Bolloré Logistics fait de la Route de la Soie l’alternative ferroviaire

Depuis trois ans, Bolloré Logistics offre une alternative ferroviaire entre l’Asie et l’Europe. Un mode de transport qui prend des parts de marché à l’aérien plus qu’au maritime. Alternative sûre, la crise sanitaire a suspendu les services. Avec la reprise des opérations ferroviaires, Bolloré Logistics développe également une offre tout route entre la Chine et l’Europe.

C’est en 2016 que Bolloré Logistics a commencé à opérer des flux entre l’Asie et l’Europe par voie ferroviaire. Un choix motivé par la demande des chargeurs de vouloir réduire l’empreinte carbone de leurs transports. Les investissements réalisés par le gouvernement chinois sur le projet de Nouvelles Routes de la Soie a amené les chargeurs à se pencher sur cette solution.

Des parts de marché de l’aérien

« Il faut 250 trains complets pour remplacer un porte-conteneurs. Cette alternative ne vient pas prendre des parts de marché du maritime. Elle est plus en concurrence avec le mode aérien. Elle offre un prix moindre avec un délai de transport plus long mais une empreinte carbone fortement inférieure », indique Éric Peigné, directeur général de Bolloré Logistics Europe centrale.

Le gouvernement chinois a souhaité désenclaver des villes du centre et de l’ouest du pays en les reliant par voie ferroviaire aux marchés eurasiatiques. Pour ce faire, il a décidé de subventionner les conteneurs chargés depuis les plates-formes logistiques des villes comme Xian, Chengdu ou encore Urumqi.

Le hub de Duisbourg

Les trains quittent la Chine centrale et rejoignent l’Europe après avoir traversé la Russie, la Biélorussie puis entre dans l’Union européenne. « Nous recevons les conteneurs à Duisbourg. Ils sont ensuite éclatés vers leurs destinations finales par voie routière », continue le directeur de Bolloré Logistics. Une solution qui permet de desservir les pays d’Europe de l’ouest depuis le Portugal jusqu’en Italie en passant par la Grande-Bretagne.

Le hub de la frontière polonaise

Bolloré Logistics a aussi créé une offre depuis le point de frontière entre la Biélorussie et la Pologne. Les conteneurs sont éclatés depuis cette plate-forme vers différentes destinations en Allemagne, Europe Centrale et pays baltes….

Le commissionnaire en transport pose certaines conditions pour utiliser ce mode de transport. « Nous traversons la Russie. Or, avec les restrictions liées à l’embargo vis-à-vis de l’Union européenne, nous ne pouvons pas prendre toutes les marchandises ». Les conteneurs sont principalement chargés avec des pièces pour l’industrie automobile et de l’électronique ainsi que des produits à haute valeur ajoutée.

La domination des flux westbound

Dans les premiers mois de l’utilisation de cette alternative ferroviaire, Bolloré Logistics a principalement travaillé sur des flux en sortie de Chine vers l’Europe. Les flux retours, d’Europe vers la Chine, ont démarré plus tard. « Aujourd’hui, nous chargeons des conteneurs avec des produits européens à forte valeur ajoutée, nous a confié Éric Peigné. Comme pour le maritime, nous constatons un déséquilibre important entre les flux. Pour quatre conteneurs chargés depuis l’Asie nous en envoyons un chargé d’Europe vers la Chine. »

Une solution efficace et sûre

Pour les chargeurs européens, l’utilisation de cette voie ferroviaire s’avère intéressante sur le plan écologique mais peut présenter des risques en raison des transbordements. En effet, depuis le centre de la Chine vers l’Europe, les écartements de rails obligent à transborder les conteneurs aux points frontières, notamment lors des passages de frontières avec la Russie.

La route ferroviaire empruntée par les trains entre la Chine et l'Europe.
Bolloré Logistics utilise principalement le réseau ferroviaire Russe entre la Chine et l’Europe. © Bolloré Logistics

« Au total, nous avons deux transbordements. Nous avons des changements de locomotive sur l’ensemble du parcours. Les chauffeurs ne peuvent pas toujours circuler sur les réseaux des autres pays ». Des opérations qui peuvent faire craindre pour la sécurité des marchandises. Pour le responsable de Bolloré Logistics, ces opérations n’ont jamais eu de répercussions sur la sécurité des marchandises en trois ans. « Cette route ferroviaire est sûre. »

Quant à l’intégrité du fret, il nécessite parfois des adaptations techniques. « Le convoi peut traverser des régions froides comme la Sibérie en hiver. Pour éviter de mauvaises surprises pour le fret, nous chargeons certaines marchandises sensibles dans des conteneurs sous température dirigée pour éviter des désagréments. »

Covid 19 : la suspension des services

La crise sanitaire qui a secoué la planète en 2020 a eu des impacts sur les trains depuis la Chine. Dans un premier temps, la fermeture des usines en Chine en fin d’année 2019 et début 2020 a obligé les opérateurs à suspendre les services. Ensuite, en Russie, les trains ont été arrêtés pendant la crise sanitaire.

« Lors de la reprise d’activité du ferroviaire en Russie et de la remise en route des usines chinoises, le ferroviaire a trouvé sa place dans la répartition modale », continue Éric Peigné. Avec des services aériens surchargés et un temps de transport long pour le maritime, l’alternative ferroviaire entre l’Asie et l’Europe a trouvé sa place. Ce mode a vu ses trafics augmenter progressivement pour alimenter le marché européen en produit médical comme des masques et des respirateurs.

Une solution qui trouve sa place

« L’Europe a reconstitué ses stocks de masques. Nous sommes maintenant dans un marché de renouvellement. Les approvisionnements se font régulièrement par voie ferroviaire même si le maritime continue de prendre des parts de marché. » Si l’alternative ferroviaire des flux Asie-Europe a été plus forte avant la crise du Covid 19, les chargeurs réfléchissent aujourd’hui à diversifier leurs approvisionnements.

« Pendant la crise sanitaire les chargeurs ont cherché l’efficacité. Aujourd’hui, la réflexion sur le changement climatique amène les chargeurs à regarder plus cette solution dans le même esprit qui les animait avant la crise : réduire l’impact sur l’environnement de leurs transports », explique le directeur de Bolloré Logistics.

Une offre tout route de Chine en Europe

Cette solution terrestre s’accompagne désormais d’une nouvelle offre du groupe Bolloré depuis la Chine vers l’Europe. Le groupe propose des transports tout route entre les deux continents. « Le ferroviaire ne peut pas prendre tous les produits pour des raisons d’acceptation de classes de marchandises spécifiques par certains réseaux. La route se place ainsi comme un complément à l’offre ferroviaire », indique Éric Peigné.

Si le prix du routier est plus élevé que le ferroviaire, il reste en-dessous de celui de l’aérien. « Avec ces prix, nous pouvons offrir une autre solution alternative aux chargeurs de bout en bout ». Les entreprises routières sont choisies avec soin par le groupe. « Elles doivent réunir des critères sociaux et économiques que nous contrôlons. Nous utilisons principalement des transporteurs d’Europe ».

Le rapport qualité/délai

Face à l’ensemble de ces solutions de trafics entre l’Asie et l’Europe, les chargeurs disposent d’un éventail large depuis le maritime à l’aérien en passant par le ferroviaire ou le tout route. « Le choix du chargeur se fait en fonction du rapport entre qualité et délai de transport. Il fait un arbitrage en fonction de la marchandise et de ses exigences de production », analyse le président de Bolloré Logistics pour l’Europe centrale.

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