse désormais directement sur les comptes
L’autre enseignement majeur de ce premier trimestre est la montée en puissance du risque géopolitique comme variable financière. Les tensions au Moyen-Orient, le blocage ou la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, ainsi que la dégradation de la fluidité régionale, ne sont plus décrits comme de simples menaces extérieures. En effet, les armateurs considèrent qu’ils influencent concrètement les coûts, la fiabilité des rotations et les perspectives annuelles. Pour faire face à cette crise, subite et soudaine, les compagnies doivent trouver des alternatives. Ainsi, le groupe CMA CGM explique avoir adapté son réseau. Il déploie des corridors multimodaux par l’Arabie Saoudite pour approvisionner les pays du Golfe. Pour Hapag Lloyd, outre le blocage du détroit d’Ormuz, les conditions météorologiques en Europe du Nord perturbent aussi l’activité. Et Mærsk ajoute que la géopolitique est devenue la force dominante du cadre macroéconomique et logistique.
COSCO confirme que la tendance est mondiale
Maersk, CMA CGM, Hapag-Lloyd et Cosco ne réagissent pas tous avec la même intensité, mais ils subissent la même équation. Les volumes demeurent corrects, les réseaux s’adaptent, parfois la diversification amortit le choc. Néanmoins, la combinaison entre la baisse des taux de fret, la surcapacité naissante et les tensions géopolitiques réduisent la visibilité et fragilise les marges. De plus, ces bilans trimestriels montrent que ces éléments ne touchent pas uniquement les armements occidentaux. En effet, le premier armement chinois, Cosco, reste profitable à grande échelle. Cela ne l’empêche pas d’enregistrer aussi un net recul de ses performances financières.
Diversification et discipline pour tenir le cap
Dans ce contexte, les groupes qui résistent le mieux sont ceux qui peuvent s’appuyer sur d’autres relais que le seul fret. Maersk met en avant la progression de sa logistique et de ses terminaux. Pour sa part, le groupe CMA CGM souligne la contribution de CEVA, du fret aérien et des terminaux. De son côté, Hapag-Lloyd insiste surtout sur la rigueur des coûts et la résilience de son réseau Gemini. Cosco confirme que la taille de l’entreprise ne met pas à l’abri d’une dégradation rapide des résultats quand les taux de fret se replient. Le trimestre dessine ainsi une nouvelle hiérarchie des facteurs de performance. Dans le conteneur, la géopolitique n’est plus un bruit de fond. Elle devient une composante centrale du compte d’exploitation, au même titre que les volumes, les prix du carburant ou les taux de fret.
| Chiffre d’affaires (M€) | Ebitda (M€) | Volumes transportés (1000 EVP) | Taux de fret moyen ($/EVP) | |||||||||
| 2026 | 2025 | Évolution | 2026 | 2025 | Évolution | 2026 | 2025 | Évolution | 2026 | 2025 | Évolution | |
| Maærsk * | 8 178 | 8 910 | -8,2% | 903 | 1 903 | -52,5% | 6 406 | 5 862 | 9,3% | 2 081 | 2 427 | -14,3% |
| CMA CGM | 8 020 | 8 760 | -8,4% | 1 490 | 2 530 | -41,1% | 5 930 | 5 850 | 1,4% | 1 351 | 1 483 | -8,9% |
| Cosco Shipping | 7 623 | 8 530 | -10,6% | 1 185 | 2 333 | -49,2% | 6 916 | 6 482 | 6,7% | 1 110 | 1 311 | -15,3% |
| Hapag Lloyd | 4 778 | 5 220 | -8,5% | 447 | 1 067 | -58,1% | 3 203 | 3 225 | -0,7% | 1 330 | 1 471 | -9,6% |

