Galicia : le navire du futur de Brittany Ferries

Présenté par visio-conférence, pandémie oblige, le Galicia entre en flotte chez Brittany Ferries. Nous reprenons ci-dessous l’article de Caroline Britz, de Mer et Marine.

« Avec ce navire, ce que nous voulons, c’est projeter l’entreprise dans son avenir ». Christophe Mathieu, directeur général de Brittany Ferries, veut afficher de l’optimisme à l’occasion de l’entrée en flotte du Galicia, dernier-né d’un armement qui traverse sans doute la période la plus compliquée de son histoire.

Aligné en remplacement du Baie de Seine, retourné à son propriétaire, le Galicia commence ses rotations dans quelques jours. Il effectuera deux aller-retours Portsmouth-Santander et un Cherbourg-Portsmouth par semaine. Pour mémoire, le Galicia fait partie des neuf E-Flexer commandés par le groupe suédois Stena, pour son exploitation propre et pour l’affrètement.

E-Flexer: des navires construits en Chine

Réalisée par les chantiers chinois CMI Jinling Weihai, cette série compte trois navires affrétés par Brittany Ferries (le Galicia, le Salamanca qui doit être livré en 2022 et le Santoña en 2023) et le futur Côte d’Opale de DFDS prévu d’arriver en juin 2021 sur la ligne de Calais-Douvres. Ces ferries de 214 mètres de long, soit les unités les plus longues de l’histoire de la flotte de BAI, pour 27,8 mètres de large afficheront une jauge de 48 000 GT. Ils pourront accueillir 1000 passagers et disposeront de 3100 mètres linéaires pour le fret. Leur vitesse commerciale sera de 22 nœuds. Le Salamanca et le Santoña disposeront d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL), les autres E-Flexer étant pré-équipés pour passer ultérieurement à ce carburant.

Baisser le CO2 avec les trois E-Flexers

Le GNL prévu pour les prochains navires

« La raison pour laquelle, le Galicia n’est pas équipé au GNL est simplement liée à notre calendrier industriel. A l’époque de la commande de la série des E-Flexers, nous ne pouvions pas garantir des validations techniques sur la propulsion GNL dans les temps pour nos besoins. C’est pour cela que le Galicia est équipé d’un scrubber close-loop et que les suivants seront, eux, au GNL », détaille Frédéric Pouget, directeur du pôle armement et opérations de Brittany Ferries.
BAI présente aussi le Galicia comme le premier navire marquant le « verdissement » dans lequel la compagnie a décidé de s’engager, en s’inscrivant récemment dans le label Green Marine Europe, « une manière d’avoir une organisation tierce qui va nous aider à rester à jour en matière d’excellence environnementale ». Au rang des évolutions environnementales, Frédéric Pouget cite également le design hélice-gouvernail et les safrans Becker, « qui nous permettent de nous passer de propulseurs à l’arrière », en plus d’assurer une meilleure manœuvrabilité globale ; mais aussi les alternateurs sur les lignes d’arbres qui devraient limiter l’utilisation des groupes pour les périodes à quai.

« Une fois que les trois E-Flexer seront entrés en flotte, nous tablons sur une baisse de 46% d’émissions de CO2 par passager ». Un chiffre qui repose sur les caractéristiques techniques des navires, mais également l’augmentation de leurs capacités de transport (+10% de passagers et +28% de fret), « ce qui permet de passer de cinq à quatre rotations » entre l’Espagne et le Royaume-Uni.

Le marché espagnol prometteur sur le fret et les passagers

« Nous sommes souvent vus comme un opérateur transmanche mais nous voulons développer l’axe entre l’Angleterre et l’Espagne », reprend Christophe Mathieu. « Ces navires sont bien équilibrés entre fret et passagers, parce que les deux segments sont prometteurs ». En baptisant ce navire Galicia et en y créant un intérieur à l’ambiance hispanique, BAI veut que « l’expérience passager » participe au développement de la destination. « Nous arrivons à Santander ou Bilbao, mais derrière, un peu plus loin, il y a des futurs joyaux touristiques comme la Galice, qui reste un territoire à découvrir pour les Anglais ».
Pour autant, le fret, historiquement essentiel sur les lignes espagnoles, est « avant tout » ce qui a mené le choix du navire. « Nous avons des ambitions en matière de fret, comme en témoigne notre projet ferroviaire entre Cherbourg et Bayonne. Le Galicia, et également le Barfleur, s’insèrent très logiquement dans ce projet en apportant une capacité maritime supplémentaire ».

Premier navire certifié en matière de cybersécurité

Au rang des innovations, le Galicia sera également le premier navire battant pavillon français à recevoir un certificat marquant sa conformité aux nouvelles obligations de l’OMI en matière de cyber-sécurité, qui vont entrer en vigueur le 1er janvier 2021. « Avec l’entrée en flotte de ce navire, nous avons vu une bonne occasion de prendre un peu d’avance en la matière. Nos services armement, commercial et DSI ont travaillé avec le Bureau Veritas pour s’inscrire dans cette démarche volontaire. C’était l’occasion de se tester pour pouvoir nous adapter à ces nouvelles normes », continue Frédéric Pouget.

Le renouvellement de la flotte en attente

Le Galicia va appareiller ce week-end en prenant la place du Cap Finistère, qui va entrer en arrêt technique avant d’être désarmé, « jusqu’en mars 2021, comme les autres ». Actuellement, plus de la moitié des navires de BAI sont désarmés, à la fois en raison de la saison mais aussi, évidemment, de la pandémie. « Nous espérons que le premier trimestre 2021 verra un retour à la normale ». Les premiers chiffres de 2020 font état d’un très fort recul du trafic, surtout passagers (600 000 passagers en 2020 contre 2.4 millions en 2019), le fret ayant mieux résisté (160 000 camions contre 210 000 en 2019). En attendant des jours meilleurs et malgré l’incertitude du Brexit, BAI serre les dents, emprunte pour essayer de sauver son activité et les emplois, et attend un coup de pouce fiscal du gouvernement. Alors, en dehors des trois E-Flexer, les projets sont en attente.
« Bien sûr, il faut que nous renouvelions les Barfleur, Bretagne et Normandie. Mais pour le moment, nous ne pouvons pas encore le planifier », déplore Christophe Mathieu.

Propos recueillis en conférence de presse par Caroline Britz,

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