Le Short Sea Shipping du Plateau des Guyanes à la mer des Caraïbes : les conditions de mise en œuvre par l’amorce d’une supply chain

Nous publions ci-dessous un résumé de la thèse soutenue par Sherline Dumano en décembre. Ce travail a été réalisé avec le soutien du GPM de la Guyane et la CTG (Communauté Territoriale de la Guyane). Il a été mené sous la direction de Claude Fiore, Professeur et directeur de la licence contrôle et pilotage des performance à l’université de Aix-Marseille, et Rémy Louis Budoc, membre du directoire du Grand port maritime de la Guyane.

Le contexte géographique du Plateau des Guyanes, notamment la difficulté d’accès et d’échanges entre les territoires concernés, pose la question de la mise en place d’un Short Sea Shipping. Cette recherche propose une solution pour répondre aux problèmes logistiques du périmètre. En effet, le contexte géographique du Plateau des Guyanes, notamment la difficulté d’accès et d’échange entre les territoires concernés, pose la question de la mise en place d’un Short Sea Shipping (SSS, ou cabotage maritime). Dans cette optique, en tant que chercheur en sciences de gestion, nous nous sommes demandés comment accompagner le GPM de la Guyane dans sa démarche de mise en œuvre d’un SSS pour désenclaver la Guyane et d’établir des échanges avec les territoires voisins jusqu’alors inexistants ?

Pas de définition précise du Short Sea Shipping

Dans un premier temps, nous avons réalisé une revue de littérature sur le Short Sea Shipping pour constater que les nombreuses définitions qui existent dans les travaux consultés ne permettent pas d’en aboutir à une définition précise et nécessite par conséquent une approche locale. Comme Rombaldi et Peraldi (2008), puis Serry et Lévêque (2016)) le reconnaissent, les difficultés définitionnelles peuvent s’expliquer par sa complexité obligeant la prise en compte du contexte étudié.

Lien entre les facteurs facilitants et les freins au développement

Ainsi après avoir proposé notre propre définition du Short Sea Shipping, l’analyse en profondeur de la littérature nous a permis de comprendre les critères à prendre en compte dans la démarche de mise en œuvre du cabotage intra-zone, d’où le choix de mobiliser les facteurs facilitant sa mise en œuvre en nous basant sur les travaux d’Arof et Nair en 2017 et les freins en référence aux travaux de Pelletier et Alix en 2006. L’étude de ces deux axes révèle l’existence d’un lien direct entre les facteurs facilitants ou « Facteurs Clés de Succès (FCS) » et les défis ou freins au développement du SSS. Ce lien est à découvrir dans la thèse et permettra de justifier le choix d’un axe plutôt dans la grille d’analyse du terrain.

Des propositions théoriques

La recherche a conduit à faire des propositions théoriques montrant l’importance des parties prenantes dans la levée des freins, la mise en œuvre et le succès du Short Sea Shipping intra-zone. La théorie des parties prenantes a été mobilisé pour identifier et cartographier les acteurs sur lesquels le GPM de la Guyane pourra compter pour réaliser ce projet. Cependant, il a été constaté que les parties prenantes d’un projet n’étaient pas celles d’une entreprise. En effet, la logique d’un projet d’envergure internationale (dont les enjeux géopolitiques et stratégiques impliquent au premier degré les États/Gouvernements des pays (Brésil, France, Guyana et Suriname) et leur communauté économique (Caricom, Mercosur et Union Européenne) notamment pour résoudre les problèmes de réglementations et de législations qui leur incombent, n’est pas prise en compte dans les travaux consultés.

Hiérarchisation des parties prenantes

C’est une découverte fascinante qui nous a poussé à proposer notre propre roue de parties prenantes dans le contexte d’un projet en nous basant notamment sur les travaux de Bonnafous-Boucher et Rendtorff en 2014. En combinant la roue revisitée (voir thèse) et la matrice de Mendelow, nous avons pu positionner les parties prenantes en fonction de leur pouvoir et intérêt. Leur hiérarchisation et leur rôle respectif sont ensuite précisés.

Dans le cadre d’un positionnement interprétatif, le dispositif méthodologique est qualitatif et le raisonnement est abductif. Les résultats sont présentés en se basant sur les propositions théoriques et discutés dans le manuscrit. Un tableau de synthèse sous la forme d’une grille d’analyse remplie par la situation particulière du GPM de la Guyane montre comment des freins ont été levés / peuvent être levés pour permettre la mise en œuvre.

Structurer les échanges

Il sera constaté que des freins persistent et que d’autres conditions devraient être réunies. Pour cela des préconisations d’actions sont proposées aux acteurs locaux. Il en ressort que la structuration des échanges est une nécessité pour passer au-delà des difficultés d’accès, du manque de flux et de la priorité donnée aux dispositifs réglementaires de favoriser le long courrier. D’où notre troisième proposition. Intégrer la supply chain comme une dimension centrale du problème et de la solution apparait alors comme une condition nécessaire de réussite. Les conditions de mise en œuvre et de succès sont ensuite présentées et discutées. Il a été rappelé enfin les principaux apports, limites et perspectives du travail doctoral réalisé.

Une application concrète

L’application concrète des travaux passe par la mise en place d’un cabotage du Plateau des Guyanes à la mer des Caraïbes. Elle permettrait de désenclaver la Collectivité Territoriale de Guyane, en desservant mieux les communes à l’intérieur et permettre des échanges avec les territoires voisins. En ce sens, le SSS visé sera au niveau local (Dégrad des Cannes-Kourou), intra-communautaire entre deux ports européens (Guadeloupe-Martinique), extra-communautaire ou international (Brésil-France). Ces lignes, ne seront pas en concurrence avec les modes existants mais viendront les compléter là où ils sont limités (soit en tirant d’eau pour les longs courriers, soit en capacité pour les pirogues etc.)

Le projet de recherche et d’action continue, ce qui nous permettra de retourner sur le terrain. Concernant la proposition fondée sur la supply chain (SC), les attentes des acteurs sont mieux prises en compte. Penser à la supply chain a permis de bien comprendre le lien entre les acteurs, au-delà d’une réflexion en termes de réseau ou d’écosystème.

Pour lire la thèse de Sherline Dumano:

https://www.theses.fr/s175290