Vracs secs : sur neuf mois, les armateurs engrangent des profits

Les résultats financiers des armateurs opérant dans les vracs secs reflètent la progression importante des taux de fret. Les premières baisses d’octobre n’altèrent en rien leur optimisme pour l’année.

Sur les neuf premiers mois de l’année, le Baltic Dry Index, qui mesure les taux de fret des vracs secs sur les principales routes maritimes, a connu des sommets. Le Baltic Dry Index a commencé l’année aux alentours de 1400 points. Après une année 2020 difficile en raison des confinements, il a entamé sa progression. Sur les neuf premiers mois 2021, cet indice n’a eu de cesse de progresser pour franchir la barre des 5500 points le 4 octobre.

Une croissance tirée par la Chine

(en 1000$) C.A % Ebitda % TCE (en $)  
Star Bulk 927 566 82,9% 538 923 270% 23 304 108,7%
Golden Ocean Group 821 373 87,0% 443 953 1482,9% 24 979 97,50%
Eagle Bulk 409 815 105,0% 168 611 1442,2% 20 761 123,10%
Genco Shipping 363 851 39,9% 107 933 175,9% 93 594 131,30%
Diana Shipping 145 358 14,4% 16 254 112,8% 13 984 28,30
Source: Rapports trimestriels des armements; ©Ports et Corridors

Cette progression des taux de fret est liée à la reprise économique des économies développées et de leur moteur, la Chine. Pour produire, l’Empire du milieu a fait appel à de plus en plus de matières premières : minerais de fer, charbon, vracs en tout genre mais aussi des céréales et des vracs agroalimentaires pour reconstituer des stocks tombés à des niveaux jugés trop bas par le gouvernement.

Eagle Bulk a doublé son chiffre d’affaires

Après un premier semestre à des niveaux élevés, les armateurs de vracs secs continuent sur leur lancée. Après des années de disette, ils retrouvent le chemin de la profitabilité. Cependant, cette profitabilité est toute récente puisqu’en 2020, nombre d’entre eux affichaient encore des pertes. Toujours est-il que sur les trois premiers trimestres de l’année, de Star Bulk à Diana Shipping, les chiffres d’affaires affichent une croissance plus ou moins forte. La plus importante est à mettre au crédit de Eagle Bulk qui a plus que doublé son chiffre d’affaires.

Des hausses à quatre chiffres pour les revenus opérationnels

Une progression du volume financier sur ces trois trimestres qui s’accompagne d’une amélioration du revenu opérationnel. Les progressions de cette donnée affichent des nombres à trois ou quatre chiffres. Pour bon nombre d’entre eux, il s’est surtout agit de passer de pertes à des bénéfices opérationnels. Des gains permis par une bonne tenue des taux de fret journaliers qui ont été réalisés sur les trois trimestres.

Le TCE (Time Charte Equivalent), qui détermine le prix moyen d’affrètement d’un navire par jour sur une période, a doublé pour les principaux armateurs. Ce taux moyen journalier dépend en large partie du type de navires que l’armement offre.

Tensions entre la Chine et l’Australie élargies

Dans son rapport financier trimestriel, Golden Ocean Group reprend les différents éléments qui ont participé à la hausse de la demande en vrac secs. Au premier trimestre, la tension diplomatique entre l’Australie et la Chine s’est étendu. Mis en place sur le charbon, l’interdiction de s’approvisionner en Australie par le gouvernement de Pékin s’est élargie à toutes les commodités. Par voie de conséquence, l’Empire du milieu a modifié ses sources d’approvisionnement et donc allongé les temps de transport.

Congestion portuaire en Chine

Ensuite, pendant l’année, la hausse de la demande a entraîné une congestion de certains ports pour décharger en temps et en heure les navires. Ajouté à cela, une progression de la demande de charbon par la Chine, et le Baltic Dry Index a pris son envol. Selon Golden Ocean Group, la flotte des vraquiers a été utilisé, pendant le troisième trimestre, à 98% de sa capacité. Enfin, le mouvement engagé au cours de la fin de la précédente décennie de charger en conteneurs certains vracs secs a connu un virage à 180° face à la crise de la conteneurisation.

