Allianz : les incidents maritimes reculent en 2025 mais les risques géopolitiques et structurels s’ancrent durablement
Si la sinistralité maritime poursuit sa baisse en 2025, le rapport Safety and Shipping Review 2026 d’Allianz Commercial souligne une industrie toujours fortement exposée aux défaillances techniques et à un environnement géopolitique qui redéfinit en profondeur les conditions de navigation et de transport maritime mondial. Nous reprenons, ci-dessous, l’article de Caroline Britz de Mer et Marine.
Selon le rapport Safety and Shipping Review 2026 (sécurité et transport maritime) d’Allianz Commercial, branche du groupe d’assurance Allianz dédiée aux risques d’entreprises, la sécurité des navires continue de s’améliorer sur le long terme, mais cette progression s’inscrit désormais dans un environnement marqué par une instabilité croissante et des facteurs de risque de plus en plus structurels.
Un recul des incidents en 2025
En 2025, le nombre total d’incidents déclarés sur des navires de plus de 100 tjb a reculé de 16%, passant de 3 353 cas en 2024 à 2 818 en 2025. Toutefois, cette amélioration globale masque des écarts importants entre les régions et une concentration persistante des sinistres sur certaines zones maritimes clés.
Des zones de sinistralité toujours très concentrées
La région de la Méditerranée orientale et de la mer Noire enregistre le plus grand nombre d’incidents avec 622 cas en 2025, suivie de près par les îles Britanniques avec 619 cas. Cette dernière zone figure également parmi les plus touchées sur la dernière décennie. À plus long terme, la région couvrant la Chine du Sud, l’Indochine, l’Indonésie et les Philippines demeure le principal point chaud mondial avec 255 pertes totales enregistrées sur dix ans, reflet direct d’un trafic maritime extrêmement dense.
Les défaillances de machines au cœur des incidents
L’analyse des causes d’incidents met en évidence la prépondérance des défaillances techniques. Les pannes de machines représentent plus de la moitié des sinistres mondiaux en 2025 avec 1 505 cas, loin devant les abordages, qui totalisent 260 incidents, et les incendies ou explosions, qui comptent 218 événements. Si ces derniers restent moins fréquents, ils continuent de constituer un enjeu majeur en raison de leur gravité potentielle, notamment sur les grands porte-conteneurs et les navires spécialisés.
Une décennie d’amélioration des pertes totales
Sur le plan des pertes totales, la tendance de long terme demeure positive. Le rapport recense 905 navires perdus de façon totale sur la dernière décennie pour des unités de plus de 100 tjb. Entre 2016 et 2020, 555 pertes avaient été enregistrées, soit une moyenne annuelle de 111, contre 350 pertes entre 2021 et 2025, représentant une moyenne de 70 par an et une baisse de 37% sur la période. Pour l’année 2025, 43 pertes totales ont déjà été comptabilisées, dont plus de 30 concernent des navires de grande taille, supérieurs à 500 tjb, ce qui montre la persistance de sinistres majeurs malgré les progrès globaux.
Une recomposition structurelle des risques maritimes
Au-delà des statistiques, Allianz souligne une transformation profonde de l’environnement maritime. Le secteur a connu une rupture structurelle depuis la pandémie de Covid-19, passant d’un système relativement stable et prévisible à un modèle beaucoup plus volatil et exposé. Les tensions géopolitiques, la fragmentation des échanges commerciaux, la vulnérabilité accrue des points de passage stratégiques et les perturbations climatiques se combinent désormais à des pressions économiques fortes, notamment la hausse des coûts de construction, d’entretien et de réparation des navires.
L’impact de la géopolitique
Cette évolution est particulièrement visible dans les zones de passage maritime stratégique. Le rapport souligne l’impact majeur du conflit au Moyen-Orient sur le détroit d’Ormuz, où environ 1 150 navires ont été exposés simultanément à des risques de blocage et d’attaque, pour une valeur totale estimée à 125 milliards de dollars. Dans le même temps, les attaques en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb ont entraîné une baisse de 70% du trafic via le canal de Suez, provoquant une réorganisation massive des flux mondiaux avec un report d’environ 250% du trafic vers la route du cap de Bonne-Espérance.
Une recomposition du commerce maritime mondial
Pour Allianz, ces évolutions ne relèvent pas de simples perturbations temporaires mais traduisent bien une recomposition durable du commerce maritime mondial. Le secteur entre dans une phase qualifiée par l’assureur de « nouvel équilibre », marquée par une volatilité structurellement plus élevée et une dépendance accrue aux conditions géopolitiques. Les chaînes logistiques évoluent ainsi d’un modèle centré sur la gestion en flux tendus vers des organisations plus résilientes, privilégiant la sécurité et la continuité des approvisionnements plutôt que la seule réduction des coûts.
Incendies, vieillissement de la flotte et nouveaux carburants
Dans ce contexte, les risques opérationnels continuent de se diversifier. Les incendies à bord des grands navires restent une préoccupation majeure avec plus de 200 incidents enregistrés en 2025, tandis que la montée en puissance des batteries au lithium et des véhicules électriques accroît la complexité des sinistres. Parallèlement, le vieillissement de la flotte mondiale constitue un facteur aggravant, l’âge moyen des navires atteignant désormais 23 ans, tandis que les unités de plus de 20 ans représentent une part croissante des incidents.
Les carburants alternatifs complexifie les opérations
Enfin, la transition énergétique introduit de nouveaux défis liés aux carburants alternatifs, dont les cadres réglementaires et assurantiels restent encore en cours de structuration. L’usage accru de navires à double carburant ou fonctionnant à l’ammoniac et au gaz naturel liquéfié ouvre des perspectives de réduction des émissions, mais complexifie aussi les opérations et augmente les risques liés aux erreurs humaines et aux défaillances techniques. Dans ses conclusions, Allianz Commercial estime que le transport maritime entre dans une phase durable d’incertitude. Dans cet environnement, la capacité d’adaptation des armateurs, la flexibilité des flottes et la prise en compte du risque géopolitique deviennent des facteurs essentiels pour la stabilité du commerce mondial comme pour la performance du secteur.