Hausse des principaux vracs

Dans son rapport trimestriel, Eagle Bulk estime qu’en 2021 les principaux vracs (charbon, minerai et céréales) devraient augmenter de 3,5%. Une augmentation tirée principalement par le charbon dont les volumes devraient progresser de 6,1%. Les céréales affichent pour leur part une progression de 2,9% et les minerais de 1,6%. De leur côté, les « petits vracs » devraient subir une plus forte pression avec une hausse de 5%. L’acier, les produits forestiers et le ciment sont les moteurs de cette hausse. La reprise de l’économie explique cette tendance. Les confinements de 2020 ont mis à mal la filière du BTP qui a connu une reprise rapide dès les premiers jours. Pour satisfaire ses besoins, la filière BTP a acheté en masse des produits sidérurgiques mais développe aussi des nouvelles offres réalisées avec des produits forestiers.

Baisse en octobre et novembre

Dans ce contexte de croissance, la principale question demeure de savoir jusqu’à quand cette croissance sera maintenue. Entre le 4 octobre et le 29 novembre, le BDI a perdu de sa vigueur. Tout au long du mois d’octobre, il n’a eu de cesse de perdre des points tous les jours pour finalement passer à 2678 points au 29 novembre. Déjà, les observateurs alertent sans pour autant sombrer dans un pessimisme d’avant-crise sanitaire.

Correction du marché après le restockage

Pas de quoi mettre les courtiers de fret en émoi. « Après une période de restockage en septembre et octobre, qui a amené le marché à son niveau le plus haut en 13 ans, le marché s’est corrigé avec une congestion croissante dans les ports chinois, incitant les opérateurs à mettre leurs navires sur ballast. De plus, le dernier trimestre reste traditionnellement plus faible et nous estimons que cette baisse pourrait s’étendre jusqu’au premier trimestre », indique le rapport hebdomadaire d’Intermodal le 19 novembre. Cependant, plusieurs éléments plaident en faveur d’un marché stable en 2022.

Pas de hausse démesurée de l’offre

Ces facteurs de stabilité du marché se retrouvent du côté de l’offre. La croissance de la flotte ne devrait pas dépasser celle de la demande. Elle devrait s’établir à 7%, selon le carnet de commande actuel en 2022. Elle sera absorbée par le surplus de la demande. Avec une inflation tirée par les produits sidérurgiques et par les besoins en énergie, la demande restera à des niveaux élevés, estime le courtier. Même si les gouvernements ont réaffirmé leur souhait de se défaire des énergies fossiles, le charbon reste sur une tendance de hausse. Alors, l’hiver qui s’annonce froid et les tensions diplomatiques entre la Chine et l’Australie demeurant, l’Empire du milieu doit aller plus loin pour s’approvisionner.

Tassement de la croissance mais pas croissance négative

“En 2022, nos analystes estiment que les prix des matières premières demeureront élevés pour éviter des perturbations industrielles. Un tassement de la croissance ne signifie pas une croissance négative », précise le rapport d’Intermodal. Pour les observateurs d’Intermodal, la baisse des investissements en Chine ne devrait pas aller au-delà des Jeux Olympiques d’hiver en 2022. La reprise de la demande en produits sidérurgiques pourrait reprendre dès la fin du premier trimestre de 2022.

Petits vracs: tiré par le plan américain

Quant aux petits vracs, portés par les produits de la filière du BTP, ils devraient connaître un nouveau bond tiré par le programme américain en infrastructure. De plus, la transition énergétique pourrait s’alimenter de ces vracs, comme certains produits forestiers. Enfin, du côté des céréales, Intermodal prévoit que le marché céréalier restera soutenu. Les récoltes s’annoncent bonnes dans les principaux pays exportateurs de l’hémisphère nord. En France, les premiers mois de la campagne sont en nette augmentation comparativement à la campagne précédente.